Quelques astuces pour une traversée réussie

Par Adèle Smith

La réussite d’une traversée dépend de nombreux facteurs qui varient en fonction des objectifs et des équipages. A bord de Moon River, la vie suit son cours, entre ennui et liberté. Episode 2.

Je pensais avant de partir que l’ennui serait le pire ennemi des filles sur le bateau. Imaginez des enfants trois semaines sans pouvoir courir et sauter partout. C’est pourtant sous-estimer leur pouvoir d’imagination. La preuve, nous avons été soumis pendant dix-huit jours par Zéphyr et Looli au supplice des « pollypockets », des poupées miniatures devenues chaque jour les héroïnes de leurs mises en scène complexes. Les aventures interminables des figurines en plastique (remplacées occasionnellement par des peluches) étaient influencées par le quotidien à bord : état de la mer, lectures, films, leçons d’école. Elles ont ainsi pris le thé avec la Reine d’Angleterre, ont été déportées en camp de travail par Hitler (cours d’histoire-géo de CM2), ont été transportées dans le monde merveilleux de Miyazaki. Elles sont tombées mille fois amoureuses d’Errol Flynn (irrésistible dans Captain Blood et The Sea Hawk), ont survécu aux tempêtes, à la soif et la faim ; elles ont subi le joug de parents injustes et tortionnaires, mais ont été gavées de bonbons imaginaires.


L’ennui est un vrai luxe sur un bateau. Pendant cette traversée, Sebastian est passé maître dans la manipulation du sextant, moi dans la taxidermie des poissons volants. J’ai plus lu en trois semaines qu’en un an à New York. Looli qui détestait les livres s’est mise à les dévorer. Sebastian a lu chaque jour à voix haute un long passage du Seigneur des Anneaux en anglais. Le début fut difficile puis c’est devenu plus addictif que n’importe quelle série télévisée. La préparation de Noël a occupé la moitié de la traversée. Les filles ont confectionné leurs cadeaux avec les moyens du bord, ont écrit des contes, des poèmes. Elles ont décoré le « sapin » taillé à la machette dans la mangrove gambienne, avec des coquillages et des tissus africains.

La promiscuité est un réel fléau sur un voilier. Quinze mètres carrés à quatre, c’est petit. On s’y habitue très vite, mais cela reste petit. Au port ou au mouillage, je n’ai parfois qu’une envie, aller prendre l’air à terre, nager. Pendant la traversée, c’est différent. La transformation a quelque-chose de magique. De Banjul à Antigua, Moon River est devenu notre cocon. A l’intérieur, nous nous sentions à l’abri des éléments. A l’extérieur, nous avions l’infinité de l’océan pour nous distraire. Le minuscule et l’immensité. En mer, le spectacle est permanent. Les nuits noires sans lune réveillent les monstres de votre enfance, les nuits étoilées sont pur émerveillement. Le ciel entier pour vous tout seul ! La voûte céleste si intime, si ordonnée et pourtant si mystérieuse ! Si une seule raison doit vous convaincre de faire une traversée, c’est peut-être celle-là. Sinon, imaginez-vous la musique dans le casque, seul(e) sur le pont. Hip Hop, classique, rock, pop, jazz, opéra. J’ai tout essayé : 9300 morceaux au choix. Il existe un genre pour chaque ondulation de la mer, pour chaque mouvement du bateau. La mer décuple au centuple les émotions.

La réussite d’une traversée dépend de nombreux facteurs qui varient en fonction des objectifs et des équipages. A bord de Moon River, je suis la seule à déplorer (publiquement) la relative médiocrité de la cuisine, mais ce n’est pas plus mal puisque c’est moi qui en suis responsable. Cette fois-ci, j’ai bénéficié de l’indulgence supplémentaire de l’équipage car en vent arrière, cuisiner relève de l’acrobatie. J’avais gardé depuis New-York de délicieux repas lyophilisés et des glaces présentées dans le commerce comme celles consommées par les astronautes de la NASA. Elles ont fait un tabac à l’occasion des fêtes.

Nous avons progressivement compris que la discipline était essentielle sur un bateau. Il y a six mois, la cabine de Looli était un capharnaüm. Pendant cette traversée, le roulis infernal du voilier l’a finalement convaincue du bien-fondé du rangement. Les filles et moi nous sommes mises à écouter plus sérieusement les rappels à l’ordre de Sebastian (rangement, nettoyage du bateau, sécurité), mais pour la peine il a hérité d’un nouveau sobriquet : « Boss ».


Qui dit ordre et discipline dit bien-sûr rébellion et liberté. Une traversée est donc l’occasion d’oublier certaines normes de comportement à terre. Je me souviens avoir trouvé bizarre le plaisir qu’exprimait Bernard Moitessier à ne pas s’être lavé les cheveux pendant neuf mois dans son livre La Longue Route. Puis j’ai traversé l’Atlantique et j’ai compris. C’est un des plaisirs simples de la vie en mer. Le rationnement d’eau y est pour quelque-chose. A terre, on reprend les bonnes habitudes avec autant de plaisir, on se fait des bons shampoings, on se connecte, on mange bien et on attend avec hâte le prochain voyage.
 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…