Route du Rhum 2026 : avaries, vitesses vertigineuses et premières batailles stratégiques dans l’Atlantique
Les premières 48 heures de la Route du Rhum 2026 n’auront laissé que peu de répit aux skippers. Depuis le départ de Saint-Malo, les multicoques géants avalent les milles à une cadence spectaculaire, profitant de conditions particulièrement favorables à la vitesse. En tête des Ultim, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) affiche des performances impressionnantes avec 775 milles parcourus en seulement 24 heures. Le skipper poursuit sa descente vers les Açores, où les premières grandes décisions stratégiques pourraient modifier la hiérarchie.
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Derrière lui, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) restent dans la course. Mais la navigation est loin d’être confortable. Dans la nuit de lundi à mardi, le passage d’un front météorologique a provoqué une rotation brutale du vent, obligeant les marins à multiplier les manœuvres. « On a traversé un front peu actif, mais avec une transition assez nette entre le vent de sud et celui de nord. Il y avait pas mal de boulot à faire et, sur ces bateaux, c’est toujours énergivore », explique Armel Le Cléac’h. Les vitesses ont momentanément chuté de 35 à 25 nœuds avant de repartir à la hausse.
Mais c’est surtout du côté de Charles Caudrelier que les inquiétudes se concentrent. Ce mardi 3 novembre, peu avant 5 heures, le skipper du Maxi Edmond de Rothschild a signalé une avarie majeure sur son foil bâbord, alors qu’il naviguait en quatrième position, à environ 400 milles au nord des Açores. Le marin est sain et sauf et la situation est maîtrisée. Avec l’appui de son équipe technique à terre, il tente désormais de sécuriser l’appendice endommagé et d’évaluer les conséquences de cette avarie. Plusieurs scénarios sont étudiés pour déterminer la suite de sa course. Un coup dur pour l’un des prétendants à la victoire, qui rappelle combien ces géants des mers, malgré leurs performances exceptionnelles, restent vulnérables aux contraintes imposées par la navigation à très haute vitesse.
Chez les Ocean Fifty, le spectacle est tout aussi impressionnant. Basile Bourgnon, à bord d’Edenred, a enregistré une pointe à 43,1 nœuds, soit près de 80 km/h, dans la nuit de dimanche à lundi. Une vitesse vertigineuse pour un trimaran de 15 mètres, particulièrement lorsqu’elle est atteinte en solitaire et dans l’obscurité. « Pour donner une image aux terriens, on a l’impression de rouler sur du gravier. Ça va tellement vite que ça vibre de partout », raconte le jeune navigateur, qui reconnaît avoir vécu un moment aussi grisant qu’impressionnant.
Toujours leader de sa catégorie, devant Pierre Quiroga (WeWise) et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton by Delanchy), Basile Bourgnon doit désormais préparer la prochaine transition météorologique. Comme les IMOCA, les Ocean Fifty vont devoir négocier un changement de direction du vent de près de 180 degrés, avant de traverser un couloir de pression relativement étroit. Une situation délicate, dans laquelle le moindre écart de trajectoire pourrait faire perdre de précieux milles et redistribuer les positions au sein de la flotte.
Dans la catégorie IMOCA, Corentin Horeau (MACSF) a pris la tête de la course devant Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI) et Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance). Pour le navigateur italien, ces premières journées ressemblent déjà à une épreuve d’endurance. Entre une fuite d’eau à l’arrière de son bateau et un réchaud hors service, il doit composer avec plusieurs problèmes techniques qui compliquent son quotidien. Des incidents relativement mineurs, mais particulièrement contraignants pour un marin déjà mobilisé par les manœuvres, la navigation et la gestion de son sommeil.
« Franchement, c’est dur ! Je commence à avoir des petits problèmes de rythme. Il y a deux ou trois bricoles. Ce n’est pas grave, mais ça prend beaucoup d’énergie », confie Ambrogio Beccaria. Après avoir corrigé une trajectoire initialement trop au sud, l’Italien tente de retrouver de la vitesse dans des conditions de vent particulièrement changeantes. Malgré ses difficultés, il conserve sa deuxième place et espère profiter du retour prochain d’allures portantes pour relancer sa course et réduire son retard sur Corentin Horeau.
