Le catamaran à moteur est-il en train de détrôner le trawler ?

Pour beaucoup, le trawler incarne le bateau idéal pour partir loin au moteur, à vitesse modérée, avec une vraie logique de grande croisière. Mais le catamaran à moteur bouscule désormais cette évidence. Sobriété à 8 nœuds, stabilité au mouillage, volume habitable et autonomie changent les critères de choix des plaisanciers au long cours.

Le catamaran à moteur peut-il détrôner le trawler ?

Le trawler a une place à part dans l’imaginaire de la grande croisière au moteur. Lent, robuste, rassurant, il promet une autre manière de voyager : moins vite, mais plus loin, avec une consommation maîtrisée et une vraie capacité à encaisser les milles. Dans un univers nautique souvent fasciné par la vitesse, il représente une philosophie différente. Celle du bateau qui avance régulièrement, sans chercher l’exploit, avec l’idée que le confort d’un voyage se mesure d’abord à la fiabilité et à l’autonomie. 

Depuis quelques années, un autre profil de bateau s’impose dans les discussions de ponton et les choix de propriétaires. Le catamaran à moteur, longtemps associé à la location ou à la croisière confortable dans les eaux chaudes, devient un candidat sérieux au voyage au long cours. Il ne reprend pas le modèle du trawler. Il propose autre chose : deux coques fines, une grande plateforme de vie, une stabilité naturelle et une consommation intéressante lorsque le bateau est mené à vitesse raisonnable. La question n’est donc pas de savoir si le trawler va disparaître. Il conserve des qualités réelles, notamment pour les amateurs de monocoques à déplacement, de bateaux lourds et de longues navigations dans des conditions exigeantes. Le vrai sujet est ailleurs : pourquoi le catamaran à moteur répond-il de mieux en mieux aux attentes actuelles des plaisanciers qui veulent voyager loin, longtemps, sans sacrifier l’espace de vie à bord ?

À 8 nœuds, le catamaran change de dimension

Le débat devient franchement intéressant lorsqu’on arrête de parler de la sacro-sainte vitesse maximale. Un catamaran à moteur capable de filer à 18 ou 20 nœuds n’est pas forcément sobre lorsqu’il est utilisé comme une vedette rapide. En revanche, à 8 nœuds, il entre dans une autre logique. Cette allure, proche de celle d’un trawler classique, correspond à une navigation de déplacement, plus régulière, plus économique et souvent mieux adaptée au long cours. Et surtout tellement plus confortable ! Deux coques fines peuvent offrir une résistance modérée à l’avancement, à condition que le bateau reste raisonnable en poids et que son dessin soit réellement pensé pour cette allure. Sur certaines unités autour de 12 à 15 m, les consommations observées à 8 nœuds peuvent se situer autour d’une dizaine de litres par heure au total, parfois davantage selon la charge, l’état de mer et la motorisation. Un monocoque à moteur de taille équivalente, surtout s’il est plus lourd ou doté d’une carène semi planante, consomme souvent plus à vitesse comparable. Il faut toutefois se méfier des comparaisons trop rapides. Un trawler bien conçu, avec une coque à déplacement efficace et une motorisation adaptée, peut rester remarquablement sobre. À l’inverse, un catamaran trop chargé, trop haut, mal équilibré ou utilisé au mauvais régime perd rapidement une partie de son avantage. La consommation dépend du déplacement, de la longueur à la flottaison, des hélices, de l’état de la coque, du vent, de la mer et de la charge embarquée. Mais une tendance se confirme : lorsque le programme est cohérent et que le bateau est utilisé à son allure naturelle, le catamaran à moteur peut rivaliser avec le trawler sur le terrain de la sobriété, tout en offrant beaucoup plus d’espace à longueur égale.

L’autonomie devient un argument central

En grande croisière, la consommation n’est jamais une donnée théorique. Elle détermine les escales possibles, les marges de sécurité, le poids de carburant à embarquer, la vitesse de route et parfois même le choix d’un itinéraire. Un bateau gourmand impose une organisation lourde. Un bateau sobre laisse davantage de liberté. À vitesse modérée, certains catamarans à moteur revendiquent des autonomies proches de 1 500 à 2 000 milles nautiques, tandis que des unités plus grandes, pensées pour le voyage océanique, peuvent viser des autonomies transatlantiques sous conditions favorables. Ces chiffres dépendent évidemment de la capacité des réservoirs, du régime moteur, de la météo, de la réserve de sécurité et du niveau de charge. Ils montrent tout de même que le catamaran à moteur n’est plus seulement un bateau de cabotage confortable. 

