Vendée Globe : les femmes à la barre

Les femmes dans la course au large
Aucune femme n’était au départ de la première course autour du monde sans escale et sans assistance en 1968. Une course extrême qu’un seul marin a réussi à finir. Que dire de la « reine des transats », la fameuse Route du Rhum ? Depuis 1978, elles ne sont que 17 à l’avoir disputée (dont certaines plusieurs fois), 7 femmes sur 138 skippers lors de la dernière édition. Pourtant, 3 skippeuses l’ont emportée : Florence Arthaud (1990) en catégorie Orma, Ellen MacArthur (2002) en classe Imoca et Anne Cazeneuve (2014) en catégorie Rhum Multi.
Si les skippeuses ne sont jamais nombreuses sur les lignes de départ, elles performent de manière remarquable et abandonnent plus rarement que leurs confrères masculins…
A jamais la première
Le Vendée Globe est la course à la voile la plus difficile, de part son parcours, la météo rencontrée et surtout la durée de la compétition qui met les organismes des marins et les bateaux à rude épreuve. Comme pour le Golden Globe de 1968, aucune skippeuse ne prend le départ des éditions 1989 et 1992 du Vendée Globe. Pourtant, les talents au féminin existent bel et bien à cette époque : Isabelle Autissier a fini le Boc Challenge 1991/1992 à la 7e place devenant la première femme à faire un tour du monde en course en solitaire, avec escales. Florence Arthaud, de son côté, a remporté la Route du Rhum dans la catégorie reine des trimarans en 1990 au nez et à la barbe des meilleurs marins de sa génération…
Il faut attendre la 3e édition du Vendée Globe en 1996 pour voir 2 femmes prendre le départ au milieu des 15 concurrents. Isabelle Autissier en sera l’une des héroïnes : naviguant hors course après avoir été contrainte à faire escale à Capetown pour réparer son safran, elle est pourtant dans le groupe de tête. Elle est juste derrière Christophe Auguin et navigue de conserve avec Gerry Roof en plein Pacifique. La météo est terrible… Le 7 janvier 1997, la balise Argos de Gerry Roof cesse d’émettre dans le pire désert maritime au monde, à 430 milles au Sud du point Némo. Isabelle Autissier est la seule à pouvoir lui venir en aide. Elle entame des recherches dans une mer démontée, chavire plusieurs fois mais ne retrouvera jamais le bateau de son ami. La mort dans l’âme, elle doit renoncer dans des vents de 80 nœuds… Philippe Jeantot, le directeur de la course, aura des mots particulièrement rudes vis-à-vis d’une femme qui a pourtant risqué sa vie pour sauver un autre marin.
A l’arrivée de la course, Catherine Chabaud termine 6e et devient la première femme à réaliser un tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance en course.
Des femmes et des stats incroyables
Depuis la création de l’épreuve en 1989, 15 femmes ont pris le départ de l’une (ou plusieurs) des 9 premières éditions du Vendée Globe. 10 ont passé la ligne d’arrivée. Soit 66,67% de réussite. De leur côté, les hommes sont 185 à avoir pris le départ du Vendée Globe. 104 ont inscrit leur nom au palmarès, soit un taux de réussite de… 56,22% ! Non seulement les skippeuses montrent une résistance et une capacité à emmener leur bateau jusqu’à l’arrivée supérieure aux hommes, mais elles démontrent aussi des performances impressionnantes.
Des skippeuses, des records et des polémiques
Samantha Davies prendra le départ de son quatrième Vendée Globe en novembre 2024. Elle devient ainsi l’une des plus capées, le record de participation revenant à Jean Le Cam qui prendra le départ de son sixième Vendée Globe en 2024.
Le meilleur résultat en course d’une femme revient à Ellen MacArthur qui a terminé à la seconde place en 2000/2001, après avoir donné sacrément du fil à retordre à Michel Desjoyeaux qui l’avait emporté de peu.
La plus rapide autour du monde est Clarisse Cremer qui, sur l’édition 2020/2021 a bouclé sa course en 87 jours. Cette même Clarisse Crémer a été la victime d’une polémique particulièrement virulente en 2023. Après sa très belle course lors de la 9e édition du Vendée Globe – record féminin à la clef et une douzième place sur un bateau d’ancienne génération (sans foil) – elle a expliqué à son sponsor vouloir avoir un enfant. Pas de souci, à priori, le temps entre 2 Vendée Globe permettant largement de mener une vie de femme et une carrière de coureuse au large. En théorie, mais pas en pratique : le sponsor décide de mettre un terme à la collaboration avec Clarisse Crémer début 2023, prétextant l’impossibilité pour elle de se qualifier pour le Vendée Globe 2024 suite à sa maternité… Le tôlé médiatique qui s’ensuit ne fait pas reculer le sponsor, mais permet à la skippeuse de rebondir pour finaliser un nouveau partenariat et… se qualifier pour le Vendée Globe 2024 sans souci. La polémique a au moins le mérite de faire prendre conscience à un milieu particulièrement machiste, que l’égalité des chances entre hommes et femmes n’est pas encore tout à fait réelle !
Les skippeuses et le Vendée Globe
Elles sont donc 15 femmes sur 200 skippers à avoir pris le départ des 9 premières éditions du Vendée Globe : Isabelle Autissier (DNF*) et Catherine Chabaud (6e) en 1996 ; Catherine Chabaud (DNF) et Ellen MacArthur (2e) en 2000 ; Karen Leibovici (13e) et Anne Liardet (11e) en 2004 ; Dee Cafari (6e) et Samantha Davies (4e) en 2008 ; Samantha Davies (DNF) en 2012 ; Alexia Barrier (24e), Clarisse Cremer (12e), Samatha Davies (DNF), Pip Hare (19e), Isabelle Joschke (DNF) et Miranda Merron (22e) en 2020.
Au départ de l’édition 2024, on trouve 40 skippers dont 6 femmes : Clarisse Crémer, Samantha Davies, Violette Dorange, Pip Hare, Isabelle Joschke et Justine Mettraux.
* DNF – Do Not Finish – N’a pas fini