Naviguer sans se mettre hors la loi : le guide des zones marines protégées

Règlementation
Par Le Figaro Nautisme avec Bloc Marine

En grande croisière, savoir lire la météo et la carte ne suffit plus. De la Méditerranée à la Polynésie, en passant par les Antilles et jusqu’aux Galápagos, les zones marines protégées redessinent la navigation, imposent de nouvelles habitudes de mouillage et exposent les plaisanciers mal préparés à des sanctions parfois très lourdes. Pour naviguer librement, il faut désormais apprendre à lire une seconde carte : celle de la protection du vivant.

En grande croisière, savoir lire la météo et la carte ne suffit plus. De la Méditerranée à la Polynésie, en passant par les Antilles et jusqu’aux Galápagos, les zones marines protégées redessinent la navigation, imposent de nouvelles habitudes de mouillage et exposent les plaisanciers mal préparés à des sanctions parfois très lourdes. Pour naviguer librement, il faut désormais apprendre à lire une seconde carte : celle de la protection du vivant.

La carte marine ne suffit plus

Un nouveau paramètre s’impose dans la préparation de sa navigation, en plus de la connaissance de son bateau, de la route et de la météo : la réglementation environnementale. Elle ne concerne plus seulement quelques réserves emblématiques ou deux ou trois mouillages très surveillés. Elle gagne du terrain, se précise, se durcit parfois, et touche directement le quotidien du plaisancier. Là où il suffisait hier de trouver du sable, une bonne tenue et un peu d’abri, il faut aujourd’hui vérifier si le mouillage est autorisé, si une bouée est obligatoire, si l’annexe peut circuler librement, si la pêche de loisir est tolérée, si la plongée est encadrée ou si une autorisation préalable est exigée.

Le phénomène n’a rien de marginal. En France, la protection marine monte en puissance, avec un renforcement annoncé du niveau de protection de nombreuses aires, et une volonté affichée d’augmenter la part de surface maritime placée sous protection forte. En Méditerranée française, plus d’un quart des eaux sont déjà couvertes par des aires marines protégées, proportion qui grimpe encore si l’on intègre certains périmètres plus larges comme Pelagos. Autrement dit, pour un plaisancier côtier ou hauturier, ignorer ces zonages n’est plus une simple imprudence : c’est presque la garantie de finir par se tromper. 

Une ZMP, concrètement, qu’est-ce que cela change pour un bateau de plaisance ?

Sur le papier, une zone marine protégée regroupe des réalités très différentes. Il peut s’agir d’un parc national, d’un parc naturel marin, d’une réserve naturelle, d’un site Natura 2000 ou d’un autre dispositif local. Pour le plaisancier, le piège vient justement de là : deux zones protégées voisines peuvent avoir des règles très différentes. Dans l’une, le passage est libre mais le mouillage réglementé. Dans l’autre, la pêche de loisir est restreinte. Plus loin, ce sont les prélèvements, la plongée, les débarquements ou les mouillages de nuit qui sont encadrés.

En Méditerranée, les Calanques montrent la direction prise

S’il fallait choisir un laboratoire grandeur nature de cette nouvelle plaisance, les Calanques seraient un excellent exemple. Le Parc national a considérablement structuré sa réglementation en mer, avec des cartes dédiées, des zones de non prélèvement, des restrictions de pêche de loisir, et surtout une organisation du mouillage pensée pour protéger les herbiers de posidonie. Le schéma global de mouillage y prévoit notamment le recul vers le large des grands navires, la concentration du mouillage sur fonds sableux dans plusieurs secteurs, le passage à des bouées obligatoires dans certains sites, et même l’interdiction de tout mouillage dans des calanques très fréquentées comme En Vau et Port Pin. Depuis 2025, une nouvelle réglementation s’est aussi appliquée sur le site du Mugel à La Ciotat, preuve que le périmètre des protections n’est pas figé. Et ça marche : le mouillage est bien plus agréable et la faune et la flore protégées. Il suffit de naviguer et de regarder sous la surface de Port-Cros pour valider ces réglementations qui régénère vraiment les fonds marins.