Le trawler garde ici une légitimité historique. Certains modèles ont été conçus précisément pour traverser les océans à faible vitesse, avec une capacité importante en carburant et une logique de petit navire. Leur masse, leur inertie et leur protection inspirent confiance. Mais cette approche implique souvent un volume intérieur plus concentré, une vie à bord plus verticale et parfois un roulis important au mouillage. Le catamaran change de ce fait le débat. Il ne promet pas seulement de consommer peu. Il propose de consommer raisonnablement tout en offrant une surface de vie très supérieure. Le litre de carburant n’est plus seulement rapporté au mille parcouru. Il est aussi rapporté au confort obtenu, à la stabilité, à la luminosité, à l’intimité des cabines et à la capacité de vivre plusieurs semaines à bord sans sensation d’enfermement.

La stabilité, un avantage décisif au mouillage

La différence la plus évidente se ressent souvent avant même de parler de traversée. Au mouillage, un trawler peut rouler fortement dans une houle de travers. Les stabilisateurs modernes corrigent en partie ce défaut, mais ils ajoutent du coût, de la maintenance et de la dépendance technique. Sur un bateau de voyage, chaque système supplémentaire doit être regardé avec prudence. Le catamaran à moteur bénéficie d’un avantage naturel : sa largeur. L’écartement des coques réduit fortement le roulis et offre une plateforme plus stable dans la vie quotidienne. Cuisiner, dormir, se déplacer, travailler à la table à cartes, recevoir des enfants à bord ou simplement prendre un repas dehors devient plus confortable. En grande croisière, ce confort répété compte énormément. La fatigue ne vient pas seulement des heures de navigation. Elle vient aussi des mouvements permanents du bateau. Cette stabilité ne signifie pas que le catamaran efface la mer. Il peut avoir des réactions plus sèches dans certaines conditions, notamment dans une mer courte. Si la nacelle est trop basse ou si le bateau est trop chargé, les chocs sous le pont peuvent devenir désagréables, voir angoissants. Un multicoque demande donc une gestion sérieuse du poids, de la météo et de la vitesse. Il ne se mêne pas comme un monocoque lourd. Mais pour beaucoup de plaisanciers qui passent davantage de temps au mouillage qu’en traversée pure, l’avantage reste majeur. Le bateau devient plus agréable à vivre sur 24 h, pas seulement pendant les milles parcourus.

L’habitabilité, le point faible du trawler face au catamaran

À longueur égale, le catamaran à moteur change radicalement la perception du volume. Le carré s’ouvre souvent de plain-pied sur le cockpit. Les cabines sont séparées dans les coques. Les espaces extérieurs sont plus nombreux. La circulation à bord se fait sans descendre et remonter en permanence. Pour une famille, un couple au long cours ou un propriétaire qui reçoit régulièrement, cette organisation transforme la vie à bord. Ce volume n’est pas seulement un luxe. En voyage, l’espace sert à stocker, ventiler, isoler les rythmes de vie, entretenir le bateau, laisser sécher du matériel, installer des équipements et préserver l’intimité. Un bateau plus habitable fatigue moins son équipage. Il rend aussi la croisière plus acceptable pour des personnes qui ne vivent pas la navigation comme une passion exclusive. Le trawler conserve pourtant une qualité forte : son sentiment de protection. La timonerie, le franc bord, la masse et l’organisation intérieure donnent souvent l’impression d’être à bord d’un petit navire. Pour certains programmes, notamment dans les eaux froides ou les zones exposées, cette sensation reste très appréciée. 

Mais dans les bassins de grande croisière les plus fréquentés, des Antilles à la Méditerranée en passant par les archipels tropicaux, l’usage quotidien favorise souvent le catamaran. On vit dehors, on cuisine avec vue, on reste longtemps au mouillage, on circule facilement entre intérieur et extérieur. Le bateau n’est plus seulement évalué sur sa capacité à affronter une mauvaise mer. Il est jugé sur sa manière d’accompagner la vie à bord jour après jour.

La largeur, atout en mer et contrainte au port

Le principal avantage du catamaran devient aussi sa limite. Sa largeur offre de la stabilité et du volume, mais complique l’accès à certaines places de port. Dans les marinas anciennes ou très fréquentées, trouver un emplacement adapté peut être difficile et plus coûteux. Les manutentions demandent également des équipements compatibles. Pour un propriétaire qui navigue surtout dans des zones portuaires saturées, ce point peut peser lourd. Le coût d’achat reste aussi élevé. Deux coques, 2 moteurs, une grande plateforme structurelle et des aménagements importants créent une facture supérieure à celle de nombreux monocoques. L’économie de carburant à vitesse modérée ne compense pas toujours le prix initial, surtout pour un propriétaire qui navigue peu. Le trawler garde donc une vraie cohérence. Il reste souvent plus facile à loger, plus familier pour les ports, plus facilement gérable pour nombre de plaisanciers et souvent plus accessible sur le marché de l’occasion. Pour un navigateur qui accepte le roulis, recherche une coque iconique et privilégie une approche classique du voyage au moteur, il demeure un choix sérieux.

Le catamaran à moteur ne gagne donc pas partout. Il prend l’avantage lorsque la stabilité, le volume, la sobriété à 8 nœuds et la vie au mouillage deviennent prioritaires.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.