Les Rimains : une pépinière de marins

Blog Albert Brel
Dimanche 7 avril 2019 à 5h55

Les Rimains ? Un nom qui ne vous dit sans doute rien, à moins que vous soyez marin professionnel. Depuis plus de 180 ans, cette école a formé plus de 4000 officiers de la marine marchande (commerce et pêche). Les anciens élèves estiment qu’environ 40% des États-majors embarqués sont passés par cette institution.

Vue sur le rocher des Rimains au large de Cancale, depuis le parc. ©© Albert Brel
Les Rimains ? Un nom qui ne vous dit sans doute rien, à moins que vous soyez marin professionnel. Depuis plus de 180 ans, cette école a formé plus de 4000 officiers de la marine marchande (commerce et pêche). Les anciens élèves estiment qu’environ 40% des États-majors embarqués sont passés par cette institution.

Un peu d’histoire

Les jeunes de la région malouine ont toujours été attirés par les métiers de la mer. Ils ont servi d’abord sur les vaisseaux du Roi, ensuite sur les trois-mâts à destination de Terre-Neuve puis dans la marine marchande et nationale. Mais ce qui manquait dans cette région était une école de formation. Il faut remonter à 1837 où à l’école primaire de Bel-Air à Cancale, une classe du soir fut ouverte pour les jeunes marins pratiquants la pêche à la morue à Terre-Neuve. Ceux-ci pouvaient apprendre, en cours du soir et pendant les mois d’hiver, en dehors de la saison de navigation, les mathématiques et accéder ainsi aux fonctions d’officiers. Après la Seconde Guerre mondiale, cette école accueille les candidats aux brevets de la marine marchande (pont, machine), commerce et pêche. Cet enseignement connaît un vif succès et il faut se rendre à l’évidence, l’école ne peut plus accueillir tous les élèves, il faut donc trouver un autre lieu.

La naissance des Rimains

Sur la pointe des Rimains face au rocher de Cancale et du Mont Saint-Michel, une propriété est à vendre avec au centre de son parc un imposant château. Conseillés et aidés par quelques notables cancalais, les enseignants de l’école de Bel-Air en font l’acquisition. C’est ainsi qu’en 1951 est née l’école des Rimains, baptisée école Notre-Dame des Flots. Dans un premier temps, pour assurer l’enseignement, des professeurs de Bel-Air y sont détachés auxquels se joignent bénévolement des officiers en retraite et des navigants en congés. En trois ans, l’école connaît un véritable succès et les reçus aux examens sont un record. Il faut dès la rentrée de septembre établir une sévère sélection. A cette époque, les anciens élèves qui sont devenus officiers créent une association : Journal de bord. Ils transmettent des courriers et des récits du monde entier. Ces témoignages sont ceux de marins d’une époque pas si lointaine et d’une navigation révolue. On peut, par exemple, lire le courrier de l’Officier Jean-Yves, en escale à Haiphong « site merveilleux, on ne sait pas trop qu’admirer, la jungle qui pullule de singes et d’oiseaux de toutes sortes, la mer avec ses poissons multicolores ou les rochers qui rivalisent avec la tour de Pise ». (Courrier extrait du journal de la ville de Cancale n°40).

Une grande réussite pour cette école mais un manque de place

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Le château où se trouvait l'école des Rimains© © Albert Brel

En 1956, 169 élèves font leur rentrée scolaire mais c’est plus du double qui avaient fait leur demande. Deux problèmes sont à régler : le manque de place et de professeurs. En 1957, il est décidé d’acquérir un terrain en bordure du parc et de construire un nouveau bâtiment (salles de cours, réfectoire, cuisine et chapelle). En octobre 1959, les couleurs sont hissées au mât du pavillon de l’école pour l’inauguration du nouveau bâtiment. Avec ces nouveaux locaux, l’école connaît un succès croissant avec une demande importante d’élèves et un taux de réussite de 85%. A bord de la majorité des navires de la marine marchande, battant pavillon français, il n’est pas rare de voir la moitié ou plus des officiers être passés par les Rimains. Cette embellie n’a qu’un temps, à la fin des années 70, les armateurs réduisent leurs flottes et les passent sous pavillons étrangers. Il en fallait plus pour entamer la volonté des Rimains mais elle doit prendre une nouvelle orientation. Elle devient un lycée qui prépare au BTS de Contrôle industriel et régulation automatique. En gardant, toutefois, une orientation maritime avec la préparation des élèves aux concours d’entrée aux écoles nationales d’hydrographie préparant le brevet de capitaines de la navigation maritime. En 2007, l’école ferme ses portes et s’implante à Saint-Malo, tout en gardant le nom de Rimains et son enseignement continue avec toujours autant de succès. La notoriété de l’école tient à ceux qui ont œuvré dans le même sens pendant toutes ces années.

Que reste-t-il des Rimains à Cancale ?

Un parc, un château et sans aucun doute bientôt une opération immobilière. Mais un objet symbolique, cher aux anciens élèves, a été cédé à la ville de Cancale par le frère Alexis ancien directeur, dernier représentant de la Congrégation des Frères de Ploërmel à Cancale : « le mât du pavillon de l’école »

Après expertise et remise en état, il a été décidé, avec l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France, de le placer sur la pointe de Crolles à Cancale. Cette initiative est bien accueillie par les anciens élèves et la population cancalaise qui estiment que c’est un brillant hommage rendu aux professeurs et aux milliers d’élèves qui sont passés par cette école depuis plus de 140 ans.

La commune, n’ayant pas les subventions nécessaires, fait appel à un comité de quatre anciens élèves pour piloter la souscription du « Mât des Rimains ».

Ainsi, par leurs démarches, ils peuvent permettre à certains d’entre eux de manifester leur attachement à cette école très connue et appréciée par la qualité de son enseignement dans le monde maritime français pour ceux de leur génération.

Ils n’ont jamais douté de la réussite de leur projet et ils sont fiers du résultat, car il faut le savoir, ce n’était pas gagné d’avance. Cela a demandé du travail mais comme dans toute entreprise, lorsque le but est atteint, la satisfaction est grande.

Une inauguration proche

Elle aura lieu le samedi 12 octobre en présence de nombreuses personnalités civiles, maritimes et militaires. Durant toute cette journée, une exposition de photos, de cartes postales sur l’école maritime des Rimains et ses générations d’élèves sera ouverte au public.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…