Essai Windelo 55 Sport : naviguer à la vitesse du vent…
Le concept des Windelo est finalement assez simple – du moins sur le papier – construire un vrai voilier capable de naviguer à la voile au moindre souffle d’air, avec une empreinte écologique aussi faible que possible, tout en étant capable de vous emmener au bout du monde… Un vrai challenge !
A Cannes, le chantier présentait donc sa grande nouveauté de l’année : le Windelo 55 Sport, une version optimisée du 54, dont les carènes ont été largement modifiées.
En cette belle journée de septembre, les conditions s’annoncent idylliques : mer belle, température estivale et… 6 nœuds de vent annoncés sur l’appli de Météo Consult. Inutile d’espérer battre des records de vitesse sur notre catamaran de plus de 16,5 mètres de long affichant un déplacement lège de 12,3 tonnes – 500 kg de moins que la version 54 alors que le 55 Sport est plus grand et doté d’un mât rallongé.
Le bateau nous attend sagement au mouillage en face de Port Canto, au milieu des yachts qui commencent leur migration d’après salon de Cannes vers… le salon de Monaco ! La silhouette du Windelo détonne dans cet univers. Etraves inversées, roof ramassé, absence de flybridge et le superbe mât carbone de près de 23 mètres annoncent clairement la couleur : ce bateau aime naviguer.
L’embarquement depuis l’annexe rigide motorisée par un moteur électrique n’est qu’une formalité. La plateforme arrière se baisse et se remonte en un clin d’œil via un ingénieux système de bouts et de palans. A bord du Windelo, tout est pensé pour être simple et facile, aussi bien à manier qu’à entretenir.
L’annexe remontée, nous découvrons un espace unique réunissant ce qui correspondrait au cockpit arrière et au carré sur un catamaran classique. L’avantage du concept est connu : l’équipage est parfaitement protégé du soleil et vous pouvez fermer la totalité de l’espace si la météo l’exige. A tribord, la table peut accueillir au moins 8 convives dans un grand confort. La cuisine lui fait face : bien équipée, elle permet de bien se caler en navigation pour préparer de bons repas… Mention spéciale aux nombreux rangements particulièrement appréciables en grande croisière. Comme sur tout le bateau – nous sommes à bord d’une version « Sport » - le chantier a choisi de privilégier le gain de poids. Les portes de placard ont ainsi été supprimées au profit de simples rideaux. Élégant, pratique et… léger !
A bâbord, de la poupe vers la proue, on trouve une assise confortable, qui sera certainement plébiscitée en navigation, et la table à carte avec, juste en face sur la cloison séparant l’espace navigation de la zone de vie, un écran qui reprend toutes les informations indispensables.
A l’avant, on trouve le poste de barre. Sur ses catamarans, le chantier a fait le choix d’un positionnement original de l’espace dédié aux manœuvres et à la navigation en le positionnant à l’avant du carré, directement en pied de mât. Les avantages sont nombreux : pas de renvois multiples, les manœuvres sont simples et lisibles avec une vue totale sur le plan d’eau et sur les voiles et, enfin, une parfaite protection lors les navigations les plus engagées.
Dans les coques enfin, on trouve à tribord 2 cabines doubles spacieuses, un WC séparé et une belle salle de bain. A bâbord, la coque est réservée au propriétaire avec une très grande salle de bain, un espace bureau et bien sûr la cabine à l’arrière dotée du fameux hublot panoramique Windelo : la vue sur mer est unique et vraiment impressionnante !
En ce début de matinée, le vent est tout simplement aux abonnés absents. Mais un petit thermique est censé se lever d’ici quelques minutes. Nous voici donc dans le cockpit de manœuvre où tout tombe parfaitement sous la main. Les 3 winchs électriques (Harken Performa de 60) sont encadrés par les 2 sublimes barres à roue en carbone : l’esprit « sport » est bien présent ! Les larges bailles à bouts et nombreux bloqueurs (Harken Black Magic ou Spinlock) sont tout aussi explicites : ce bateau est conçu pour naviguer, avant tout, à la voile.
