Vendée Globe : Richomme et Dalin franchissent le Cap Horn dans un mouchoir de poche

Par Figaronautisme.com

Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA) et Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) n’ont pas attendu Noël pour se faire un cadeau de taille. Hier soir, dans un duel serré, les deux skippers ont franchi le légendaire Cap Horn, marquant leur entrée dans l’océan Atlantique. Yoann Richomme a coupé la ligne à 23h36min50sec (UTC), suivi de près par Charlie Dalin, avec seulement 9 minutes et 30 secondes de retard. Une performance exceptionnelle qui promet un final haletant dans ce Vendée Globe.

Trois jours, treize heures, neuf minutes et vingt-six secondes de moins qu’Armel Le Cléac’h... A ce niveau-là, ce n’est même plus battre un record, c’est le faire rougir ! Ils l’auront donc fait ensemble ou presque, à neuf minutes trente d’intervalle, même si Yoann Richomme (PAPREC-ARKÉA) aura pour toujours le bonheur de l’avoir franchie en tête, cette crête hérissée à peine adoucie par le vert tendre de sa végétation, dont tant de marins avant lui ont rêvé…

Le Cap Horn pour Noël, et, comme dans un rêve, le soleil qui l’accompagne et leur permet d’immortaliser le tour de force. Un selfie toute langue dehors pour Yoann Richomme, le poing serré pour Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance, 2e). Pour en arriver là, cet inénarrable duo n’a sûrement pas été que sage, mais il aura tout de même bien mérité cette magistrale récompense, à la hauteur de leur performance.

Mais la trêve des confiseurs fut de très courte durée pour nos marins affairés. Sur la petite ardoise d’écolier où tous écrivent traditionnellement les étapes de leur longue boucle, Charlie Dalin a vite tracé un message directement adressé à son meilleur ennemi : « Slt Yoann, l’Atlantique ne sera pas pacifique ». La carte de vœux est envoyée, et on peut être sûr qu’il n’y aura pas de cadeaux entre ces deux-là ! Si d’ordinaire, les films de Noël qu’on se regarde en boucle sont plutôt des romances à l’eau de rose, l’affiche de ce duel promet un thriller bien corsé à l’eau de mer ! Sortez les popcorns, la remontée risque d’être rapide…

« On vit toutes les facettes du gris »
Si devant la messe est dite, derrière le réveillon de Noël s’annonce bien plus long. Pas spécialement pour Sébastien Simon (Groupe Dubreuil, 3e) qui le fêtera seul, certes, mais au moins pas embêté par le voisinage et pourra célébrer à son tour son passage du Cap Horn, d’ici 500 milles. En revanche c’est toujours bien groupé que vont célébrer les fêtes de fin d’année les huit concurrents suivants, une jolie guirlande colorée qui va de Thomas Ruyant (VULNERABLE, 4e) à Justine Mettraux (Teamwork – TEAM SNEF, 11e), qui a bien raccroché la table du dîner.

Désormais en 7e position après une progressive - mais sûre - remontée de la tête de flotte, Boris Herrmann (Malizia - Seaexplorer) nous racontait cette nuit ses conditions de célébration : " C’est gris, mais un peu moins gris que les derniers jours ! On vit toutes les facettes du gris dans le Sud… C’est un rythme intense mais quand même au large, on n’est pas à s’arracher les cheveux, chacun a ses problèmes techniques, je pense les autres en mont un peu plus que moi, moi j’en ai très peu ! Il y a peu de possibilité de revenir devant, c’est une ligne droite à peu près, on ne fait pas des méga paris d’un côté ou de l’autre, le sens général est assez direct, donc d’ici au Horn ça ne va pas bouger beaucoup. Après, on verra, les bateaux devant auront je pense de meilleures conditions, pour nous ça a l’air lent, au près, mais on verra ! Mais je ne suis pas inquiet ni énervé par la situation ! "
Alors que peut-on souhaiter au pied du sapin du marin allemand au calme éternel, 5e du dernier Vendée Globe ?

