Un mois après le départ des Sables-d’Olonne, la Golden Globe Race 2026 commence sérieusement à étirer sa flotte. Damien Guillou et Pat Lawless ont réussi à s’extraire des pièges du Pot-au-Noir et creusent l’écart en tête, tandis qu’Ertan Beskardes voit son pari à l’est récompensé. Derrière, entre calmes, vents instables et problèmes techniques, l’Atlantique ne laisse aucun répit aux marins.

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Après la tempête tropicale Gonzalo, les skippers de la Golden Globe Race auraient pu espérer quelques jours de répit. Il n’en est rien. Depuis plus d’une semaine, l’Atlantique leur impose un tout autre scénario, fait de calmes soudains, de bandes de vent irrégulières, de vents contraires et de choix de route dont les conséquences peuvent se compter en dizaines de milles.
Le passage du Pot-au-Noir semblait pourtant relativement clément pour cette édition 2026. La zone de convergence intertropicale paraissait étroite et plusieurs concurrents l’avaient traversée sans perdre trop de temps. Mais cette impression n’a pas duré. Désormais, quelques dizaines de milles peuvent suffire à séparer un bateau avançant à 5 nœuds d’un autre presque totalement immobilisé.
Résultat : seulement un mois après le départ des Sables-d’Olonne, la flotte commence déjà à se scinder en plusieurs groupes.
Damien Guillou impose son rythme, Pat Lawless s’accroche
À l’avant, deux hommes ont réussi à prendre une sérieuse option : Damien Guillou, à bord de SOLAREM, et Pat Lawless sur SILVERMINES HYDRO. Tous deux ont échappé aux principales difficultés du Pot-au-Noir avant leurs poursuivants et naviguent désormais dans les alizés de sud-est.
Depuis, Damien Guillou ne relâche pas la pression. Le Français enchaîne les solides journées de navigation et continue progressivement de grappiller des milles. Le 4 octobre, SOLAREM a ainsi parcouru environ 164 milles nautiques en 24 heures, malgré des conditions particulièrement humides et un pont régulièrement balayé par les paquets de mer.
Pat Lawless reste néanmoins dans le match. L’Irlandais affiche lui aussi des journées proches de 150 milles et demeure le seul concurrent capable, pour le moment, d’exercer une véritable pression sur le leader. Au matin du 7 octobre, Guillou descendait vers le sud à environ 6,9 nœuds, contre 5,9 nœuds pour son poursuivant.
Les deux hommes approchent désormais de la région de Trindade. La transition météorologique associée à l’anticyclone de l’Atlantique Sud pourrait rebattre les cartes et offrir à Lawless une occasion de réduire son retard. Mais derrière eux, une évidence commence à s’imposer : les deux leaders sont progressivement en train de construire leur propre course.
Le pari d’Ertan Beskardes finit par payer
La troisième place est occupée par l’un des hommes qui a pris le plus gros pari tactique depuis le début de cette traversée de l’Atlantique. À bord de MISS BEAGLE, Ertan Beskardes s’est obstiné pendant plusieurs jours à conserver une trajectoire très orientale.
Une stratégie parfois difficile à comprendre depuis la terre. À plusieurs reprises, le Britannique a semblé naviguer trop près du vent et sacrifier une partie de sa vitesse, alors que les concurrents situés plus à l’ouest paraissaient mieux servis.
Mais en course au large, les choix ne se jugent pas toujours à court terme. Le 1er octobre, MISS BEAGLE progressait à environ 6,4 nœuds et venait de parcourir 110 milles en 24 heures. Surtout, Beskardes est devenu le premier skipper du principal groupe de poursuivants à véritablement accrocher les alizés de sud-est.
Pendant que ses adversaires restaient englués dans les vents irréguliers plus au nord, sa route orientale lui a permis de prendre une précieuse avance et de consolider sa troisième place.
Derrière le trio de tête, la course tourne au jeu de hasard
Pour les poursuivants, la situation est beaucoup moins lisible. Etienne Messikommer sur BERNARD, Guido Cantini sur HANNAH OF COWES, Andrea Lodolo sur BIBI, Daniel Pinsky sur EXODUS, Mara sur SHOWGIRL ou encore Henry Wootton sur PRIVATEER connaissent des fortunes très variables.
En quelques heures seulement, certains bateaux passent d'une quasi-immobilisation à plusieurs nœuds de vitesse. Une bascule de vent ou quelques milles de décalage suffisent à complètement modifier la hiérarchie.
Ce mercredi matin, Messikommer et Wootton évoluaient notamment à proximité l’un de l’autre, à environ 3 nœuds vers le sud-ouest. Lodolo et Pinsky formaient un autre duel à distance, tous deux proches de 3,7 nœuds.
