Vendée Globe 2000 : un tour en moins de 100 jours

Un tour du monde en 100 jours ?
Pour donner une idée précise de ce que représente faire le tour du monde par les trois caps en 100 jours, il faut prendre la mesure de la distance à parcourir. Avec les fameuses « portes des glaces » - une limite interdisant de descendre trop sud pour éviter la zone des icebergs - instaurées depuis la seconde édition, la distance théorique est de 45 000 km (24 300 milles). Soit 450 km à faire – toujours en théorie - chaque jour, seul, en bateau à voile. Donc près de 19 km/h de moyenne sur 24h. Plus de 10 nœuds sans interruption, pendant plus de trois mois, 24h/24 ! Et cela sans compter que la distance théorique est forcément systématiquement dépassée, certains navigateurs naviguant même plus de 50 000 km pour faire ce tour du monde. La moyenne à assurer est donc… stratosphérique !
312 jours pour Robin Knox-Johnston en 1968, 105 jours pour Titouan Lamazou lors du premier Vendée Globe en 1990 puis 110 jours pour Alain Gautier en 1993 et enfin 105 jours pour Christophe Auguin lors du 3e Vendée Globe. Au départ de la 4e édition de cette course qui est devenue une référence mondiale, la barrière des 100 jours semble – enfin – être accessible. Encore faut-il que la météo accepte de laisser passer les monocoques…
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la météo ne semble pas vouloir être du côté des marins. Début novembre 2000, elle est même exécrable. Tellement monstrueuse que la direction prend la décision de reporter le départ. Initialement prévu le dimanche 5 novembre 2000, il est finalement donné le jeudi suivant. Ils sont 24 bateaux au départ dont 11 venus d’Angleterre, Belgique, Suisse, Italie, Espagne et même de Russie. Seules deux femmes s’attaquent cette année-là à la course légendaire : Catherine Chabaud, la première femme à avoir réalisé un tour du monde en course, en solitaire et sans escale lors de la précédente édition de la course et Ellen MacArthur, 24 ans seulement...
De l’aventure à la régate planétaire…
Cette 4e édition marque un tournant dans l’histoire de la course : les marins connaissent maintenant parfaitement le parcours et sont devenus des spécialistes de la météo, capables de trouver la route la plus rapide dans le dédale des dépressions qui fouettent les mers du Sud. Les bateaux aussi, ont bien évolué : fini les « coffres-forts » conçus avant tout pour résister aux déferlantes et aux vents forts des « cinquantièmes hurlants ». Les nouveaux bateaux sont bien plus rapides tout en respectant des règles de jauge imposées par l’IMOCA, l’association des coureurs. Personne ne veut revivre les drames de l’édition de 1996/1997…
A peine le départ donné, que Michel Desjoyeaux, Yves Parlier et Roland Jourdain donnent le ton : on se croirait dans une étape de la course du « Figaro ». D’ailleurs Desjoyeaux a été très clair : « je ne suis pas un aventurier, je suis un compétiteur » !
Derrière ce trio, Ellen MacArthur s’accroche à une belle 4e place. C’est dur, c’est physique, mais c’est aussi tellement beau : Ellen arrive à faire vivre aux terriens que nous sommes sa course en envoyant – c’est nouveau sur cette édition du nouveau millénaire – ses vidéos depuis le bord. Et si MacArthur est une excellente skippeuse – ce qui n’est pas une découverte – elle est aussi une magnifique conteuse…
Des avaries et des milles…
Parlier démâte mais veut continuer : il va réparer construire un gréement de fortune. Desjoyeaux est en panne de moteur. Impossible de lancer celui qui lui donne l’énergie indispensable à son pilote automatique et à tous ses instruments de navigation. Il va trouver le système D pour redémarrer sa machine en reliant le lanceur du démarreur à sa bôme puis en osant un empannage musclé. Et cela va fonctionner ! L’énergie est de retour et le mode « course » aussi !
Pendant ce temps, les marins encore en course alignent des moyennes impressionnantes sur 24h, dépassant les 400 milles, 18 nœuds de moyenne dans les mers les plus inhospitalières de la planète…
Le premier à passer le Horn est Michel Desjoyeaux avec près de 600 milles d’avance sur… Ellen MacArthur, Roland Jourdain qui a des soucis avec son rail de grand-voile et Marc Thiercelin. La remontée vers les Sables s’annonce sportive pour ces quatre marins au sommet de leur art.
MichDesj ne lâche rien, joue avec la météo, ose des stratégies mais derrière, Ellen reste collée à ses basques. A tel point qu’elle revient à quelques milles seulement et… finit par prendre la tête de la course le 29 janvier 2001 ! Mais voilà, la jeune anglaise percute un OFNI et brise une de ses dérives. Desjoyeaux reprend le large. Enfin, dans un enfournement violent dans une mer déchainée, l’étai du bateau de l’Anglaise cède. Le temps de réparer, Michel Desjoyeaux que tout le monde surnomme « le professeur » s’envole grâce à de belles options météo. Il l’emporte finalement en 93 jours. Ellen MacArthur passera la ligne d’arrivée 24 heures après le vainqueur. Roland Jourdain va compléter le podium, lui aussi en moins de 100 jours (96 j 1h). Plus de 200 000 personnes se massent sur les pontons et le long du chenal des Sables d’Olonne pour accueillir leurs héros.
Sur les 24 au départ, ils sont 15 à l’arrivée. Même en mode « régate planétaire », le Vendée Globe reste impitoyable…