
Figaro Nautisme : On connaît votre attachement à la mer, au développement du littoral aux grandes courses comme le Vendée Globe – vous avez été maire des Sables-d’Olonne - et aujourd’hui directeur de « Tout commence en Finistère ». Quel est votre parcours et d’où vient votre rapport à la mer ?
Yannick Moreau : "Mon parcours est celui d’un enfant de l’Atlantique qui a appris le sens du vent et le goût de la mer sur un Optimist devant le port de Pornic, d’où je suis originaire. Ce n’est pas très original de découvrir la mer sur ces petits bateaux, mais c’est véritablement ce qui m’a forgé, été comme hiver, depuis le fond de la baie de Bourgneuf. Je suis né au bord de la mer et j’ai besoin de ce contact régulièrement. Je suis bien dans et sur cet élément, et il est essentiel à mon équilibre.
La mer a été importante tout au long de ma vie. C’est lors du Vendée Globe 2000 que j’ai eu mon premier rendez-vous avec celle qui allait devenir mon épouse. Vous voyez à quel point le rapport à la mer, dans mon parcours, est central et décisif [Rires !]. J’ai toujours navigué, d’abord sur le petit bateau familial, un Etap 22, puis sur un voilier que j’ai acheté moi-même. Mais, comme vous le savez, le meilleur bateau est souvent celui des amis. J’ai fini par revendre le mien, car je ne naviguais pas suffisamment. Comme tout plaisancier, je continue pourtant à rêver d’en acquérir un nouveau."
Figaro Nautisme : Pouvez-vous nous expliquer quelle est la mission de « Tout commence en Finistère » ?
Yannick Moreau : "« Tout commence en Finistère » est une agence départementale d’attractivité. Nous sommes un opérateur du Département du Finistère, chargé de travailler sur le rayonnement et l’attractivité du territoire.
Historiquement, l’agence mettait surtout l’accent sur l’attractivité touristique. Depuis mon arrivée, et dans le cadre de la nouvelle feuille de route fixée par le président du Département, nous avons élargi notre action à l’attractivité résidentielle. L’objectif est d’attirer de jeunes actifs et de les inciter à s’implanter dans notre département. C’est un enjeu majeur pour l'avenir du tissu économique local.
Nous intervenons également sur ce que j’appelle l’attractivité médicale, afin de donner envie aux médecins et aux professions de santé de nous rejoindre. Plus récemment, nous travaillons de manière croissante sur l’attractivité économique. Notre vocation est de devenir le bras économique du Département, en soutenant les filières stratégiques telles que l’agriculture, la pêche, la course au large ou le nautisme, qui occupent une place centrale en Finistère.
Notre rôle est d’être à la fois facilitateur et promoteur d’une image positive du territoire. Nous valorisons les acteurs, les talents et les événements qui donnent vie et énergie au Finistère. C’est une mission exigeante, mais profondément stimulante, dans un département qui l’est tout autant."
Figaro Nautisme : L’industrie nautique a une place particulière dans votre région. Quel est, de votre point de vue, son potentiel de développement et comment « Tout commence en Finistère » peut-elle y contribuer ?
Yannick Moreau : "Commençons par une évidence : le Finistère est un territoire exceptionnel pour le nautisme [Rires !]. Nous disposons de côtes remarquables, de ports de qualité, de deux pôles France et d’un écosystème particulièrement dynamique. La rade de Brest constitue à cet égard un véritable joyau. On trouve chez nous des entreprises performantes, une dynamique industrielle solide et un centre de formation reconnu nationalement, l’INB, auquel nous sommes très attachés.
La construction navale y est présente, au-delà du seul secteur militaire ou de la pêche. Le Finistère est un terreau favorable à l’ensemble des activités nautiques. Cela dit, comme toute industrie, le nautisme doit composer avec les contraintes économiques nationales et internationales, ainsi qu’avec les tensions foncières sur les ports, où le mètre carré est rare et coûteux.
Notre rôle consiste avant tout à accompagner. Nous intervenons de manière très concrète, au cas par cas, pour valoriser des projets, soutenir des talents, débloquer des situations et permettre à des entreprises de se développer sur place. Il peut s’agir, par exemple, d’accueillir de nouveaux teams IMOCA, comme à Port-la-Forêt, berceau reconnu de la course au large.
Nous ne distribuons pas de subventions, l’argent public est rare et cher... Nous travaillons aux côtés des entrepreneurs pour trouver des solutions adaptées à chaque projet. C’est une action sur mesure, parfois discrète, mais déterminante. Le potentiel est considérable et l’attractivité du territoire bien réelle. Il suffit, pour s’en convaincre, de participer une fois au « TourDuf », dont nous célébrerons en juillet 2026 la 40e édition et dont l’agence est partenaire."
Figaro Nautisme : Comment envisagez-vous le développement des missions de l’agence et avez-vous déjà des annonces particulières pour les mois et années à venir ?
Yannick Moreau : "L’agence est aujourd’hui un opérateur public départemental. Une évolution majeure est en préparation : le Département a décidé de faire le pari de l’intelligence collective en orientant l’agence vers un modèle de partenariat public-privé.
Nous allons devenir une société d’économie mixte, avec une nouvelle gouvernance associant décideurs publics et acteurs économiques. Ensemble, nous définirons de nouvelles orientations stratégiques et de nouveaux investissements au service du développement économique du Finistère.
C’est une étape structurante, qui doit renforcer notre capacité d’action et d’innovation."
Figaro Nautisme : « Tout commence en Finistère » en chiffres ?
Yannick Moreau : "Je souhaite partager trois chiffres qui reflètent notre identité. Nous sommes une équipe d’environ 20 personnes. C’est une structure à taille humaine, agile, avec un véritable esprit d’équipage. Notre budget s’élève à 2,5 millions d’euros. Il est modeste, mais il nous permet d’avoir un impact réel lorsque nos actions sont bien ciblées.
Enfin, je citerai notre dernière campagne de promotion du tourisme hivernal, intitulée « Raz le bol du ski ? Changez d’hiver en Finistère ». Elle a permis de toucher 20 millions de personnes en trois mois. C’est un succès en termes de notoriété et d’attractivité, dont nous sommes assez fiers."
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Yannick Moreau : "Mon dernier souvenir marquant en navigation date de l’année dernière, puisque nous avons fait un tour du Finistère en voilier avec des amis et surtout avec un guide exceptionnel : Jean-Luc Van den Heede. Un petit « TourDuf » à notre façon, très sympathique, en s’arrêtant à Ouessant et dans de petits ports vraiment accueillants. Un avant-goût délicieux du nautisme en Finistère ! Nous avons eu une météo merveilleuse, avec juste ce qu’il fallait de vent, une rencontre avec des baleines en mer d’Iroise : un vrai beau souvenir !
La prochaine navigation reste, pour l’instant, un projet. J’aimerais partir avec mon épouse à la découverte des îles méditerranéennes. Comme souvent en mer, l’horizon demeure un appel."
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