6 questions à… Julien Bianchi, directeur général de TBS

Rendez-vous avec celles et ceux qui font le nautisme d’aujourd’hui et de demain. Cette semaine, Julien Bianchi, directeur général de TBS, revient sur son parcours, l’histoire maritime de la marque, ses liens avec la course au large et les engagements d’une entreprise qui revendique une mode plus durable.

 

Figaro Nautisme : Comment devient-on directeur général de TBS, une marque emblématique de l’univers marin ?

Julien Bianchi : "Je suis niçois, et même la cinquième génération de ma famille à être née dans cette ville où la mer est omniprésente. J’ai donc naturellement développé une relation forte avec la mer, l’océan, notamment à travers les sports nautiques que je pratique depuis mon plus jeune âge. À l’époque, je faisais surtout du kitesurf tracté. Enfants, nous étions toujours dans l’eau, d’une manière ou d’une autre. Quand on vit à Nice, on n’a presque pas besoin de partir en vacances : nous avons tout sur place, le ski l’hiver et la mer dès le printemps [Rires !]. Comme le sport a toujours occupé une place importante dans ma vie, j’ai beaucoup profité de cette région.

Sur le plan professionnel, je travaille dans cette industrie depuis presque vingt-cinq ans, dont de nombreuses années consacrées au développement produit. Mon parcours est assez complet : j’ai travaillé pour des distributeurs, j’ai été acheteur, commercial, puis j’ai évolué dans le numérique, notamment chez Veepee. C’est sans doute cette vision globale qui a séduit mon président, ainsi que mon goût du détail, mon attachement au développement produit et ma passion pour la marque.

Je suis très fier de travailler pour une entreprise comme TBS, qui a su imaginer et développer de nombreux concepts au fil de son histoire. Je pense par exemple à une chaussure dotée d’une bulle d’air dès 1984, ou encore un système de pression qui comprimait le pied dans la chaussure. Ce sont des idées novatrices, qui ont marqué leur époque, y compris chez certains concurrents américains [Rires !].

Chez TBS, comme pour moi, le respect de la marque et de son histoire est essentiel. Pour vous donner une idée, lorsque j’ai pris mes fonctions il y a sept ans, j’ai d’abord souhaité rencontrer Joseph Poirier, qui a été pendant vingt ans le PDG de TBS. C’était un rendez-vous très important pour moi, afin de bien comprendre l’identité de la marque, son héritage, ce qui a fait sa singularité et pourquoi il avait décidé de soutenir Pierre Follenfant ou encore Michel Desjoyaux. C’est sur cette base que nous travaillons aujourd’hui à faire de TBS une référence française incontournable de l’univers nautique."

 

Figaro Nautisme : TBS est une marque indissociable aujourd’hui de la mer et du nautisme, pourtant née loin de la mer. Comment est né ce lien ?

Julien Bianchi : "Nous appartenons au groupe Eram, un groupe familial qui aura bientôt cent ans. TBS signifie « Terre Battue Synthétique ». À l’origine, la société était spécialisée dans les revêtements de terrains de tennis, puis dans les semelles de chaussures de sport.

Lorsque TBS a été rachetée par le groupe Eram, Joseph Poirier a commencé à étudier les livres de comptes. En épluchant les dépenses, il est tombé sur une ligne qui l’a immédiatement interpellé : un mât à 10 000 francs. Il a alors demandé à voir dans son bureau le responsable de cette dépense, qu’il considérait comme une gabegie. Il s’agissait de Pierre Follenfant, qui travaillait alors pour l’entreprise.

Cette convocation, qui aurait pu très mal tourner, a finalement duré des heures. À la sortie, les deux hommes étaient bras dessus, bras dessous, avec la volonté de créer la première chaussure de bateau signée TBS. C’est ainsi que l’histoire maritime de la marque est née, et que nous avons soutenu Pierre Follenfant lors du tout premier Vendée Globe. C’est tout simplement comme cela que nos relations avec des skippers emblématiques ont commencé. Joseph a été le premier à vouloir investir dans la course au large et aujourd’hui notre mission est de nourrir et de faire grandir cette passion. "

 

Figaro Nautisme : TBS et la course au large, c’est donc une belle et longue histoire. En quoi est-ce important pour vous 

