Vendée Globe : Richomme et Dalin franchissent le Cap Horn dans un mouchoir de poche
Trois jours, treize heures, neuf minutes et vingt-six secondes de moins qu’Armel Le Cléac’h... A ce niveau-là, ce n’est même plus battre un record, c’est le faire rougir ! Ils l’auront donc fait ensemble ou presque, à neuf minutes trente d’intervalle, même si Yoann Richomme (PAPREC-ARKÉA) aura pour toujours le bonheur de l’avoir franchie en tête, cette crête hérissée à peine adoucie par le vert tendre de sa végétation, dont tant de marins avant lui ont rêvé…
Le Cap Horn pour Noël, et, comme dans un rêve, le soleil qui l’accompagne et leur permet d’immortaliser le tour de force. Un selfie toute langue dehors pour Yoann Richomme, le poing serré pour Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance, 2e). Pour en arriver là, cet inénarrable duo n’a sûrement pas été que sage, mais il aura tout de même bien mérité cette magistrale récompense, à la hauteur de leur performance.
Mais la trêve des confiseurs fut de très courte durée pour nos marins affairés. Sur la petite ardoise d’écolier où tous écrivent traditionnellement les étapes de leur longue boucle, Charlie Dalin a vite tracé un message directement adressé à son meilleur ennemi : « Slt Yoann, l’Atlantique ne sera pas pacifique ». La carte de vœux est envoyée, et on peut être sûr qu’il n’y aura pas de cadeaux entre ces deux-là ! Si d’ordinaire, les films de Noël qu’on se regarde en boucle sont plutôt des romances à l’eau de rose, l’affiche de ce duel promet un thriller bien corsé à l’eau de mer ! Sortez les popcorns, la remontée risque d’être rapide…
Désormais en 7e position après une progressive - mais sûre - remontée de la tête de flotte, Boris Herrmann (Malizia - Seaexplorer) nous racontait cette nuit ses conditions de célébration : " C’est gris, mais un peu moins gris que les derniers jours ! On vit toutes les facettes du gris dans le Sud… C’est un rythme intense mais quand même au large, on n’est pas à s’arracher les cheveux, chacun a ses problèmes techniques, je pense les autres en mont un peu plus que moi, moi j’en ai très peu ! Il y a peu de possibilité de revenir devant, c’est une ligne droite à peu près, on ne fait pas des méga paris d’un côté ou de l’autre, le sens général est assez direct, donc d’ici au Horn ça ne va pas bouger beaucoup. Après, on verra, les bateaux devant auront je pense de meilleures conditions, pour nous ça a l’air lent, au près, mais on verra ! Mais je ne suis pas inquiet ni énervé par la situation ! "
Alors que peut-on souhaiter au pied du sapin du marin allemand au calme éternel, 5e du dernier Vendée Globe ?
J’aimerais bien sortir mon drone et faire des photos au coucher ou au lever de soleil ! J’en n’ai pas vu depuis Cape Town ! Mais mon plus grand souhait, c’est de voir le Cap Horn, aller au détroit de Lemaire pour voir plus de terre et peut-être des sommets enneigés, ce que je n’ai vu qu’une fois en 2009 ! Et j’aimerais aussi voir les Malouines, je ne les ai jamais vues ! Une fois j’ai navigué côté intérieur des Malouines, mais je ne suis pas sûr de le refaire en solo… quoi que, s’il y a une opportunité, j’irai peut-être faire de l’exploration !
A l’ombre de la Nouvelle-Zélande, les quatre suivants ont eu un début de Pacifique pénible, dans la pétole, et avancent en attendant le prochain couperet déventé. Dans la nuit, Giancarlo Pedote (Prysmian, 19e), racontait ainsi : "On était dans la molle tous ensemble, après Jean Le Cam et Isabelle Joschke sont partis, on était à 20 milles, après je suis parti moi, le pauvre Alan Roura est resté collé et il est parti après, donc c’était vraiment la vraie mistoufle, et toute la grande remontada que j’avais fait a été annulée ! Pas sympa ! Là on a retrouvé du vent dans la dépression, l’air est froid, très dense, ce sont des conditions un peu hostiles, il fait très très froid, je reste avec les portes fermées dans mon bateau car dehors, on fait les glaçons ! "
Toujours vissés dans la dorsale, les pauvres bateaux suivants risquent eux d’avoir du temps pour savourer leur repas de fête, mais pas sûr qu’ils le digèrent si bien, alors qu’ils voient revenir sur eux le trio mené par Arnaud Boissières (La Mie Câline, 26e) et fermé par Kojiro Shiraishi (DMG Mori Global One, 30e).