J’aimerais bien sortir mon drone et faire des photos au coucher ou au lever de soleil ! J’en n’ai pas vu depuis Cape Town ! Mais mon plus grand souhait, c’est de voir le Cap Horn, aller au détroit de Lemaire pour voir plus de terre et peut-être des sommets enneigés, ce que je n’ai vu qu’une fois en 2009 ! Et j’aimerais aussi voir les Malouines, je ne les ai jamais vues ! Une fois j’ai navigué côté intérieur des Malouines, mais je ne suis pas sûr de le refaire en solo… quoi que, s’il y a une opportunité, j’irai peut-être faire de l’exploration !


« dehors, on fait les glaçons ! »
Quelque 1 500 milles derrière, c’est au contraire d’aller droit au but que cherchent les bateaux du groupe suivant, qui en ont enfin fini avec leurs zig-zags à la recherche du vent. Si Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence, 12e) et Samantha Davies (Initiatives-Cœur, 13e) semble avoir lâché les rênes (ou les rennes), elles font en tous cas tout pour ne pas se récupérer un Benjamin Dutreux (Guyot Environnement – Water Family, 14e) dans leur traîneau. Un peu plus loin, c’est Damien Seguin (Groupe APICIL, 16e) qui dévore les milles façon bûche glacée pour aller ripailler avec son ami Romain Attanasio (Fortinet – Best Western, 15e), qui aurait préféré des agapes en solo.

A l’ombre de la Nouvelle-Zélande, les quatre suivants ont eu un début de Pacifique pénible, dans la pétole, et avancent en attendant le prochain couperet déventé. Dans la nuit, Giancarlo Pedote (Prysmian, 19e), racontait ainsi : "On était dans la molle tous ensemble, après Jean Le Cam et Isabelle Joschke sont partis, on était à 20 milles, après je suis parti moi, le pauvre Alan Roura est resté collé et il est parti après, donc c’était vraiment la vraie mistoufle, et toute la grande remontada que j’avais fait a été annulée ! Pas sympa ! Là on a retrouvé du vent dans la dépression, l’air est froid, très dense, ce sont des conditions un peu hostiles, il fait très très froid, je reste avec les portes fermées dans mon bateau car dehors, on fait les glaçons ! "

Toujours vissés dans la dorsale, les pauvres bateaux suivants risquent eux d’avoir du temps pour savourer leur repas de fête, mais pas sûr qu’ils le digèrent si bien, alors qu’ils voient revenir sur eux le trio mené par Arnaud Boissières (La Mie Câline, 26e) et fermé par Kojiro Shiraishi (DMG Mori Global One, 30e).

Nautisme Article
© Antoine Cornic #VG2024

« J’ai ouvert un premier petit cadeau »
En plein sous l’Australie, Antoine Cornic (Human Immobilier, 32e), lui, n’a pas résisté. Comme un enfant un peu trop pressé, il nous confiait dès cette nuit : " J’ai craqué, j’ai ouvert un premier petit cadeau, c’est une sensation assez bizarre de faire Noël comme ça, tout seul sur un bateau à l’autre bout du monde. J’espère que vous fêterez bien ça, je vous souhaite de bonnes fêtes et profitez bien de la famille ! "

Car oui, si d’ordinaire c’est plutôt nous qui pensons à eux, aujourd’hui leurs mots fleurent tout de même un peu le manque de la Terre. Bien sûr en vivant ce rêve un peu fou, ils se font de sacrés cadeaux, à l’image de Jingkun Xu (Singchain Team Haikou, 33e) qui a franchi hier soir le Cap Leeuwin et peut en être sacrément fier. Mais tout de même, il y a un pincement au cœur à ne pas partager des instants aussi précieux avec les siens. Et même si le Père Noël va s’affairer toute la journée à remonter la flotte, ils seront bel et bien seuls pour célébrer ce réveillon. Seuls, mais veillés, comme le sait si bien Boris Herrmann, qui concluait ainsi son message : " Merci pour l’échange, les énergies qu’on reçoit de la Terre. Merci et bonnes fêtes aux Sables d’Olonne et partout ailleurs où le Vendée Globe est suivi !"

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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