En exclu : le carnet de bord de Sam Davies qui a eu une semaine chargée !

Course au large
Mardi 16 février 2021 à 6h42

"Bonjour à tous les lecteurs du Figaro Nautisme. Voici le compte-rendu d’une semaine qui a bien commencé avec le passage de l’équateur mais qui a ensuite été plus délicate avec une avarie et une montée au mât en pleine nuit. Merci de me suivre jusqu’au bout !"

©Sam Davies / Initiatives-Coeur
"Bonjour à tous les lecteurs du Figaro Nautisme. Voici le compte-rendu d’une semaine qui a bien commencé avec le passage de l’équateur mais qui a ensuite été plus délicate avec une avarie et une montée au mât en pleine nuit. Merci de me suivre jusqu’au bout !"

Lundi

 

Aujourd’hui est un grand jour parce qu’Initiatives-Cœur a passé l’équateur pour la deuxième fois dans ce tour du monde. Je passe de l’hémisphère sud à l’hémisphère nord, ce qui me rapproche encore de la maison. Je passe aussi de l’été à l’hiver, même s’il fait encore 31° ici. Je vais avoir une nuit sportive, avec des grains, des calmes, mais c’est bon signe parce que je me rapproche de la maison. Ensuite, il faudra trouver les alizés pour remonter tout l’Atlantique avant de mettre cap sur la France. Tout va bien à bord, je profite du beau temps pour aérer le bateau.

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Mardi

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© Sam Davies / Initiatives-Coeur

J’ai eu un rappel du fait que nos bateaux sont fatigués et que, malgré tous nos efforts pour éviter les avaries, il est parfois impossible d’anticiper et nous devons alors faire face aux situations qui se présentent à nous.

J'étais heureuse d'avoir traversé le pot au noir sans vraiment ralentir. J'ai eu une nuit et une matinée venteuses et le vent diminuait. Alors que je préparais les lignes d'enroulement pour passer de J3 à J2, nous avons percuté une vague avec un gros impact. C’est normal car je navigue maintenant au près dans les alizés du nord-est et la mer est assez creusée !

Cependant, quand j'ai regardé vers l'avant, j'ai vu que mon gréement n'était pas normal, le J2 (enroulé) s'était détaché et se balançait bizarrement dans cette mer houleuse. Le J2 est monté sur mon étai principal - le câble qui maintient mon gréement - c'était donc un problème majeur. Je suis partie immédiatement pour protéger le gréement et j'ai attrapé quelques spectres d'arrimage et j'ai couru vers l'avant pour sécuriser la base de la voile le plus rapidement possible avant qu'elle ne se détache complètement et pour empêcher la voile de se dérouler..

J'ai vu que la goupille sous le tambour enrouleur s'était complètement cisaillée. Il n'y avait aucun moyen de réparer ça et je n'ai pas de pièce rechange.

J'ai eu deux problèmes : le premier pour sécuriser le mât avec un autre câble remplaçant l'étai, le second pour «sécuriser» le J2, désormais inutilisable sans possibilité de l'enrouler.

Mon A7 contient un câble. Le premier travail consistait donc à retirer le câble de la voile. Plus facile à dire qu’à faire, car je devais dérouler la voile à la main sur le pont, puis sortir le câble du lof de la voile. Cette partie du travail a duré 3 heures, en plein cagnard sous le soleil de l'équateur.

Une fois la plate-forme sécurisée avec le câble fractionné, le J3 et la flèche de tempête, la mission suivante était de se débarrasser du J2, désormais inutile. Pour cela, j'ai d'abord envoyé une drisse de rechange au sommet du J2. Ensuite, j'ai dû monter le gréement, attacher le J2 et l'étai à la drisse, couper la boucle qui maintient l'étai au mât. Puis descendre et abaisser le J2 sur le pont.

J'ai empanné pour trouver le meilleur angle par rapport aux vagues pour ma montée au mât, pour essayer de ne pas trop me balancer, mais malgré cela c'était une montée effrayante et j'ai dû faire tout ce que je pouvais pour m'accrocher. Heureusement, j’avais fait une formation à l'escalade du mât ! Alors que je commençais à monter sur le mât, le soleil se couchait et il faisait sombre quand j'étais au sommet, je pouvais à peine voir ce que je faisais. Le tout m'a pris 30 minutes. Heureusement, cette partie (bien que plutôt terrifiante) s'est bien déroulée et j'ai utilisé mes dernières forces pour laisser tomber le J2 et le plier.

