Hautes pressions devant

Vendée Globe
Lundi 11 janvier 2021 à 8h45

Au large du Brésil, les leaders ont la tête au front froid permanent qui dresse sur leur route une barrière de hautes pressions long de 1800 milles en latitude et large de 250 milles au bas mot. Contraint par du près dans du vent faible, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ne compte plus que 97,7 milles d'avance sur Charlie Dalin (Apivia), propulsé cette nuit au portant.

©Jean-Marie LIOT / Maître Coq
Au large du Brésil, les leaders ont la tête au front froid permanent qui dresse sur leur route une barrière de hautes pressions long de 1800 milles en latitude et large de 250 milles au bas mot. Contraint par du près dans du vent faible, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ne compte plus que 97,7 milles d'avance sur Charlie Dalin (Apivia), propulsé cette nuit au portant.

Un vieux proverbe dit que c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Jamais sans doute les hommes de tête n’auront eu plus précis panorama, donc, sur le front froid permanent qui scinde souvent l’Atlantique Sud, à hauteur du Brésil. Le mur anticyclonique débute à 400 milles environ des côtes du Brésil au point le plus proche de la côte, à hauteur de Rio de Janeiro et de Cabo Frio, et il s’étire vers l’Est sur plus de 1800 milles.

Autour de ce front s’articulent plusieurs vents, actuellement. Du Nord – Nord-Ouest le long de la côte, dans l’ouest du système ; du Sud – Sud-Ouest dans le sud de la zone de haute pression.

A défaut le pouvoir le traverser, il faudra donc le contourner, et c’est ce que s’échine à entreprendre Yannick Bestaven, qui navigue à 200 milles de Cabo Frio et de la micro région des lacs. Le hic : dans ce couloir continental, le vent vient de face et le leader a la lourde peine de devoir tricoter son chemin au près, au 64e jour de course. Ça se saurait si la navigation hauturière était une chose facile.

Un peu plus bas et 100 milles plus à l’Est, Charlie Dalin bénéficie encore d’un flux d’Ouest d’une douzaine de nœuds qu’il exploite à merveille pour, au classement de 5 heures de ce lundi matin, pointer son nez à 97,7 milles derrière le leader. En quatre jours, le skipper d’Apivia a effacé les trois-quarts de son retard…. Il lui reste un dernier petit bout de pain blanc dans lequel croquer avant d’être contraint de progresser au près à son tour.

Du gain pour Seguin et le top 10

Si Thomas Ruyant (LinkedOut), 4e, est dans le sillage du deuxième, Damien Seguin fait du gain 80 milles à l’Est de ses rivaux. Une position qui plaît bien à Louis Burton, calé dans la roue du skipper de Groupe Apicil. Joint ce matin, le solitaire de Bureau Vallée ne boude pas son plaisir : « Mon plaisir ? Attendre et regarder les classements ! J’y suis complètement accro, j’attends les réactualisations comme un enfant attend le Père Noël. Je regarde la trajectoire de ceux qui sont devant, j’essaie de voir comment je pourrais recoller encore un peu, et c’est exceptionnel : je n’avais pas connu ce plaisir il y a quatre ans ! »

Le miraculé de l’île Macquarie, qui réalise un come-back époustouflant, ne détesterait pas aller chercher mieux que cette cinquième place, mais il sait la chose peu aisée : « Je suis en bonne forme : j’ai changé mon dessalinisateur. Le précédent me donnait une eau ‘dégueulasse’, et je commençais à ressentir des troubles physiques. ça va désormais vraiment mieux. Quand tu reviens dans ces eaux de l’Atlantique, après avoir longé l’Antarctique, tu as l’impression de naviguer dans le golfe du Morbihan… ce qui est marrant, puisque tu n’as pas du tout cette impression pendant la descente. Il y a quand même pas mal d’incertitudes sur ce que nous allons affronter demain soir, ce front froid permanent. Cela peut aussi bien se passer que mal se passer. A l’aller, en l’abordant par le sud, je l’avais bien négocié. Mais le venty est en pagaille et, derrière, c’est du près jusqu’à ce que ça adonne. Mes foils sont en bon état, et j’ai l’ambition de continuer à remonter doucement et d’arriver à l’entrée du pot au noir en étant satisfait du travail fourni ».

Si Charlie Dalin (Apivia) est le skipper qui a eu le plus gros gain sur Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) entre le classement de 21 heures hier et celui de 5 heures ce matin, le reste du top 10 a gagné entre 45 et 60 milles sur le leader. Cette tendance devrait se poursuivre encore au fil de la journée.

Une cellule pour Armel et Clariss, le Horn pour Arnaud, Alan et Jérémie

300 milles environ derrière Maxime Sorel (496,6 milles du leader), Armel Tripon (L’Occitane en Provence) et Clarisse Crémer (Banque Populaire X) « jouent » avec une cellule de haute pression qui leur barre la route et leur imposera du vent de face en se décalant vers l’Est. 400 milles plus loin, entre les 46e Sud et les 48e Sud, Romain Attanasio (Pure – Best Western) se prépare à négocier le passage de deux phénomènes dépressionnaires liés qui, en cours de journée, viendront de sa gauche d’abord, avec du vent de Nord, puis de son Sud, avec un vent de Sud – Sud-Est de plus de trente nœuds.

Mille milles derrière, Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle), Alan Roura (La Fabrique), Jérémie Beyou (Charal) et Pip Hare (Medallia) se préparent à parer le cap Horn. Sans doute n’en verront-ils pas grand-chose, comme l’explique Jérémie Beyou, qui franchira le cap Horn pour la troisième fois en quatre ans : « J’ai mis du temps à passer le premier, c’était lors du dernier Vendée Globe, puis j’ai récidivé ensuite lors de la Volvo Ocean Race. Et, les deux fois, j’ai vu le caillou. Ce ne sera sans doute pas le cas cette fois-ci : une dépression secondaire naît dans notre Nord, on va s’en éloigner. Mais je ne serai pas fâché de quitter ce Pacifique, qui a été un vrai rouleau compresseur ». Le retour sur des routes a priori plus pavées devrait s’opérer dans l’après-midi.

Isabelle Joschke, bientôt la fin du bagne

Entre ces groupes, Isabelle Joschke (MACSF) se débat et résiste dans son IMOCA dont la quille n’est plus fixe. Dans une douzaine d’heures, la navigatrice contrainte à l’abandon sortira de la dépression qui l’a malmenée hier, notamment dans un départ au vrac. Une fois sortie de la zone de danger, Isabelle Joschke, avec Alain Gautier son team manager et la direction de course chercheront la voie la plus sûre et la plus efficace pour ramener le bateau à bon port.

Derrière, enfin, Clément Giraud (Compagnie du Lit – Jiliti) et Miranda Merron (Campagne de France) sont à l’avant d’une dépression qui va leur passer dessus, mais ils resteront dans le nord des vents les plus forts.

Hors course mais déterminée à avancer vite, Sam Davies est passée devant Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet) et Ari Huusela (Stark). Les deux concurrents ont des options différentes : le Sud pour la navigatrice, qui va essayer de se laisser porter le plus longtemps possible par la dépression qui arrive dans son dos ; le Nord pour le Finlandais, qui choisit régulièrement les options les plus sûres, et qui n’y perd finalement pas au change. En queue de peloton enfin, Sébastien Destremau (merci) bénéficie pour l’heure de conditions maniables pour ses premiers milles dans le Pacifique, à 7108 milles de Maître CoQ IV.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.