Route du Rhum 2026 : avaries, vitesses vertigineuses et premières batailles stratégiques dans l’Atlantique

© PolaRYSE - GITANA SA
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme
Carte de la course Route du Rhum Destination Guadeloupe

Après deux jours de course à un rythme effréné, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe connaît ses premiers grands rebondissements. Alors que Tom Laperche mène la flotte des Ultim à des vitesses impressionnantes, Charles Caudrelier doit faire face à une importante avarie sur son foil bâbord. Entre incidents techniques, choix météorologiques et trajectoires divergentes, les skippers entrent dans une phase décisive de leur traversée de l’Atlantique.

Charles Caudrelier victime d’une importante avarie, Tom Laperche toujours en tête

Les premières 48 heures de la Route du Rhum 2026 n’auront laissé que peu de répit aux skippers. Depuis le départ de Saint-Malo, les multicoques géants avalent les milles à une cadence spectaculaire, profitant de conditions particulièrement favorables à la vitesse. En tête des Ultim, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) affiche des performances impressionnantes avec 775 milles parcourus en seulement 24 heures. Le skipper poursuit sa descente vers les Açores, où les premières grandes décisions stratégiques pourraient modifier la hiérarchie.

Retrouvez toute l’actualité de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans notre dossier spécial, et suivez les skippers en direct grâce à notre cartographie.

Derrière lui, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) restent dans la course. Mais la navigation est loin d’être confortable. Dans la nuit de lundi à mardi, le passage d’un front météorologique a provoqué une rotation brutale du vent, obligeant les marins à multiplier les manœuvres. « On a traversé un front peu actif, mais avec une transition assez nette entre le vent de sud et celui de nord. Il y avait pas mal de boulot à faire et, sur ces bateaux, c’est toujours énergivore », explique Armel Le Cléac’h. Les vitesses ont momentanément chuté de 35 à 25 nœuds avant de repartir à la hausse.

Mais c’est surtout du côté de Charles Caudrelier que les inquiétudes se concentrent. Ce mardi 3 novembre, peu avant 5 heures, le skipper du Maxi Edmond de Rothschild a signalé une avarie majeure sur son foil bâbord, alors qu’il naviguait en quatrième position, à environ 400 milles au nord des Açores. Le marin est sain et sauf et la situation est maîtrisée. Avec l’appui de son équipe technique à terre, il tente désormais de sécuriser l’appendice endommagé et d’évaluer les conséquences de cette avarie. Plusieurs scénarios sont étudiés pour déterminer la suite de sa course. Un coup dur pour l’un des prétendants à la victoire, qui rappelle combien ces géants des mers, malgré leurs performances exceptionnelles, restent vulnérables aux contraintes imposées par la navigation à très haute vitesse.

© Pierre Bouras

Ocean Fifty : Basile Bourgnon dépasse les 43 nœuds

Chez les Ocean Fifty, le spectacle est tout aussi impressionnant. Basile Bourgnon, à bord d’Edenred, a enregistré une pointe à 43,1 nœuds, soit près de 80 km/h, dans la nuit de dimanche à lundi. Une vitesse vertigineuse pour un trimaran de 15 mètres, particulièrement lorsqu’elle est atteinte en solitaire et dans l’obscurité. « Pour donner une image aux terriens, on a l’impression de rouler sur du gravier. Ça va tellement vite que ça vibre de partout », raconte le jeune navigateur, qui reconnaît avoir vécu un moment aussi grisant qu’impressionnant.

Toujours leader de sa catégorie, devant Pierre Quiroga (WeWise) et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton by Delanchy), Basile Bourgnon doit désormais préparer la prochaine transition météorologique. Comme les IMOCA, les Ocean Fifty vont devoir négocier un changement de direction du vent de près de 180 degrés, avant de traverser un couloir de pression relativement étroit. Une situation délicate, dans laquelle le moindre écart de trajectoire pourrait faire perdre de précieux milles et redistribuer les positions au sein de la flotte.

IMOCA : Corentin Horeau prend les commandes, Ambrogio Beccaria résiste

Dans la catégorie IMOCA, Corentin Horeau (MACSF) a pris la tête de la course devant Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI) et Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance). Pour le navigateur italien, ces premières journées ressemblent déjà à une épreuve d’endurance. Entre une fuite d’eau à l’arrière de son bateau et un réchaud hors service, il doit composer avec plusieurs problèmes techniques qui compliquent son quotidien. Des incidents relativement mineurs, mais particulièrement contraignants pour un marin déjà mobilisé par les manœuvres, la navigation et la gestion de son sommeil.

« Franchement, c’est dur ! Je commence à avoir des petits problèmes de rythme. Il y a deux ou trois bricoles. Ce n’est pas grave, mais ça prend beaucoup d’énergie », confie Ambrogio Beccaria. Après avoir corrigé une trajectoire initialement trop au sud, l’Italien tente de retrouver de la vitesse dans des conditions de vent particulièrement changeantes. Malgré ses difficultés, il conserve sa deuxième place et espère profiter du retour prochain d’allures portantes pour relancer sa course et réduire son retard sur Corentin Horeau.

