Fabrice Amedeo a largué les amarres de son port d’attache de Lorient à destination de Marseille il y a tout juste une semaine. Une navigation vers la cité phocéenne pour y rencontrer son partenaire Onet et ses équipes, soutien historique du projet océanographique du navigateur – journaliste et premier sponsor de ce virage opéré en 2019 pour faire de son bateau de course un navire d’opportunité pour la Science. Cette navigation d’un peu moins de 1000 milles nautiques via les côtes espagnoles, Gibraltar puis la Méditerranée sera l’occasion de mesurer le CO2, la salinité et la température de l’océan sur la route mais aussi de réaliser une campagne de mesure de la biodiversité.

Les plus beaux projets naissent souvent d’une rencontre. Le projet Ocean Calling de Fabrice Amedeo et le virage pris par son bateau de course devenu navire d’opportunité pour la Science remonte à l’année 2019 et une rencontre avec Emilie de Lombarès, présidente du directoire de Onet ainsi qu’avec ses équipes, qui ont soutenu l’installation de capteurs océanographiques à bord du voilier IMOCA de course du navigateur. Cette entreprise marseillaise tournée vers la mer Méditerranée fragilisée par les conséquences du réchauffement climatique et les pollutions anthropiques, a été séduite par cet engagement mêlant Science participative, engagement pour la planète et sensibilisation. Depuis, des milles et des courses sont passés dans le sillage du bateau IMOCA « FDJ United » de son nom de course qui est aujourd’hui équipé d’un capteur de CO2, salinité et température, des données qui aident les scientifiques à mieux comprendre les conséquences du réchauffement climatique sur l’océan, d’un capteur de microplastiques et enfin d’un capteur d’ADN environnemental.
C’est ce capteur d’ADN qui, outre une route pavée d’embuches au milieu d’un important trafic maritime et soumise à des aléas météo et effets de site nombreux, sera au cœur de l’attention de Fabrice Amedeo durant cette navigation qu’il réalise en compagnie de Mathis Hello, chargé de la préparation technique du bateau.
L’ADN environnemental c’est tout l’ADN qui est relâché en permanence par les organismes dans leur milieu naturel par le biais d’excrétions (mucus, larves) et de sécrétions (fèces ou urine). Avec ce capteur développé par les équipes de l’institut Cawthron et de Citizens of the Sea en Nouvelle Zélande, il est possible de filtrer 1 litre d’eau de mer et d’obtenir rapidement et à prix raisonnable une cartographie biologique précise de tous les organismes présents dans ce milieu, des virus jusqu’aux baleines. « Cette approche est révolutionnaire car elle permet de recenser la présence ou l’absence d’espèces rares ou en voie de disparition, mais aussi de détecter les espèces invasives et autre pathogènes. Faire l’inventaire du vivant permet de mesurer la santé de nos océans en temps quasi réel et donc d’en appréhender la dynamique due au changement climatique » explique Xavier Pochon, chercheur spécialisé dans la surveillance moléculaire et professeur associé en biologie marine à l’université d’Auckland. Passionné par l’ADN environnemental il est à l’origine de ce projet.
Les méthodes traditionnelles de recherche océanographique nécessitent une observation visuelle directe, voire la capture physique des espèces concernées, ce qui est lent, coûteux et peut nuire à la vie marine. Xavier Pochon a eu l'idée d'équiper le voilier de Fabrice Amedeo d’un capteur novateur et d'une procédure simple pour prélever des échantillons d'eau de mer à des points clés de son itinéraire. Il s'agit d'un moyen rapide, fiable et inoffensif de suivre les espèces menacées, de surveiller les agents pathogènes et, au fil du temps, de montrer comment le changement climatique modifie l'aire de répartition géographique des espèces.
Dès le retour de Marseille, l'équipe de surveillance moléculaire de l'Institut Cawthron se mettra au travail, extraira plusieurs millions de séquences d'ADN et identifiera des milliers d’espèce. Grâce aux données déjà disponibles dans les bases de données publiques, l’équipe scientifique pourra utiliser le métabarcodage pour identifier avec certitude des organismes de tout l'arbre de la vie, jusqu'au niveau de l'espèce. Elle examinera les échantillons à l'aide de quatre marqueurs génétiques : un pour les bactéries, un pour tous les eucaryotes (c'est-à-dire toute forme de vie dotée d'un noyau cellulaire), un pour les animaux et un autre ciblant spécifiquement les poissons et les mammifères.
Ce dispositif, qui sera déployé à plus grande échelle sur le Vendée Globe en 2028, a reçu en janvier le soutien de la Fondation Vendée Globe.
Fabrice Amedeo : « Je suis très heureux de cette navigation vers Marseille. Elle va être l’occasion d’un bel entrainement en vue de la Route du Rhum et d’une passionnante campagne de mesure au service de la préservation des océans. Et une fois amarré au Vieux port, place au partage avec la réception de collaborateurs Onet à bord et des navigations avec des invités ».

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