Foils en croisière : le rêve de voler résiste-t-il à la vraie vie à bord ?

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Après avoir bouleversé la course au large, les foils font rêver les plaisanciers. Promesse de vitesse, de stabilité et de sensations inédites, ils commencent à s’inviter dans l’univers des voiliers de croisière performants. Mais entre un IMOCA lancé dans les mers du Sud et un bateau familial chargé pour une transat, l’écart reste immense. Alors, les foils sont-ils vraiment l’avenir de la croisière ou un gadget coûteux réservé à quelques passionnés ?

Foils en croisière : révolution ou gadget ?

Il y a encore quinze ans, voir un voilier voler semblait réservé aux ingénieurs, aux régatiers de haut niveau et aux rêveurs de ponton. Aujourd’hui, les images d’IMOCA cabrés au-dessus de l’eau, d’Ultimes lancés à plus de 30 nœuds et de catamarans rapides soulagés par leurs appendices ont changé notre regard sur la navigation. Les foils fascinent parce qu’ils promettent une équation presque magique : moins de coque dans l’eau, moins de traînée, plus de vitesse.

Le principe est simple à comprendre. Un foil fonctionne comme une aile d’avion immergée. Quand le bateau accélère, l’appendice génère une portance qui soulève une partie de la coque. Le bateau s’allège, accélère et passe différemment dans la mer. Sur les bateaux de course, le résultat est spectaculaire. Les derniers IMOCA ont pulvérisé les anciennes références du tour du monde en solitaire, avec des moyennes longtemps inimaginables sur des monocoques de 60 pieds. Les Ultimes, eux, ont encore repoussé les limites… 

Pour la course au large, le débat est donc tranché : les foils sont une révolution. Ils ont transformé les plans de pont, les formes de coques, les stratégies météo, les vitesses moyennes et même la manière de vivre à bord. Mais la croisière n’est pas la course…

La vitesse, un vrai atout au large

Un plaisancier aurait tort de balayer les foils d’un revers de main. En grande croisière, la vitesse est un élément de sécurité. Gagner deux ou trois nœuds de moyenne sur une traversée change beaucoup de choses. Un bateau plus rapide peut profiter d’une fenêtre météo plus courte, éviter une dégradation annoncée, se dégager plus vite d’une zone molle ou contourner plus efficacement un système dépressionnaire. Mais cette vitesse se mérite. Plus un bateau va vite, plus la lecture météo devient fine. Il ne suffit plus d’observer la force du vent. Il faut analyser l’état de la mer, l’angle de la houle, sa période, les rafales et les transitions. Un bateau à foils peut être formidable dans une mer longue et rangée, mais beaucoup moins agréable dans un clapot court et désordonné. Avec ce type d’unité, il est indispensable d’utiliser des service de météo fiables et de bien les comprendre, non pas pour chercher à tout prix la vitesse, mais pour savoir quand l’utiliser et quand lever le pied.

Le grand malentendu du bateau qui vole

Le mot « foil » fait immédiatement penser au vol. Pourtant, en croisière, l’objectif ne sera pas forcément de sortir la coque de l’eau. Le foil le plus utile sera sans doute moins spectaculaire : un appendice capable de soulager le bateau, d’améliorer son assiette, de réduire le tangage et d’augmenter le confort à certaines allures.

C’est une nuance essentielle. Faire voler un bateau familial lourdement chargé, avec son annexe, ses panneaux solaires, ses réservoirs pleins, ses vivres, ses vélos pliants et parfois ses enfants à bord, n’a pas grand-chose à voir avec un prototype de course. Le bateau de croisière doit rester simple, solide, manœuvrable au port, fiable au mouillage et facile à entretenir loin de son chantier d’origine. Or un foil ajoute de la complexité. Il impose des efforts importants dans la structure, des puits renforcés, des systèmes de réglage, des inspections régulières et une attention particulière aux chocs. Il augmente parfois la largeur, le tirant d’eau et les contraintes de manutention. Dans une marina étroite, un mouillage encombré ou une zone remplie de filets et d’objets flottants, ce n’est pas un détail… mais une galère en perspective ! 

Le coût caché de la performance

Le frein principal reste le coût. En course, les budgets consacrés aux foils peuvent atteindre des montants considérables. En plaisance, l’industrialisation fera évidemment baisser les prix, mais la technologie restera chère. Et le prix d’achat n’est qu’une partie du problème. Il faut aussi penser à l’assurance, aux réparations, aux sorties d’eau, à la disponibilité des pièces et à la revente.

Tout propriétaire le sait : un bateau très équipé offre du confort, mais multiplie aussi les sources de panne. C’est vrai pour un dessalinisateur, un parc lithium, un groupe électrogène ou une électronique sophistiquée. Ce le sera encore davantage pour des appendices porteurs soumis à de fortes contraintes. En croisière, la simplicité n’est pas une lubie de vieux marin. C’est souvent une condition de tranquillité.

Les multicoques rapides en première ligne

Si les foils doivent trouver leur place en croisière, ce sera probablement d’abord sur les multicoques rapides. Un catamaran léger, puissant et bien conçu peut réellement tirer parti d’appendices porteurs. Les foils peuvent soulager la plateforme, améliorer le passage dans la mer et augmenter les moyennes sans chercher forcément le vol intégral. Mais il faut distinguer les programmes. Un catamaran familial de grande série, lourdement chargé pour une saison aux Antilles, n’a pas les mêmes besoins qu’un multicoque de course mené par un équipage expérimenté. Le foil n’est pas magique. Sur un bateau trop lourd ou mal adapté, il devient juste une complication coûteuse.

Une révolution à apprivoiser

Alors, révolution ou gadget ? Pour la course, les foils sont une révolution incontestable. Pour la croisière, ils restent une promesse à trier avec prudence. Ils ne sont pas un gadget lorsqu’ils sont intégrés à un bateau cohérent, léger, rapide et pensé dès l’origine pour cette technologie. Ils le deviennent lorsqu’ils servent surtout d’argument marketing. Il faut trancher : votre bateau de croisière pourrait voler, mais qu’est-ce que cela va réellement apporter à votre programme ? Si le foil permet de naviguer plus vite, plus sereinement, avec une meilleure gestion météo et sans transformer l’entretien en casse-tête, il a du sens. S’il ajoute du prix, de la fragilité et de l’inquiétude pour quelques pointes de vitesse… l’intérêt est bien plus limité !

Crédit photo couverture : Illustration AdobeStock - Charles de Lisle 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.