Doucement vers Le Cap

Vendée Globe
Jeudi 26 novembre 2020 à 8h51

Faute de vent, personne n’est vraiment allé très vite, dans la nuit de mercredi à jeudi. Si la plus rapide a été Isabelle Joschke (MACSF), entre le dernier classement d’hier et le premier de ce jour, avec un tempo à 16,6 nœuds, une grosse partie de la flotte a patienté, pagayé, et s’est recalée.

©Jean-Marie Liot/Alea/Disobey/Apivia
Faute de vent, personne n’est vraiment allé très vite, dans la nuit de mercredi à jeudi. Si la plus rapide a été Isabelle Joschke (MACSF), entre le dernier classement d’hier et le premier de ce jour, avec un tempo à 16,6 nœuds, une grosse partie de la flotte a patienté, pagayé, et s’est recalée.

Attardons-nous sur les chiffres, quelques instants, et prenons appui sur la comparaison entre vitesse et VMG, soit la vitesse de rapprochement au but, l’optimisation de la route, en somme. 

Le champion toutes catégories de la soirée s’appelle Charlie Dalin (Apivia), qui a réussi la prouesse d’aligner à la virgule près sa vitesse de déplacement et sa VMG. Une moyenne sidérante de 4,1 milles pour une route pas si linéaire puisque le leader normand, mais pas dormant, a posé quatre manœuvres sur sa trajectoire alignée au Sud-Est dans un vent de Sud. Pas de quoi se relever la nuit. Enfin, si, mais pas sous le coup de l’extase. Ces petits pas doivent permettre à Charlie Dalin d’échapper à la bulle anticyclonique qui fond sur la tête de la flotte dans un avenir relativement proche. 

À 1,2,3 Soleil, Charlie Dalin n’a pas beaucoup perdu puisque ce n’est guère allé plus vite aux alentours. Thomas Ruyant, 2e, a signé une moyenne supérieure d’un nœud, avec un poil d’efficience en moins en VMG (5,1 nœuds vs 4,9 en VMG). Au petit jour, 85 milles séparaient LinkedOut d'Apivia. 

Jean Le Cam (Yes We Cam!) a avancé à 7,8 nœuds, 349,4 milles plus loin, avec une très bonne vitesse de rapprochement (7,6 nœuds). À l’inverse, Kevin Escoffier (PRB), qui a choisi de foncer plein Sud pour passer à l’arrière de la bulle anticyclonique, a progressé à 13,6 nœuds, pour une vitesse de rapprochement de 3,6 nœuds. 

Tout le groupe de chasse a l’étrave pointée en direction de l’Antarctique, et cela se voit sur la confrontation des deux données. Dans ce peloton, Sébastien Simon a avancé avec 15,2 nœuds de moyenne, pour une VMG de 5,5 nœuds. Ainsi, le skipper de ARKEA PAPREC a parcouru 106,7 milles entre 22 heures et 5 heures du matin pendant que Charlie Dalin bougeait de… 28,5 milles. Whaou ! 

« Je n’ai pas beaucoup dormi, avec ce vent instable et irrégulier, grinçait Sébastien Simon ce matin. Le fait que je n’aie que le mode compas pour caler mon pilote automatique n’aide pas à se reposer. Je suis obligé de regarder mes voiles tout le temps pour voir si elles sont au bon angle parce que, quand je suis au portant, la girouette du bas ne me donne aucune info. Je suis à l’aveugle, et je l’ai bien senti cette nuit quand j’ai fait un 360° ».

À son image, la tête de flotte n’a pas fini de grincer. Déjà pas très énervé, le vent devrait encore mollir dans la journée, le temps que passe l’anticyclone et que se présente la bordure. « Dès qu’on sera dans le Sud de l’anticyclone, se réjouit le skipper de ARKEA PAPREC, on va faire une bonne glissade dans la dépression australe, qui va nous emmener loin, peut-être jusqu’aux îles Kerguelen. Il va falloir rester concentré pour ne pas louper ce train. Si on le manque, on se prendra un anticyclone qui nous contraindra à repartir avec un système de retard ».

S’il regrettait d’avoir été « un peu conservateur dans mon choix stratégique », en optant pour une position médiane entre celles des « orientaux » Jean Le Cam et Kevin Escoffier d’une part, et les « occidentaux » Louis Burton (Bureau Vallée 2) et Sam Davies (Initiatives-Cœur) d’autre part, Seb Simon voit déjà comment les positions vont évoluer dans les prochains jours : « Sam et Louis vont passer devant moi ; j’espère que je monterai dans le train devant le groupe de l’Est ».

Isabelle Joschke la plus rapide

Avec une moyenne de 16,6 nœuds dans la nuit et une VMG de 8,6 nœuds, Isabelle Joschke (MACSF), 15e, a signé les meilleures perf’ de la nuit. Ses 115,9 milles avalés lui ont permis de raboter 20 à 30 milles sur son décalage avec Giancarlo Pedote (Prysmian Group), 13e, et Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family), 11e et qui fait preuve de la même acuité dans sa lecture de la route. .

Notons, en vrac, qu’Armel Tripon (L’Occitane en Provence) a réparé sa pénalité de quatre heures hier et qu’il n’a donc pas encore rattrapé son retard sur son premier groupe-cible (Pip Hare, Manuel Cousin, Didac Costa), et que Clément Giraud en a enfin ter-mi-né du pot au noir. « Quelle aventure ça a été ! Ce qui est bizarre, c’est qu’en arrivant au 10° Nord, le début présumé du pot au noir, les fichiers me disaient que ça allait passer nickel. Et, en même pas six heures, tout s’est dégradé, et ça a été hyper long. J’ai réussi à rester zen, étonnamment, jusqu’à hier, fin d’après-midi. Là, j’avais le bon angle, le bon vent et la bonne houle – c’était nickel – et, d’un coup, de gros nuages se sont mis en travers de ma route. J’ai dû faire 30 virements de bord pour leur échapper ! J’avais l’impression d’être dans une chambre plongée dans le noir, cherchant sans la trouver la porte pour aller faire pipi sans réveiller personne ». 

28e au petit matin, Clément Giraud (Compagnie du Lit – Jiliti) a été le 28e à entrer dans l’hémisphère Sud cette nuit. Il ne reste, dans l’hémisphère Nord, que Sébastien Destremau, Kojiro Shiraishi et Jérémie Beyou, à qui l’on souhaite un hémisphère Sud flamboyant, aux vents bien établis. Toute cette patience déployée mérite gratification.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.