Arturo Gutierrez, Freedom Boat Club : « Le boat club supprime les contraintes et maximise le temps passé sur l’eau »
Figaro Nautisme : Pouvez-vous brièvement vous présenter et expliquer votre rôle chez Freedom Boat Club pour la région EMEA ?
Arturo Gutierrez : « Je suis Arturo Gutierrez, directeur général de Freedom Boat Club pour l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique. J’ai rejoint Brunswick Corporation, la plus grande entreprise mondiale de nautisme de plaisance et maison mère de Freedom Boat Club, en 2015. Depuis, j’ai occupé plusieurs postes de direction dans différentes divisions et fonctions au sein du groupe. Au cours des cinq dernières années, j’ai dirigé l’expansion de Freedom Boat Club dans la région EMEA. »
Figaro Nautisme : Pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore ce concept, comment fonctionne un boat club en pratique et en quoi se distingue-t-il de la propriété traditionnelle d’un bateau ?
Arturo Gutierrez : « Dans son principe, un boat club est un service basé sur une adhésion qui permet aux personnes d’accéder à une flotte de bateaux sans avoir besoin d’en posséder un. En prenant Freedom Boat Club comme exemple, nous nous occupons de l’achat et de l’entretien d’une flotte variée et de haute qualité, afin de garantir que les membres disposent toujours de bateaux fiables et bien entretenus.
Les membres paient un droit d’adhésion ainsi qu’une cotisation mensuelle. En retour, ils bénéficient d’une formation illimitée, adaptée à leurs besoins individuels, qui les aide à développer les compétences et la confiance nécessaires pour naviguer en toute sécurité. Une fois formés, les membres peuvent réserver des bateaux via l’application et sortir en mer aussi souvent qu’ils le souhaitent.
Notre flotte est généralement renouvelée tous les 3 à 4 ans afin de maintenir une expérience haut de gamme. Même si chaque club peut présenter certaines différences, la plupart fonctionnent selon un principe similaire : supprimer la complexité liée à la propriété tout en maximisant le temps passé sur l’eau. »
Figaro Nautisme : Freedom Boat Club est aujourd’hui considéré comme le plus grand club nautique au monde. Quels sont les principaux facteurs qui ont soutenu cette croissance ces dernières années ?
Arturo Gutierrez : « Fondé en 1989, Freedom Boat Club est le plus grand opérateur de boat clubs au monde, avec plus de 440 implantations et plus de 100 000 membres. Notre croissance a été portée par plusieurs tendances fortes.
Premièrement, la participation aux activités de plein air et aux voyages a augmenté de manière significative. Alors que beaucoup ont d’abord considéré cela comme un effet temporaire après la pandémie, ces tendances se sont révélées durables.
Deuxièmement, on observe une attention croissante portée à la santé et au bien-être. De plus en plus de personnes sont conscientes des bénéfices physiques et mentaux liés au fait d’être sur l’eau.
Troisièmement, une plus grande flexibilité dans le travail, à la fois en termes de temps et de lieu, a permis à davantage de personnes de pratiquer la navigation en dehors des horaires traditionnels.
Enfin, l’essor des modèles économiques fondés sur l’accès joue un rôle majeur, les consommateurs s’éloignant progressivement de la propriété pour se tourner vers des expériences partagées. »
Figaro Nautisme : Dans de nombreux secteurs, on observe un passage de la propriété à l’usage. Le nautisme de plaisance suit il la même évolution aujourd’hui ?
Arturo Gutierrez : « Oui, le nautisme de plaisance suit clairement cette tendance plus large. De plus en plus de personnes se tournent vers des alternatives flexibles, telles que la location ou les boat clubs, qui leur permettent de profiter de la navigation sans supporter les contraintes financières et logistiques liées à la possession d’un bateau.
Cette évolution est largement portée par les changements de préférences des consommateurs, en particulier parmi les jeunes générations, qui privilégient l’expérience, la flexibilité et la commodité plutôt que la propriété à long terme. La possession d’un bateau continue d’attirer les passionnés, mais le secteur évolue progressivement vers un modèle hybride dans lequel les solutions fondées sur l’accès jouent un rôle central. »
Figaro Nautisme : De nombreuses personnes rêvent de faire du bateau mais ne franchissent jamais le pas. Selon vous, quels sont les principaux freins psychologiques ou financiers qui empêchent les gens de pratiquer la navigation ?
Arturo Gutierrez : « L’une des plus grandes idées reçues est que la navigation est réservée aux personnes aisées. Que la seule manière d’aller sur l’eau est de posséder un bateau. Aujourd’hui, cependant, il existe des alternatives beaucoup plus accessibles.
Grâce aux recherches menées chez Brunswick et Freedom Boat Club, nous avons identifié plusieurs freins majeurs. Le premier est financier, non seulement en raison du coût d’achat d’un bateau, mais aussi des dépenses continues telles que l’amarrage, l’assurance, l’entretien et les réparations.
Un autre facteur étroitement lié est celui des infrastructures. Dans de nombreuses régions de la zone EMEA, trouver une place disponible dans un port est extrêmement difficile en raison d’une capacité limitée.
