Vendée Globe : une danse effrénée avec les éléments

Dans les mers du Sud en ce moment, c’est un vrai défilé de dépressions. Les solitaires ont à peine le temps de dire « ouf » (et encore moins celui de faire sécher leurs cirés), qu’un nouveau système pointe déjà le bout de son nez, prêt à faire sa petite démonstration de force. « Dans la théorie, on m’avait expliqué qu’il y avait des dorsales à passer entre chaque dépression. Je trouve qu’elles sont drôlement courtes, quand même ! », a plaisanté Benjamin Ferré (Monnoyeur – Duo for a job), ce matin lors de la vacation officielle, avec ce sentiment que les systèmes jouent avec lui une partie de Pac-Man, ce jeu où un personnage en forme de rond jaune avec une bouche avale des pac-gommes. « On est tous à la queue leu-leu et on se fait tous grignoter les uns après les autres », a commenté le marin qui a largement remis du nord dans sa route depuis deux jours pour justement éviter de se faire manger trop vite, mais aussi et surtout croquer trop fort.
Boire à la source de l’expérience« La dépression qu’on a pris au sud de l’Afrique du Sud nous a tous bien calmés, nous les petits bizuths du Vendée Globe. On a voulu faire la route la plus courte, suivre l’orthodromie, mais on s’est pris 50 nœuds. Tanguy (Le Turquais) a pété des lattes, Violette (Dorange) s’est fait peur et moi, j’ai rempli le bateau avec une vague. Depuis, on s’est tous bien remis dans le rang ! », a commenté Benjamin pour qui chaque jour est une aventure, et chaque aventure, une leçon. « Dans ce Vendée Globe, on est un peu tous des animaux différents. Dans la bande, Jean (Le Cam), c’est l’éléphant. Il a une mémoire ancestrale et donc, intuitivement, il sait comment éviter les dangers. Nous, on est les petits jeunes fougueux et on apprend à mesure que la course avance », a détaillé le Bretillien qui a notamment compris que le problème n’était pas tant la force du vent mais plutôt la mer que celui-ci génère. « Nos bateaux ne sont pas capables d’accélérer dans 6-7 mètres de creux », a précisé Benjamin, conscient que l’Indien n’a visiblement pas l’intention de lâcher prise. Vers une nouvelle brèche ?Le constat est le même du côté de Thomas Ruyant qui compose en ce moment avec 35-40 nœuds de vent, sur une mer où les vagues se prennent pour des murs. Si les conditions sont éprouvantes, aussi bien pour lui que pour son bateau, le Nordiste se démène comme un chat dans un sac pour combler le retard accumulé la semaine dernière, au passage de la solide dépression qui a permis à Charlie Dalin et à Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) de se carapater. La bonne nouvelle pour lui, c’est que ces dernières heures, il a été avec Yoann Richomme le plus rapide de la flotte alors que, dans le même temps, Charlie Dalin a été le plus lent (oui, nous aussi, ça a nous a laissé presque aussi abasourdis qu'une mouette face à un poisson en plastique). « Depuis hier soir, les conditions sont bien toniques. Il faut être dessus. La tête de flotte a pris un peu d’avance. Il ne faut pas perdre le rythme. Quand il y a une opportunité ou un truc à prendre, il faut être présent », a relaté Thomas Ruyant, bien conscient que les bonnes occasions, c’est un peu comme le dernier métro : soit on l’attrape, soit on se prépare à marcher longtemps. En l’occurrence, ce qui le fait grimacer comme s’il avait croqué dans un citron, c’est ce qui se profile. Demain soir, une dorsale pourrait bien ne pas faire ses affaires du tout mais, à l’inverse, graisser les rouages de Charlie Dalin, et peut-être même ceux de Sébastien Simon, s’il parvient à rester assez rapide malgré la perte son de foil tribord. Cette crête barométrique pourrait faire l’effet d’une barrière entre les uns et les autres. A suivre donc.
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