Vendée Globe : entre chasse et survie

Par Figaronautisme.com

En tête, ils avancent avec une cible invisible dans le dos, traquant chaque souffle de vent, chaque mille gagné avec une intensité féroce. Derrière, la posture est différente?: affamés de revanche, les poursuivants jouent leur chance avec une rage tranquille, sachant que tout peut encore basculer. Mais l’océan, maître du jeu, redistribue les cartes sans prévenir. Risées, accalmies, grains?: il offre et reprend avec une ironie implacable. En un instant, un leader peut perdre son avance, un poursuivant peut se transformer en prédateur. Cette danse perpétuelle, orchestrée par les caprices de l’Atlantique ou du Pacifique, rappelle que chaque skipper suit le même tempo?: celui d’un océan capricieux et farceur, où rien n’est jamais acquis.

Dans cette 10e édition du Vendée Globe, le suspense n’épargne personne. À tous les niveaux du classement, des poursuivants déterminés traquent leurs adversaires, tandis que les leaders tentent désespérément de maintenir leur avance. Ici, personne n’est à l’abri : les chasseurs d’aujourd’hui pourraient bien devenir les chassés de demain. Cette dynamique haletante génère des rebondissements et des luttes intenses, rendant la course aussi imprévisible qu’implacable. « Je suis à la poursuite de Jean (Le Cam), Isabelle (Joschke) et Giancarlo (Pedote) depuis un moment. Il y a quelques jours, j’avais pris la tête de ce petit groupe et j’étais hyper content puis il y a eu la molle et je me suis fait bien avoir. J’ai pris beaucoup de retard que j’ai réussi à combler en partie. Tout se joue sur des détails : la vitesse et les angles. Jean est toujours meilleur que nous dans les trajectoires, ça c’est clair et net. Globalement, ce n’est pas facile », a commenté Alan Roura (Hublot). Dans l’immédiat, le navigateur suisse compte sur le passage d’une petite dépression qui doit le cueillir prochainement puis le catapulter assez rapidement lors des prochaines 24-48 heures. « A chaque fois, je me dis que c’est la dernière, mais il n’y aura jamais de dernière avant l’arrivée ! », s’est amusé le solitaire qui se réjouit de bénéficier d’une nouvelle opportunité de recoller ses adversaires. « C’est sympa d’être le chasseur même si je préfèrerais évidemment être celui que l’on pourchasse mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce tour du monde ! Il faut naviguer intelligemment et maintenir le bateau en état », a ajouté Alan, plus motivé qu’un moustique dans un camping malgré la casse, ce matin, de son hook de capelage et la perte de son Jib Top, une voile de gros temps qui lui manquera forcément pour la suite.

Trouver le souffle d’un tour du monde
Même analyse du côté de Sébastien Marsset. Actuellement ralenti dans une zone de vents faibles, le skipper de FOUSSIER est aujourd’hui un peu comme un pompon coincé entre deux chats furieux. « Devant, Benjamin (Ferré) a réussi à profiter du flux de sud-ouest plus longtemps que Tanguy (Le Turquais) et moi, ce qui lui a permis de prendre un peu d’avance. Derrière, une véritable meute revient en force avec du vent de nord-ouest, grignotant des milles à chaque pointage. À ce rythme, il n’est pas exclu que l’on se retrouve tous regroupés d’ici peu », a indiqué le marin dont la satisfaction du jour est d’avoir réussi à effectuer les réparations qu’il envisageait depuis une dizaine de jours dans sa grand-voile. Ainsi reparti presque à 100% de son potentiel, comme une abeille en pleine ruche au printemps, Sébastien mise sur un retournement de situation en sa faveur d’ici à l’arrivée. « Évidemment, le but, c’est de rattraper les copains de devant. Il reste encore 10 000 milles de course, il ne faut pas s’affoler. Je me cale sur les capacités de mon bateau et je fais ma route », a-t-il ajouté, toujours prêt, comme à son habitude, à déplacer des montagnes à la petite cuillère. « Franchement, si on regarde le match qui se joue du côté des bateaux à dérives, c’est un truc de fou ! Il faut vraiment s’arracher. La préoccupation constante de la marche du bateau et du comparatif avec les adversaires est hyper prenante ! », a relaté Sébastien qui ne pouvait pas mieux résumer la situation et qui essaie, par ailleurs, de trouver le bon rythme. Habitué aux régates intenses, où chaque bord se joue comme une manche décisive, il sait ce que signifie naviguer à pleine puissance. Un tour du monde reste cependant une partition infiniment plus complexe, où la vitesse brute doit cohabiter avec la prudence, et où la survie de l’Homme comme du bateau repose sur un équilibre fragile. Dès les premiers jours, il a senti cette tension entre son instinct de compétiteur et la nécessité de s’imposer une discipline plus sage. "Tenir dans la durée", voilà le mantra qu’il se répète.

Entre prudence et détermination : la stratégie des isolés
On l’a compris : le chassé avance avec la pression constante de sentir le souffle du poursuivant. Il trace sa route, choisit ses options avec la prudence d’un funambule, sachant que la moindre erreur peut suffire à renverser l’ordre établi. Le chasseur, quant à lui, est poussé par une soif de conquête. Chaque mille grappillé sur le copain de devant est une victoire. Et puis, il y a ceux qui naviguent loin des groupes, isolés dans l’immensité. Ni chasseurs, ni chassés, ils n’en sont pas moins des compétiteurs. Loin de relâcher leurs efforts, ils doivent puiser dans une autre forme de motivation : celle de donner le meilleur d’eux-mêmes, même sans adversaire direct à portée de vue. Leur défi ? Ne pas se laisser happer par le silence, garder le cap et rester éveillé, dans tous les sens du terme. Chaque option compte, chaque mille parcouru est une brique ajoutée à l’édifice d’un tour du monde où la moindre baisse de régime peut coûter cher. Parmi ceux-là figurent notamment Sébastien Simon. « Je suis effectivement un peu entre deux groupes. Je surveille plutôt ce qui se passe derrière car, honnêtement, j’ai du mal à croire que je puisse rattraper ceux de devant, surtout que je vais avoir un arrêt buffet d’ici demain midi dans une zone de molle. Il va falloir que je prenne mon mal en patience mais d’ici là, il faut que j’essaie d’engranger le plus de milles possibles vis-à-vis de mes poursuivants », a détaillé le skipper de Groupe Dubreuil, galvanisé par le fait de naviguer sur son bon bord - et donc pas pénalisé par la perte de son foil tribord – mais aussi par celui d’être le plus rapide de la flotte depuis 24 heures.

Chacun sa « galinette cendrée »
Finalement, dans cette grande épreuve autour du monde, tout le monde a son rôle : le chassé qui file droit avec la meute aux trousses, le chasseur acharné qui rêve de faire tomber le gibier, et même les solitaires, ni traqués ni traqueurs, qui avancent malgré tout avec l’océan comme seul compagnon. Chacun poursuit sa propre "galinette cendrée". Et dans cette chasse-là, pas de fusil ni de marécage, mais une seule règle : ne jamais perdre de vue l’horizon… et continuer à tracer, quoi qu’il arrive.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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