Vendée Globe : une danse effrénée avec les éléments

Par Figaronautisme.com

Dans l’Océan Indien, les dépressions se succèdent à une allure vertigineuse, transformant la navigation en une danse trépidante avec un partenaire un peu trop enthousiaste. Chaque accalmie laisse vite place à un nouveau front, prêt à secouer vagues et nerfs. Les marins du Vendée Globe, en course depuis un mois, affrontent ce rythme implacable sans répit. Fatigués, trempés, mais toujours vigilants, ils se tiennent comme des chats prêts à bondir à la moindre opportunité. En tête de flotte, Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA) et Thomas Ruyant (VULNERABLE) ont ainsi repris près de 200 milles sur Charlie Dalin ces dernières 24 heures. Toutefois, cet avantage pourrait s’avérer temporaire, car le skipper de MACIF Santé Prévoyance, qui a franchi la longitude du cap Leeuwin ce lundi à 15h12, devrait bénéficier d’un coup de pouce stratégique dès demain soir.

Dans les mers du Sud en ce moment, c’est un vrai défilé de dépressions. Les solitaires ont à peine le temps de dire « ouf » (et encore moins celui de faire sécher leurs cirés), qu’un nouveau système pointe déjà le bout de son nez, prêt à faire sa petite démonstration de force. « Dans la théorie, on m’avait expliqué qu’il y avait des dorsales à passer entre chaque dépression. Je trouve qu’elles sont drôlement courtes, quand même ! », a plaisanté Benjamin Ferré (Monnoyeur – Duo for a job), ce matin lors de la vacation officielle, avec ce sentiment que les systèmes jouent avec lui une partie de Pac-Man, ce jeu où un personnage en forme de rond jaune avec une bouche avale des pac-gommes. « On est tous à la queue leu-leu et on se fait tous grignoter les uns après les autres », a commenté le marin qui a largement remis du nord dans sa route depuis deux jours pour justement éviter de se faire manger trop vite, mais aussi et surtout croquer trop fort.

Boire à la source de l’expérience
« La dépression qu’on a pris au sud de l’Afrique du Sud nous a tous bien calmés, nous les petits bizuths du Vendée Globe. On a voulu faire la route la plus courte, suivre l’orthodromie, mais on s’est pris 50 nœuds. Tanguy (Le Turquais) a pété des lattes, Violette (Dorange) s’est fait peur et moi, j’ai rempli le bateau avec une vague. Depuis, on s’est tous bien remis dans le rang ! », a commenté Benjamin pour qui chaque jour est une aventure, et chaque aventure, une leçon. « Dans ce Vendée Globe, on est un peu tous des animaux différents. Dans la bande, Jean (Le Cam), c’est l’éléphant. Il a une mémoire ancestrale et donc, intuitivement, il sait comment éviter les dangers. Nous, on est les petits jeunes fougueux et on apprend à mesure que la course avance », a détaillé le Bretillien qui a notamment compris que le problème n’était pas tant la force du vent mais plutôt la mer que celui-ci génère. « Nos bateaux ne sont pas capables d’accélérer dans 6-7 mètres de creux », a précisé Benjamin, conscient que l’Indien n’a visiblement pas l’intention de lâcher prise.

Vers une nouvelle brèche ?
Le constat est le même du côté de Thomas Ruyant qui compose en ce moment avec 35-40 nœuds de vent, sur une mer où les vagues se prennent pour des murs. Si les conditions sont éprouvantes, aussi bien pour lui que pour son bateau, le Nordiste se démène comme un chat dans un sac pour combler le retard accumulé la semaine dernière, au passage de la solide dépression qui a permis à Charlie Dalin et à Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) de se carapater. La bonne nouvelle pour lui, c’est que ces dernières heures, il a été avec Yoann Richomme le plus rapide de la flotte alors que, dans le même temps, Charlie Dalin a été le plus lent (oui, nous aussi, ça a nous a laissé presque aussi abasourdis qu'une mouette face à un poisson en plastique). « Depuis hier soir, les conditions sont bien toniques. Il faut être dessus. La tête de flotte a pris un peu d’avance. Il ne faut pas perdre le rythme. Quand il y a une opportunité ou un truc à prendre, il faut être présent », a relaté Thomas Ruyant, bien conscient que les bonnes occasions, c’est un peu comme le dernier métro : soit on l’attrape, soit on se prépare à marcher longtemps. En l’occurrence, ce qui le fait grimacer comme s’il avait croqué dans un citron, c’est ce qui se profile. Demain soir, une dorsale pourrait bien ne pas faire ses affaires du tout mais, à l’inverse, graisser les rouages de Charlie Dalin, et peut-être même ceux de Sébastien Simon, s’il parvient à rester assez rapide malgré la perte son de foil tribord. Cette crête barométrique pourrait faire l’effet d’une barrière entre les uns et les autres. A suivre donc.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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