Après deux journées largement dominées par la vitesse, la Route du Rhum entre progressivement dans une phase beaucoup plus tactique. Une dépression attendue dans la région des Açores complique les prévisions et oblige les équipes de routage à envisager plusieurs scénarios. Pour les Ultim, deux grandes stratégies se dessinent : poursuivre leur progression en multipliant les empannages dans un flux de nord-nord-est ou tenter une route plus occidentale, en traversant une dorsale anticyclonique pour retrouver du vent. Cette seconde option pourrait imposer un ralentissement temporaire, mais offrir ensuite une trajectoire plus avantageuse vers la Guadeloupe.
Chez les Class40, les divergences sont déjà spectaculaires puisque plus de 260 milles séparent les trajectoires les plus au nord et les plus au sud. Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo), actuellement en tête de sa catégorie, a choisi une route intermédiaire, avec l’objectif de passer au nord des Açores sans trop s’éloigner de l’archipel. Le skipper normand reconnaît toutefois la difficulté de prévoir l’évolution de la situation. « Les fichiers météo ne sont pas tout à fait d’accord et, à chaque nouvelle mise à jour, ils changent pas mal », explique-t-il, évoquant une importante dépression comportant plusieurs centres. Dans ces conditions, la capacité à interpréter les modèles météorologiques et à adapter rapidement sa trajectoire pourrait devenir déterminante pour la suite de la course.
Au-delà des performances sportives, ces premières journées ont également été marquées par plusieurs incidents sérieux. Lundi 2 novembre, Francis Joyon, engagé dans la catégorie Vintage Multi à bord d’Oceans, a chaviré dans l’Atlantique. Le navigateur a finalement été secouru vers 23 heures par le cargo Maersk Columbus. Sain et sauf, il fait désormais route vers l’Irlande, où il devrait être débarqué prochainement.
Autre skipper contraint de rejoindre les côtes irlandaises, Anthony Marchand (Actual Ultim 4) a endommagé son safran central après avoir heurté un élément extérieur. L’incident a provoqué un blocage critique de son système de barre, nécessitant une intervention technique dans une zone abritée avant qu’une décision soit prise sur la suite de son aventure. En Class40, Marco Guerra (Imagin’Act-Socomec) a également dû interrompre sa progression. Confronté à des problèmes de quille, une voie d’eau et des défaillances électroniques, il a rejoint Port-la-Forêt pour effectuer une escale technique.
Les difficultés n’épargnent pas non plus les bateaux plus anciens. Dans la catégorie Vintage Mono, Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) a vécu une nuit mouvementée après le décrochage de son pilote automatique, alors qu’il naviguait sous spi dans 25 à 30 nœuds de vent. Son bateau est parti à l’abattée, l’obligeant à intervenir rapidement pour reprendre le contrôle. Dans l’urgence, le navigateur est également tombé à travers une trappe de cockpit restée ouverte, occasionnant quelques douleurs aux côtes. Une mésaventure qui l’incite à davantage de prudence et lui rappelle l’importance de respecter les limites de son monocoque, sans pour autant remettre en cause ses ambitions sportives.
Après deux jours de course, les positions commencent à se préciser dans les six catégories, même si les prochaines évolutions météorologiques pourraient rapidement modifier la hiérarchie. Au pointage de ce mardi matin, Tom Laperche mène les Ultim devant Armel Le Cléac’h et Thomas Coville, tandis que Corentin Horeau occupe la première place des IMOCA devant Ambrogio Beccaria et Sam Goodchild.
Dans la catégorie Ocean Fifty, Basile Bourgnon conserve les commandes devant Pierre Quiroga et Thibaut Vauchel-Camus. Chez les Class40, Guillaume Pirouelle devance Pierre Leboucher et Jules Bonnier. Enfin, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) figure en tête des Vintage Mono, tandis que Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) mène la catégorie Vintage Multi devant Éric Péron (French Touch Oceans Club).
Si les premières 48 heures ont permis aux bateaux les plus rapides d’exprimer pleinement leur potentiel, la suite de cette Route du Rhum pourrait réserver un tout autre scénario. Les changements de vent, les zones de transition et la dépression attendue près des Açores vont progressivement transformer cette course de vitesse en véritable bataille stratégique. Pour les skippers, il faudra désormais trouver le bon équilibre entre performance, préservation du matériel et choix de trajectoire. À plusieurs milliers de milles de Pointe-à-Pitre, rien n’est encore joué et les prochains jours pourraient bien bouleverser les classements établis depuis le départ de Saint-Malo.
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