Vendée Globe : la même course, mais un quotidien bien différent
On peut partager un Atlantique Sud, et n’avoir que peu de points communs. En cette dix-septième nuit de course – déjà, où seulement, c’est une question de point de vue -, deux cartes postales sonores bien différentes nous sont parvenues. Celle de Paul Meilhat d’abord, qui en neuvième position sur son IMOCA Biotherm, s’emploie à maintenir la cadence des lièvres lancés en plein duel avec la dépression. Et celle de Jingkun Xu, 38e, dont l’IMOCA Singchain Team Haikou longe encore les côtes brésiliennes, fermant la marche d’un deuxième peloton qui s’éloigne de plus en plus de son horizon. Deux marins qui partagent une même course, mais décidément pas le même quotidien.
On ne peut pas leur reprocher de ne pas être constant dans l’effort, ces forcenés de la tête de flotte ! Une philosophie qui correspond justement bien à Paul Meilhat, qui explique : "J’essaie vraiment de naviguer toujours avec la même intensité, avec une vitesse moyenne assez stable et une trajectoire tendue, parce que c’est ça qui est intéressant sur la durée pour préserver le matériel et pas faire de bêtises et instaurer un peu une routine de fonctionnement. C’est sûr que ça fait maintenant quelques jours qu’on est à plus de 20 nœuds tout le temps !"
Décidément, on se dit que Patricia, l’étudiante américaine incarnée par Jean Seberg devant la caméra de Godard, aurait aimé l’IMOCA, elle qui soupirait : « C'est triste le sommeil. On est obligés de se séparer. » Pas franchement de « séparation » possible pour les marins et leur monture, même si Paul Meilhat travaille activement à son repos, qu’il considère même comme le seul « plaisir à bord » qu’il s’octroie – le bruit environnant rendant de toutes façons impossible toute écoute de musique ou podcast : " Dès qu’il y a des conditions stables, j’essaie vraiment de dormir le maximum, et j’ai réussi par moment à allonger un peu le temps de sommeil et ne pas être que en mode sieste de 20 minutes. Après c’est vrai qu’on ne bouge pas beaucoup, donc quand on fait une manœuvre, ce qui est un peu rare, on se rend compte qu’on est un peu rouillés, et un peu fatigués. J’essaie de rester en forme et de faire attention ! "
« Mieux vaut rouiller que dérouiller », commenterait fort à propos Jean-Paul Belmondo ! Car derrière Biotherm, la fracture commence à être détectable sans avoir à passer d’IRM. Si le petit groupe mené par Samantha Davies (Initiatives Cœur, 8e) se maintient encore dans la fin de souffle de la dépression, c’est plus aléatoire à partir de Romain Attanasio (Fortinet-Best Western, 15e), obligé de faire du plein Est pour maintenir sa vitesse. Derrière lui, les trajectoires commencent à osciller dangereusement, signe d'une certaine instabilité. Ce n'est pas Justine Mettraux (Teamwork-Team SNEF, 13e) et Isabelle Joshke (MACSF, 19e), contraintes, vu leur trace hachée, à un changement de voile, qui diront le contraire.
Au fil des heures, la situation risque malheureusement d’empirer, à mesure que l’anticyclone de Sainte-Hélène s’installera dans la zone. Vingtième au classement, Arnaud Boissière (La Mie Câline) est d'ailleurs le seul à parvenir à se maintenir au-dessus des 10 noeuds de moyenne, devant tous les bateaux à dérives droites, menés au Sud par Louis Duc (Fives Group - Lantana environnement). « C’est très capitaliste, résumait ainsi Paul Meilhat, les plus riches sont plus riches et les plus pauvres sont plus pauvres ! »
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