Merveilleuses épaves de Méditerranée

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Des milliers d'épaves reposent au fond de la mer Méditerranée. On les explore pour l'abondance de leur faune, pour leur histoire, leur gigantisme. Petite plongée sur quelques vestiges emblématiques de notre Méditerranée continentale, à découvrir même par petits fonds.

Pour les plus expérimentés (zone des 40-60 m)

 

L'Alice Robert est une épave qui se mérite et demande de la persévérance. Sa position, à quelque 5 milles au large d'Argelès-sur-mer (66), offre peu de fenêtres météo favorables à l'exploration, la visibilité dans l'eau est très aléatoire, la profondeur est importante - l'épave gît par 47 mètres sur un fond de sable. Pourtant, l'Alice Robert reste l'une des épaves les plus visitées de la côte Vermeille. Il faut dire que le spectacle est magnifique quand les conditions de plongée sont réunies et que l'eau est claire. On aperçoit dès 25 mètres de profondeur le mât de l'épave, enveloppé dans un linceul de filets, qui pointe encore fièrement vers la surface après soixante-dix années passées sous les flots impétueux. Pour les amateurs d'histoire de guerre, l'exploration de l'Alice Robert est un pur moment de bonheur. A l'origine transporteur de fruits (on l'appelle aussi le Bananier), le cargo de 89 m de long pour 15 m de large, réquisitionné en 1942 par la Kriegsmarine et affecté au transport des troupes, fut torpillé par l'arrière en juin 1944 par un sous-marin anglais. Le gros canon de 107 mm est toujours installé au centre du gaillard d'avant et les mitrailleuses doubles sont en position, des ustensiles de cuisine et des objets personnels ou du quotidien gisent encore ça et là, les deux énormes ancres sont à poste. Et des nuées d'anthias s'ébrouent en rose.

 

Le Donator et Le Togo sont également deux épaves profondes : 50 mètres pour la première (le pont est à 40 m, le mât remonte à 35 m) et 60 mètres pour la seconde (profondeur mini 45 m). Ces deux énormes cargos (78 m et 76 m de long) ont connu le même sort, ils ont heurté une mine à la fin des guerres mondiales et coulé immédiatement, le Togo dans la baie de Cavalaire (83) en mai 1918, le Donator en novembre 1945 au sud-est de l'île de Porquerolles (83). Aujourd'hui, les deux vestiges sont des havres de paix pour la faune méditerranéenne : congres et murènes tapis dans la pénombre des cales, sars et dorades royales, discrets chapons et rascasses, anthias et castagnoles qui partout virevoltent. Avec un peu de chance, vous rencontrerez un ou deux mérous débonnaires, mais à coup sûr des mostelles et d'énormes rougets sur le sable tout autour de l'épave du Donator, et, sur le Togo, peut-être quelques dentis rôdeurs ou un poisson lune dans le bleu. Mais la beauté de ces deux reines provençales - et l'ambiance particulière de leur plongée - tient incontestablement à la profusion de gorgones ; des spécimens de plus d'un mètre d'envergure parfois, des colonies très denses, couvrant leurs coursives et superstructures de robes magnifiques, à dominante pourpre pour le Togo, bicolore rouge et jaune pour le Donateur. Sublime.

 

 

Dans la zone des 40 mètres en douceur

 

Le P38 Lightning : le chasseur de l'US Air Force, descendu en janvier 1944 par les Allemands dans la baie des Lecques (Var), à environ un mille de la côte, repose par 40 mètres de fond. À l'envers sur le sable, l'avion de 11,50 m de long pour un peu plus de 15 m d'envergure conserve son moteur droit et son hélice ; le moteur gauche, par contre, a été arraché et se trouve à quelques mètres. Ils sont tous deux couverts d'éponges et de beaux spirographes. Le cockpit reste en bon état, avec le siège du pilote et le tableau de bord toujours en place. Les canons sont également conservés, bien que le nez de l'épave s'enfonce légèrement dans le sable. La plongée sur le P38 n'est pas difficile. Il n'est pas rare d'apercevoir un poisson-lune au-dessus de l'épave lors de la descente dans le bleu, qui s'éloignera doucement à votre approche. Mostelles, chapons, congres, et homards sont les habitués des lieux.

 

Le Rubis : ce sous-marin mouilleur de mines est l'un des rares accessibles aux plongeurs à l'air ; il repose à 40 mètres de profondeur, le haut de la structure est à 34 m. Lancé en 1931 par les chantiers de Toulon, le Rubis rejoindra les Forces françaises libres dès 1940. Il sortira du conflit sans encombre mais sera sabordé en 1958 au large du Cap Camarat (83). La plongée sur le Rubis ne présente pas de difficultés particulières. Attention toutefois aux courants de surface ou de fond qui peuvent sévir. L'épave est en bon état général, bien que la poupe soit abîmée. L'arrêt au niveau du kiosque offre une belle vision. Le Rubis est une épave longue de 66 m, large de 7 m, très poissonneuse : congres et murènes de belle taille, et nuées d'anthias et de castagnoles seront les compagnons de votre plongée.

 

Du néophyte au débutant

 

Le Chaouen, le Spahis, et le Cimentier sont trois épaves faciles, accessibles aux débutants. Le Chaouen était un mastodonte, un cargo transporteur d'agrumes de 90 m de long et 13 m de large ; il transportait plus de 600 tonnes dans ses cales lorsqu'il heurta, un soir de 1970, la face ouest de l'île du Planier près de Marseille (13). Longtemps émergé, le navire trop exposé à la mer glisse lentement et se tasse depuis quelques années. Il reste tout de même bien conservé. L'étrave est aujourd'hui à 9 m de profondeur, la poupe à 36 m ; de quoi organiser quelques jolies balades (sauf par mistral et vent d'est), d'autant que l'épave offre de nombreuses trappes et ouvertures pour un accès facile aux cales, aux cabines ou à la salle des machines (un peu encombrée tout de même, attention !). Le Cimentier est en béton mais a son charme. Surtout, il est situé au pied de la tourelle de la Jaune Garde entre Porquerolles et l'île du petit langoustier (83), dès 3 m de profondeur. Une situation idéale pour s'offrir un baptême de plongée sur épave ! D'autant que la visibilité est presque toujours bonne, et la plongée sans aucun courant. Pour les plongeurs déjà formés, l'épave s'enfonce jusqu'à 15 m de profondeur. Elle abrite un beau mérou. Et au printemps, vers avril-mai, les calmars s'installent sur site ! En plus de toute la petite faune habituelle : girelles, castagnoles, crénilabres, sars... Des représentants de la grande Bleue que vous retrouverez sur le Spahis, un vapeur en fer de plus de 50 m de long lancé en 1864. Il fit naufrage 23 ans plus tard, en heurtant par nuit noire l'île de la Fourmigue, un rocher situé à 3 km de la côte du Lavandou (83). Il ne reste pas grand chose du bateau : la chaudière, à une douzaine de mètres, et la proue, dans la zone des 20-25 m ; c'est la seule partie relativement conservée, avec ses chaumards et son cabestan central. Pour autant, le Spahis est une belle découverte pour qui souhaite s'initier à la plongée sur épave.  

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.