Il existe également un problème de perception. Beaucoup de personnes considèrent la navigation comme une activité compliquée et chronophage, nécessitant de longues préparations et des opérations de nettoyage. En réalité, cela n’a pas besoin d’être ainsi. La navigation peut et doit s’intégrer naturellement dans le mode de vie des gens.
Les boat clubs contribuent à lever ces obstacles. »
Figaro Nautisme Comment le modèle de Freedom Boat Club permet-il de lever ces obstacles et de rendre la navigation plus accessible ?
Arturo Gutierrez : « Notre mission est de rendre la navigation simple et accessible. Nous proposons une expérience haut de gamme, sans contrainte, dans laquelle les membres peuvent se concentrer uniquement sur le plaisir d’être sur l’eau. Tout ce qu’ils ont à faire est de réserver via notre application, d’arriver à la marina et de partir. Nos équipes s’occupent de tout le reste, de l’entretien et du nettoyage jusqu’au ravitaillement et aux réparations.
Sur le plan financier, ce modèle est également beaucoup plus accessible. Au lieu d’un investissement initial important, souvent supérieur à 60 000 €, les membres paient un droit d’entrée unique ainsi que des cotisations mensuelles maîtrisées.
Un autre avantage essentiel est la flexibilité. L’adhésion inclut une navigation illimitée ainsi qu’une réciprocité mondiale, ce qui signifie que les membres peuvent utiliser non seulement leur club d’origine, mais aussi l’un de nos plus de 440 sites dans le monde, sans coût supplémentaire. »
Figaro Nautisme : Freedom Boat Club met souvent en avant la notion de communauté. Quel rôle joue ce sentiment d’appartenance dans l’expérience du club ?
Arturo Gutierrez : « La communauté est l’un de nos principaux éléments différenciants. Nous ne proposons pas seulement un accès à des bateaux, mais nous créons un véritable sentiment d’appartenance entre des personnes partageant les mêmes centres d’intérêt.
Nous organisons une grande variété d’événements, sur l’eau et à terre, notamment des sorties de pêche, des activités nautiques, des rencontres conviviales et des événements de réseautage. En ce sens, nous sommes réellement un « club » au sens le plus complet du terme.
Cette dimension sociale est particulièrement précieuse pour les nouveaux membres, car elle les aide à gagner en confiance, à partager des expériences et à s’intégrer dans une communauté nautique. »
Figaro Nautisme : L’Europe est un marché nautique très particulier. Quelles différences observez-vous entre l’Europe et l’Amérique du Nord en matière de développement des boat clubs ?
Arturo Gutierrez : « L’Amérique du Nord est un marché plus mature et plus développé, avec des adhésions standardisées, des flottes importantes et une forte orientation vers la simplicité d’usage et le mode de vie. Les États Unis bénéficient d’un vaste réseau de voies navigables intérieures, d’une culture nautique bien établie et d’une plus grande ouverture aux modèles d’abonnement.
L’Europe, en revanche, est plus fragmentée et plus locale. Les marchés varient fortement entre des pays comme la France, l’Italie et l’Espagne, chacun ayant ses propres réglementations, ses caractéristiques de littoral et ses comportements de consommateurs.
En conséquence, les boat clubs européens ont tendance à être plus petits et moins standardisés. Bien que le concept se développe rapidement, le marché reste moins mature et plus diversifié qu’en Amérique du Nord. »
Figaro Nautisme : Quelle est votre vision pour Freedom Boat Club en Europe au cours des prochaines années ?
Arturo Gutierrez : « Nous allons continuer à accélérer notre expansion à travers l’Europe. Au cours des cinq dernières années, nous avons réalisé des progrès significatifs, mais les opportunités à venir restent importantes.
Aujourd’hui, nous disposons d’une présence solide sur des marchés tels que l’Espagne, la France et le Royaume Uni, tout en explorant activement de nouvelles opportunités, en particulier le long du littoral méditerranéen.
Notre stratégie de croissance combine des clubs détenus directement par l’entreprise et des sites franchisés exploités par des partenaires locaux. En réalité, les clubs franchisés représentent actuellement environ 70 % de notre réseau mondial, et ils continueront à jouer un rôle clé dans notre développement. »
Figaro Nautisme : Enfin, constatez-vous une évolution du profil des plaisanciers aujourd’hui, et les jeunes générations abordent elles la navigation différemment ?
Arturo Gutierrez : « Absolument. Nous observons une augmentation régulière du nombre de membres plus jeunes, en particulier parmi les millennials, qui sont attirés par des expériences haut de gamme, flexibles et sans contrainte. Aujourd’hui, ils représentent environ 25 % de l’ensemble de nos membres dans le monde.
Nous constatons également qu’un nombre croissant de femmes rejoint le club, ce qui constitue une évolution importante et positive pour le secteur.
Peut être le point le plus encourageant est que près de 40 % de nos membres n’avaient jamais envisagé auparavant de pratiquer la navigation. Cela montre que les boat clubs réussissent à ouvrir cette activité à de nouveaux publics en la rendant plus accessible et plus facile d’approche. »