Une dépression près des Açores pourrait bouleverser le classement

Après deux journées largement dominées par la vitesse, la Route du Rhum entre progressivement dans une phase beaucoup plus tactique. Une dépression attendue dans la région des Açores complique les prévisions et oblige les équipes de routage à envisager plusieurs scénarios. Pour les Ultim, deux grandes stratégies se dessinent : poursuivre leur progression en multipliant les empannages dans un flux de nord-nord-est ou tenter une route plus occidentale, en traversant une dorsale anticyclonique pour retrouver du vent. Cette seconde option pourrait imposer un ralentissement temporaire, mais offrir ensuite une trajectoire plus avantageuse vers la Guadeloupe.

Chez les Class40, les divergences sont déjà spectaculaires puisque plus de 260 milles séparent les trajectoires les plus au nord et les plus au sud. Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo), actuellement en tête de sa catégorie, a choisi une route intermédiaire, avec l’objectif de passer au nord des Açores sans trop s’éloigner de l’archipel. Le skipper normand reconnaît toutefois la difficulté de prévoir l’évolution de la situation. « Les fichiers météo ne sont pas tout à fait d’accord et, à chaque nouvelle mise à jour, ils changent pas mal », explique-t-il, évoquant une importante dépression comportant plusieurs centres. Dans ces conditions, la capacité à interpréter les modèles météorologiques et à adapter rapidement sa trajectoire pourrait devenir déterminante pour la suite de la course.

© Vincent Curutchet & Jean-Louis Carli / FACTSTORY

Francis Joyon secouru après son chavirage, plusieurs skippers en difficulté

Au-delà des performances sportives, ces premières journées ont également été marquées par plusieurs incidents sérieux. Lundi 2 novembre, Francis Joyon, engagé dans la catégorie Vintage Multi à bord d’Oceans, a chaviré dans l’Atlantique. Le navigateur a finalement été secouru vers 23 heures par le cargo Maersk Columbus. Sain et sauf, il fait désormais route vers l’Irlande, où il devrait être débarqué prochainement.

Autre skipper contraint de rejoindre les côtes irlandaises, Anthony Marchand (Actual Ultim 4) a endommagé son safran central après avoir heurté un élément extérieur. L’incident a provoqué un blocage critique de son système de barre, nécessitant une intervention technique dans une zone abritée avant qu’une décision soit prise sur la suite de son aventure. En Class40, Marco Guerra (Imagin’Act-Socomec) a également dû interrompre sa progression. Confronté à des problèmes de quille, une voie d’eau et des défaillances électroniques, il a rejoint Port-la-Forêt pour effectuer une escale technique.

Les difficultés n’épargnent pas non plus les bateaux plus anciens. Dans la catégorie Vintage Mono, Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) a vécu une nuit mouvementée après le décrochage de son pilote automatique, alors qu’il naviguait sous spi dans 25 à 30 nœuds de vent. Son bateau est parti à l’abattée, l’obligeant à intervenir rapidement pour reprendre le contrôle. Dans l’urgence, le navigateur est également tombé à travers une trappe de cockpit restée ouverte, occasionnant quelques douleurs aux côtes. Une mésaventure qui l’incite à davantage de prudence et lui rappelle l’importance de respecter les limites de son monocoque, sans pour autant remettre en cause ses ambitions sportives.

Route du Rhum 2026 : le classement du mardi 3 novembre

Après deux jours de course, les positions commencent à se préciser dans les six catégories, même si les prochaines évolutions météorologiques pourraient rapidement modifier la hiérarchie. Au pointage de ce mardi matin, Tom Laperche mène les Ultim devant Armel Le Cléac’h et Thomas Coville, tandis que Corentin Horeau occupe la première place des IMOCA devant Ambrogio Beccaria et Sam Goodchild.

Dans la catégorie Ocean Fifty, Basile Bourgnon conserve les commandes devant Pierre Quiroga et Thibaut Vauchel-Camus. Chez les Class40, Guillaume Pirouelle devance Pierre Leboucher et Jules Bonnier. Enfin, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) figure en tête des Vintage Mono, tandis que Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) mène la catégorie Vintage Multi devant Éric Péron (French Touch Oceans Club).

Si les premières 48 heures ont permis aux bateaux les plus rapides d’exprimer pleinement leur potentiel, la suite de cette Route du Rhum pourrait réserver un tout autre scénario. Les changements de vent, les zones de transition et la dépression attendue près des Açores vont progressivement transformer cette course de vitesse en véritable bataille stratégique. Pour les skippers, il faudra désormais trouver le bon équilibre entre performance, préservation du matériel et choix de trajectoire. À plusieurs milliers de milles de Pointe-à-Pitre, rien n’est encore joué et les prochains jours pourraient bien bouleverser les classements établis depuis le départ de Saint-Malo.


Sur une course où la route la plus courte est rarement la plus rapide, la météo peut faire toute la différence. METEO CONSULT accompagne les navigateurs dans leur préparation et leurs choix de route, tout en fournissant à la direction de course des prévisions précises pour anticiper les situations à risque.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.