Julien Bianchi : "Depuis Pierre Follenfant, cette histoire ne s’est jamais interrompue. Nos partenariats se sont enchaînés avec différentes générations de skippers. Michel Desjoyeaux, Florence Arthaud, François Gabart, et bien d’autres nous ont permis de développer de nouveaux produits. Nos partenaires testent régulièrement nos chaussures et vêtements, et les retours de ces professionnels du nautisme sont toujours très précieux. Nous venons, par exemple, de tester de nouveaux produits avec l’Ocean Fifty UpWind by MerConcept. Les skippers comprennent parfaitement le dessin d’un produit, la technologie et les différents enjeux liés à son usage. Ce sont souvent des ingénieurs, des techniciens hors pair, et la recherche fait partie de leur ADN. Les échanges que nous avons avec eux sont donc toujours très riches et très instructifs. Cela a encore été le cas lors de ce dernier essai. Notre rôle n’est pas simplement de nous associer à la course au large, mais de nous en servir comme un véritable laboratoire pour concevoir des produits utiles et durables.

Lorsque nous avons travaillé avec François Gabart, nous connaissions son engagement en faveur de l’écologie et sa sensibilité aux enjeux de responsabilité sociale et environnementale. Il n’était pas question pour nous de lui présenter une chaussure ou des vêtements qui ne répondent pas à ses attentes dans ce domaine. Cette collaboration nous a poussés dans nos retranchements et nous a incités à aller plus loin.

Notre objectif a toujours été, reste et restera de proposer des produits qui durent et qui séduisent nos clients."

 

Figaro Nautisme : Votre entreprise se démarque de ses concurrentes par ses actions et ses engagements pour une mode plus durable. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ils consistent ?

Julien Bianchi : "Proposer une mode soutenable est une volonté de l’entreprise depuis longtemps. Nous avons franchi de nombreuses étapes, avec des efforts importants pour rester en cohérence avec notre histoire et nos valeurs. Lorsque je suis arrivé il y a sept ans, j’ai souhaité lancer un projet qui était déjà dans les cartons : une chaussure recyclée et recyclable. Je ne vous cache pas qu’à l’époque, c’était encore très compliqué sur le plan commercial. Mais nous avons tenu bon et continué à proposer des produits innovants et même disruptifs. Aujourd’hui, nous poursuivons cette démarche, même si nous pensons que, pour être réellement efficaces, c’est l’ensemble du processus qu’il faut faire évoluer.

En 2020, le groupe Eram s’est fixé comme objectif de réduire son empreinte carbone de 30 % à l’horizon 2030. En 2025, nous étions déjà à -39% en émissions brutes de CO2. Si l’on regarde notre empreinte produit, nous sommes descendus à moins 33 %. Nous voulions également que 30 % de notre collection intègre des matériaux et des produits écoconçus. Pour la chaussure, nous atteignons aujourd’hui près de 70 % et quasiment 50% pour le textile. Nous sommes donc en avance sur l’ensemble de nos plans de marche.

Nous avons une vraie volonté de réduire autant que possible notre impact sur la planète. Nous le faisons de manière pragmatique, avec des résultats déjà visibles, plutôt que dans une logique purement déclarative."

 

Figaro Nautisme : TBS en chiffres ?

Julien Bianchi : TBS, ce sont aujourd’hui 40 magasins, 1 400 clients professionnels et environ 400 produits développés par saison. L’entreprise compte également 150 collaborateurs.

 

Figaro Nautisme : Votre meilleur souvenir lié à l’univers nautique ?

Julien Bianchi : "Nous nous sommes offert un vrai moment de plaisir en équipe en partant naviguer sur des catamarans de sport. Nous nous sommes vraiment bien amusés, même si nous ne sommes pas allés jusqu’au trapèze [Rires !].

Mais mes souvenirs les plus forts restent ceux que j’ai eu la chance de vivre à bord de bateaux de course. La dernière fois, c’était sur l’Ocean Fifty UpWind by MerConcept. C’est extrêmement impressionnant. Le bateau est très puissant et, pour être honnête, j’ai presque eu peur.

Et puis, bien sûr, il y a le sommet : les trimarans Ultim. J’ai eu la chance de naviguer avec François Gabart sur son trimaran géant. Il n’y avait quasiment pas de vent et nous avancions déjà à 17 nœuds. Je repense aussi à une navigation en catamaran avec Michel Desjoyeaux aux Glénan. C’est un talent pur, double vainqueur du Vendée Globe, entre autres, et un homme tout simplement délicieux…"

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.
Nouveau
Hors-Série
Lire le magazine