Je dois maintenant faire attention à mon gréement, je dois utiliser des voiles plus petites, mais au moins je peux continuer !

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© Sam Davies / Initiatives-Coeur

Mercredi

Je suis heureuse de poursuivre mon aventure, avec mon mât toujours debout. Je suis couverte d'ecchymoses et de douleurs musculaires. Donc la mission aujourd'hui est d'essayer de me reposer et de récupérer, tout en amenant mon bateau fatigué vers le nord sur cette mer agitée.

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© Sam Davies / Initiatives-Coeur

Jeudi

Il a été difficile de me remettre de mon ascension de mât car les alizés ont décidé de m’envoyer 25-30 nœuds de vent et une horrible mer "casse-bateau". En temps normal, je m’en accommoderais, mais je dois veiller sur Initiatives-Cœur. J'ai eu du mal à trouver les bonnes voiles, l'angle de vent et le cap par rapport aux vagues. Hier soir le bateau tapait tellement qu'il était impossible de se déplacer, et au milieu de la nuit j'ai perdu toutes mes informations sur le vent. Pour le moment, je n'ai plus ces informations et mon pilote automatique navigue sur un cap au compas. J’ai une solution de réparation mais je dois attendre une mer plus stable pour pouvoir y procéder.

Cet après-midi, les choses se sont un peu calmées alors j'essaye de me reposer avant que le vent ne revienne plus tard !

J'ai appris qu'il y avait de la neige en Bretagne, donc je profite au maximum du soleil ici!

Vendredi

Les alizées soufflent forts, le point positif est que j’avance bien vers le nord et le négatif est que ça tire beaucoup sur le bateau. Ça tape, ça secoue, ça accélère, du coup j’ai du mal à trouver le juste milieu, à mettre le curseur au bon endroit entre protéger le bateau, soulager le mat, et avancer. Il commence à faire un peu moins chaud, ce qui est bien, mais ces conditions ne sont pas très reposantes parce que stressantes. Je fais très souvent des réglages. Je n’ai toujours pas mes infos de vent, sauf en regardant la mer.

Samedi

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© Albert Brel

Ma progression est lente mais certaine vers le nord dans un alizé NE plutôt fort ces derniers jours. C’est un peu gênant d'avoir un vent aussi fort (jusqu'à 30 nœuds enregistrés avant que tous mes instruments de mesure du vent ne sautent du haut du gréement) et une mer agitée alors que j'ai un gréement qui n'est pas à 100% et un bateau fatigué!

Je suis un peu inquiète de voir plus de choses se briser lorsque le bateau claque si fort, alors je continue à y aller doucement.

Les conditions difficiles signifient qu'il a été compliqué de me reposer correctement et j’avais l'impression de ne pas m’être vraiment remise de mon escalade au mât. Mais hier soir, l'état de la mer et la vitesse du vent ont un peu diminué, me permettant de trouver un peu le sommeil. Il était le bienvenu, d’autant que la nuit dernière, j’avais pas mal trimé entre la vérification du parcours, le réglage du vent et de la voile et l'élimination des sargasses du gouvernail. Je pense que mon corps a repris goût au sommeil car mes siestes se sont poursuivies toute la journée aujourd'hui et finalement je me sens un peu plus reposée !!

Le vent va diminuer dans les prochains jours et je devrai être patiente et faire les bons réglages avec les voiles qu'il me reste pour compenser l'absence de mon J2.

Dimanche

J’ai passé la Saint-Valentin seule sur mon bateau mais j’ai pu faire un bisou à un poisson volant (rires).

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© Sam Davies / Initiatives-Coeur

Lundi

Isa et moi restons en contact tous les jours - nous parlons de l'itinéraire, de nos bateaux, de nos configurations de voiles et de bien d'autres sujets. J'ai dit à Isa de ne pas m'attendre maintenant que je me retrouve sans étai. Elle sera donc devant moi mais nous serons toujours dans la même zone. C’est bien d’avoir une amie ici, cela me rappelle que je ne suis pas seule. En fait, je suis en contact avec tous les skippers restants ici. Il y a une solidarité entre nous et nous nous soutenons mutuellement dans ces derniers kilomètres. Le Vendée Globe crée des liens étonnants entre les skippers à travers ce qu'ils ont vécu ensemble et ces amitiés dureront pour toujours.

Je vous souhaite à tous une bonne semaine

Sam

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.