Pour Guido Cantini, la situation était nettement moins favorable. HANNAH OF COWES n’affichait plus qu’une moyenne d’environ 0,7 nœud sur quatre heures. À cette frustration météorologique s’ajoute désormais un problème technique : sa radio longue portée SSB est de nouveau en panne. Deux jours plus tôt, l’Italien avait déjà écopé d’une pénalité de 24 heures après avoir utilisé son téléphone satellite pour contacter son équipe et tenter de résoudre le problème. Un arrêt pour effectuer une réparation le ferait désormais basculer en classe Chichester.
Barnacles, pilote automatique : les premières avaries s’accumulent
Les difficultés ne viennent d’ailleurs pas uniquement de la météo. Gunnar Christensen, à bord de POMPOEN, a découvert une importante accumulation de balanes sous sa coque. Le skipper a dû passer environ une heure et demie dans l’eau pour nettoyer son bateau.
Un problème loin d’être anodin sur une course aussi longue. Les organismes fixés sur la carène peuvent considérablement dégrader les performances d’un voilier et, s’ils réapparaissent, contraindre le marin à renouveler l’opération.
Même les hommes de tête ne sont pas épargnés. Pat Lawless a connu une défaillance des lignes de commande de son régulateur d’allure. Une panne qui l’a obligé à passer environ 90 minutes à l’arrière de SILVERMINES HYDRO pour effectuer lui-même la réparation.
Dans la Golden Globe Race, pas question évidemment de faire appel à une assistance technique : chaque problème doit être diagnostiqué et réparé seul, avec les moyens disponibles à bord.
Une inquiétude autour de Louis Kerdelhué
L’épisode le plus préoccupant de ces derniers jours concerne toutefois Louis Kerdelhué, à bord d’IE CHARGE.
Le 5 octobre, la direction de course s’est inquiétée de voir son bateau progresser anormalement lentement pendant près de 24 heures. À certains moments, IE CHARGE semblait dériver à un nœud ou moins, travers à la mer, alors que les données météorologiques disponibles indiquaient suffisamment de vent pour naviguer.
Plus inquiétant encore, le skipper français avait manqué deux de ses comptes rendus de sécurité quotidiens. À 12 h UTC, la direction de course a donc ouvert un potentiel dossier « Code Orange » et tenté de le joindre par téléphone satellite ainsi que par son système de suivi et de messagerie YB3. Les autres concurrents ont également été sollicités pour savoir si quelqu’un avait pu établir un contact radio avec lui. Le bateau le plus proche, celui de Gunnar Christensen, se trouvait alors à environ 150 milles nautiques.
À une trentaine de minutes seulement de l’échéance fixée avant de contacter les services de secours maritimes, la vitesse d’IE CHARGE a finalement augmenté, jusqu’à atteindre environ 4,5 nœuds. Un premier signal rassurant.
Louis Kerdelhué a ensuite transmis un message laconique mais essentiel : « RAS », pour « rien à signaler ». Au moment du dernier point communiqué par l’organisation, aucun contact vocal n’avait toutefois encore pu être établi par téléphone satellite.
Guy deBoer reprend la mer, mais quitte la course au classement
Autre nouvelle importante : Guy deBoer navigue de nouveau. Le skipper de SPIRIT avait dû s’arrêter à Lanzarote en raison d’inquiétudes concernant une cadène et la structure de la coque de son voilier.
Après les réparations et inspections nécessaires, l’Américain a pu reprendre la mer. Son escale le fait toutefois basculer en classe Chichester : il poursuit donc l’aventure autour du monde, mais ne peut plus prétendre aux principaux trophées de la Golden Globe Race.
La tâche qui l’attend est immense. Au moment de son retour en mer, SPIRIT naviguait à environ 4,9 nœuds à l’ouest de Fuerteventura, tandis que le reste de la flotte avait déjà pris près de 1 500 milles d’avance vers le sud.
L’Atlantique commence déjà à faire le tri
Un mois après le départ des Sables-d’Olonne, la Golden Globe Race 2026 entre ainsi dans une nouvelle phase. La tempête tropicale Gonzalo avait constitué le premier véritable test météorologique. Le Pot-au-Noir vient, lui, de provoquer la première grande cassure au sein de la flotte.
Damien Guillou apparaît particulièrement solide en tête. Pat Lawless refuse de le laisser s’échapper et Ertan Beskardes récolte enfin les fruits de son audacieuse route à l’est. Derrière ce trio, en revanche, rien n’est encore joué.
Et pour cause : le plus difficile reste à venir.
L’océan Austral n’a pas encore commencé à dicter sa loi. Le cap de Bonne-Espérance est encore loin, le cap Leeuwin plus encore, et le cap Horn appartient pour l’instant à un autre horizon. D’ici là, les systèmes météorologiques, les avaries et la fatigue auront largement le temps de bouleverser la hiérarchie.
Après seulement quelques semaines de navigation, l’Atlantique a pourtant déjà envoyé un avertissement : sur cette Golden Globe Race, le moindre choix de route, la moindre panne et parfois quelques milles de décalage peuvent désormais coûter très cher.
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