Le 55 Sport est un vrai bateau bien différent du 54 dont il est en partie issu. La longueur de flottaison des carènes a été significativement augmentée et l’inversion des étraves accentuée jusqu’à 17°. Il ne s’agit pas seulement de donner au bateau un look « sport », mais bien d’accroître son potentiel de vitesse et d’améliorer le passage dans la vague. Ce n’est pas tout : mât carbone Selden plus grand d’1 mètre, bôme carbone rallongée, croix et cloisons en carbone, nouveaux profils de dérives par ailleurs plus profondes de 65 cm pour améliorer encore la portance, nouveaux safrans compensés… Et pour ne rien gâcher, les appendices sont maintenant en fibre de carbone.
Remonter le mouillage depuis le poste de barre avancé offre une visibilité rarement égalée. La chaine revient bien sûr en pied de mât, idéal pour le centrage des masses. Les moteurs électriques (2 x 20 kW) sont lancés – aucun bruit ni vibration parasites ne sont perceptibles – et nous voici partis. Nous nous frayons un chemin au milieu des yachts au mouillage devant Cannes. Les batteries affichent 70% de charge, alors que nous naviguons à 5 nœuds, l’autonomie annoncée par l’ordinateur de bord est de… 10 heures ! Et cela sans compter les panneaux solaires (6 000 W crête) et l’hydrogénération. Si nous partions de Cannes avec les batteries à 20% par ce beau temps estival, nous arriverions en Corse avec 100% de charge tout en ayant navigué sous pilote et utilisé tout le confort à bord… Les moteurs électriques permettent de naviguer en pointe à 8,5 nœuds, largement suffisant les jours de pétole. En revanche, à cette vitesse, l’autonomie tombe à un peu plus de deux heures. Évidemment, le Windelo 55 Sport dispose également d’un groupe électrogène de 18 kW, indispensable pour assurer l’autonomie – jusqu’à 1 000 milles – et la sécurité du bord.
Nous hissons la grand-voile et déroulons le solent de 48m2 : et nous voici déjà à près de 6 nœuds, à 45° du vent alors que celui-ci ne souffle… qu’à 8 nœuds ! La barre est précise et agréable, c’est assez rare sur un catamaran de cette taille, on prend plaisir à jouer avec elle pour essayer de gagner quelques dixièmes de nœuds. Une fois le bateau bien réglé, vous pouvez abandonner la barre et aller vous préparer un café : le catamaran file droit sans avoir besoin de faire appel au pilote automatique.
Nous sommes là pour naviguer : exit le solent, nous décidons de dérouler le code 3 de 160 m2. Comme toutes les voiles du bord, celui-ci est siglé Incidences. A 90° du vent, nous voici à 8 nœuds alors que le vent tente désespérément d’atteindre les 10 nœuds ! Nous enchaînons les bords et les virements : depuis le poste de barre avancé, les manœuvres sont faciles et le bateau particulièrement dynamique. On se croirait presque sur un catamaran de sport…
Mais la météo étant ce qu’elle est, le thermique commence à nous abandonner : moins de 7 nœuds réels. Nous affalons donc le code 3 pour envoyer le code 0. Passer sur le trampoline ne demande que 4 marches depuis le poste de barre. Par le beau temps aujourd’hui dans la baie de Cannes, c’est d’une facilité déconcertante. Lors d’une navigation par une mer formée, on pourra tout aussi aisément se déplacer grâce aux nombreuses mains courantes qui tombent parfaitement sous la main. La sécurité avant tout ! Code O envoyé puis déroulé, nous voici à plus de 6 nœuds, pratiquement la vitesse du vent.
La gamme Windelo est composée des 50, 54, ainsi que les nouveauté attendues l’année prochaine : les 58 et 62. Chacun de ces catamarans se décline en version Sport appelée 51, 55, 59 et 63. Créé en 2018, le chantier Windelo a déjà mis à l’eau 35 catamarans et nombre d’entre eux naviguent aujourd’hui autour du monde…
Longueur hors tout : 17,30 m
Longueur flottaison : 16,54 m
Largeur : 7,95 m
Grand-voile : 106 m2
Solent : 48 m2
Code 3 : 160 m2
Gennaker : 220 m2
Tirant d’eau : 1,25/2,95 m
Eau douce : 400 l
Réservoir eaux noires : 200 l
Motorisation : 2 x 20 kW + groupe 18 kW
Batteries : 1120 Ah 48 V (53,8 kWh)
Panneaux solaires : 6000 W
Réservoir gasoil : 500 l
Prix : 1 880 000 euros HT



