Vendée Globe 2000 : un tour en moins de 100 jours

Dans les années 80, imaginer naviguer autour du monde en solitaire, sans escale et par les trois caps était considéré comment un défi… quasiment irréalisable ! Seul Robin Knox-Johnston avait réussi cet exploit. Avec les premiers Vendée Globe, quelques dizaines de marins ont ajouté leur nom à ce prestigieux palmarès. Mais toujours en plus de 100 jours…

Un tour du monde en 100 jours ?

Pour donner une idée précise de ce que représente faire le tour du monde par les trois caps en 100 jours, il faut prendre la mesure de la distance à parcourir. Avec les fameuses « portes des glaces » - une limite interdisant de descendre trop sud pour éviter la zone des icebergs - instaurées depuis la seconde édition, la distance théorique est de 45 000 km (24 300 milles). Soit 450 km à faire – toujours en théorie - chaque jour, seul, en bateau à voile. Donc près de 19 km/h de moyenne sur 24h. Plus de 10 nœuds sans interruption, pendant plus de trois mois, 24h/24 ! Et cela sans compter que la distance théorique est forcément systématiquement dépassée, certains navigateurs naviguant même plus de 50 000 km pour faire ce tour du monde. La moyenne à assurer est donc… stratosphérique !

312 jours pour Robin Knox-Johnston en 1968, 105 jours pour Titouan Lamazou lors du premier Vendée Globe en 1990 puis 110 jours pour Alain Gautier en 1993 et enfin 105 jours pour Christophe Auguin lors du 3e Vendée Globe. Au départ de la 4e édition de cette course qui est devenue une référence mondiale, la barrière des 100 jours semble – enfin – être accessible. Encore faut-il que la météo accepte de laisser passer les monocoques…

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la météo ne semble pas vouloir être du côté des marins. Début novembre 2000, elle est même exécrable. Tellement monstrueuse que la direction prend la décision de reporter le départ. Initialement prévu le dimanche 5 novembre 2000, il est finalement donné le jeudi suivant. Ils sont 24 bateaux au départ dont 11 venus d’Angleterre, Belgique, Suisse, Italie, Espagne et même de Russie. Seules deux femmes s’attaquent cette année-là à la course légendaire : Catherine Chabaud, la première femme à avoir réalisé un tour du monde en course, en solitaire et sans escale lors de la précédente édition de la course et Ellen MacArthur, 24 ans seulement...

De l’aventure à la régate planétaire…

Cette 4e édition marque un tournant dans l’histoire de la course : les marins connaissent maintenant parfaitement le parcours et sont devenus des spécialistes de la météo, capables de trouver la route la plus rapide dans le dédale des dépressions qui fouettent les mers du Sud. Les bateaux aussi, ont bien évolué : fini les « coffres-forts » conçus avant tout pour résister aux déferlantes et aux vents forts des « cinquantièmes hurlants ». Les nouveaux bateaux sont bien plus rapides tout en respectant des règles de jauge imposées par l’IMOCA, l’association des coureurs. Personne ne veut revivre les drames de l’édition de 1996/1997…

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Michel Desjoyeaux, seul double vainqueur du Vendée Globe (en 2000/2001 et 2008/2009) est le premier à descendre sous les 100 jours…

A peine le départ donné, que Michel Desjoyeaux, Yves Parlier et Roland Jourdain donnent le ton : on se croirait dans une étape de la course du « Figaro ». D’ailleurs Desjoyeaux a été très clair : « je ne suis pas un aventurier, je suis un compétiteur » !

Derrière ce trio, Ellen MacArthur s’accroche à une belle 4e place. C’est dur, c’est physique, mais c’est aussi tellement beau : Ellen arrive à faire vivre aux terriens que nous sommes sa course en envoyant – c’est nouveau sur cette édition du nouveau millénaire – ses vidéos depuis le bord. Et si MacArthur est une excellente skippeuse – ce qui n’est pas une découverte – elle est aussi une magnifique conteuse…

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Dame Ellen est aujourd’hui à la tête d’une fondation qui se bat pour accélérer la transition vers une économie circulaire (ellenmacarthurfoundation.org)

Des avaries et des milles…

Parlier démâte mais veut continuer : il va réparer construire un gréement de fortune. Desjoyeaux est en panne de moteur. Impossible de lancer celui qui lui donne l’énergie indispensable à son pilote automatique et à tous ses instruments de navigation. Il va trouver le système D pour redémarrer sa machine en reliant le lanceur du démarreur à sa bôme puis en osant un empannage musclé. Et cela va fonctionner ! L’énergie est de retour et le mode « course » aussi !

Pendant ce temps, les marins encore en course alignent des moyennes impressionnantes sur 24h, dépassant les 400 milles, 18 nœuds de moyenne dans les mers les plus inhospitalières de la planète…

Le premier à passer le Horn est Michel Desjoyeaux avec près de 600 milles d’avance sur… Ellen MacArthur, Roland Jourdain qui a des soucis avec son rail de grand-voile et Marc Thiercelin. La remontée vers les Sables s’annonce sportive pour ces quatre marins au sommet de leur art.

MichDesj ne lâche rien, joue avec la météo, ose des stratégies mais derrière, Ellen reste collée à ses basques. A tel point qu’elle revient à quelques milles seulement et… finit par prendre la tête de la course le 29 janvier 2001 ! Mais voilà, la jeune anglaise percute un OFNI et brise une de ses dérives. Desjoyeaux reprend le large. Enfin, dans un enfournement violent dans une mer déchainée, l’étai du bateau de l’Anglaise cède. Le temps de réparer, Michel Desjoyeaux que tout le monde surnomme « le professeur » s’envole grâce à de belles options météo. Il l’emporte finalement en 93 jours. Ellen MacArthur passera la ligne d’arrivée 24 heures après le vainqueur. Roland Jourdain va compléter le podium, lui aussi en moins de 100 jours (96 j 1h). Plus de 200 000 personnes se massent sur les pontons et le long du chenal des Sables d’Olonne pour accueillir leurs héros.

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100 jours pour faire le tour du monde par les trois caps, en solitaire et sans assistance, cela représente, sur la route théorique, une moyenne supérieure à 10 nœuds… Beaucoup plus dans la réalité !

Sur les 24 au départ, ils sont 15 à l’arrivée. Même en mode « régate planétaire », le Vendée Globe reste impitoyable…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…