Ce qui se joue ici dépasse largement Marseille, Cassis ou La Ciotat. Les Calanques annoncent ce que beaucoup d’autres destinations vont connaître : une lecture de plus en plus fine des usages, site par site, avec des zones sableuses favorisées, des herbiers mieux protégés, des mouillages canalisés et des contrôles appelés à se renforcer. Pour le plaisancier, cela veut dire une chose très simple : l’époque du mouillage décidé au dernier moment, sans préparation réglementaire, se referme peu à peu dans les espaces les plus sensibles. 

Golfe du Lion, Antilles : des protections moins spectaculaires, mais bien réelles

Le Parc naturel marin du golfe du Lion illustre une autre facette du phénomène. Ici, la réglementation n’a pas toujours la visibilité médiatique des Calanques, mais l’enjeu est tout aussi concret pour les usagers : habitats sensibles, concours de pêche de loisir encadrés, zones Natura 2000, articulation entre usages récréatifs et préservation. Cette superposition de statuts et de recommandations peut donner un faux sentiment de flou. En réalité, elle impose surtout de mieux préparer ses navigations et ses pratiques annexes, notamment la pêche de loisir. 

Aux Antilles françaises, la situation est encore plus parlante pour un grand croiseur. Sur le papier, beaucoup d’escales paraissent familières. Dans les faits, certaines réserves exigent des habitudes très différentes. À Saint-Martin, la Réserve naturelle nationale rappelle par exemple que le mouillage nocturne à Tintamarre nécessite une demande au moins 3 jours à l’avance. Son propre bilan 2023 fait état de 204 patrouilles en mer et de 24 contrôles non conformes, incluant précisément des mouillages nocturnes sans autorisation, des actions de pêche et d’autres usages prohibés. Ce type de document est intéressant, car il montre la réalité de terrain : le contrôle n’est plus théorique. Il existe, il est organisé, et il cible des comportements très ordinaires chez des plaisanciers peu informés.

Polynésie : le paradis du mouillage devient un espace géré au plus près

La Polynésie reste, dans l’imaginaire des marins, l’un des grands sommets du voyage à la voile. Lagons immenses, passes spectaculaires, mouillages de carte postale, vie au ralenti. Mais là aussi, la logique change. Dans plusieurs archipels, la fréquentation croissante, les tensions sur les ressources, la gestion des déchets et la protection des écosystèmes poussent les autorités et les communes à encadrer davantage la plaisance.

Le cas de Fakarava est très révélateur. La plaisance y est limitée à 52 voiliers simultanément, répartis dans 5 zones de mouillage distinctes. Le respect du nombre de voiliers par zone est impératif, et invite à différer son escale ou à se reporter vers Kauehi ou Toau en attendant une place libre. Ce n’est plus seulement une recommandation de bon sens. C’est une gestion assumée de la fréquentation. Les règles de comportement local, les restrictions liées à la pollution du lagon, la limitation des navigations en annexe dans les passes et l’importance de respecter le contexte humain autant que l’environnement sont aussi très codifiées. Même au bout du monde, l’improvisation n’est plus le modèle dominant.

Les Galápagos, ou l’exemple extrême d’une navigation sous conditions

S’il existe une destination qui oblige à changer complètement de logiciel, ce sont bien les Galápagos. Ici, le plaisancier n’entre pas simplement dans une belle zone naturelle. Il entre dans un système de protection exceptionnel, où le parc national terrestre couvre 97 % de la surface émergée et où la réserve marine représente une emprise gigantesque. Les visites dans les aires protégées doivent se faire avec des opérateurs et des navires autorisés, souvent accompagnés de guides naturalistes agréés selon les activités concernées. Les interdictions sont nombreuses et très concrètes : sont bannis par exemple les sports nautiques motorisés, les visites en sous-marins, le tourisme aérien et la pêche dans les zones protégées. Attention, les embarcations privées sont soumises à une autorisation spécifique pour accéder à la zone entière ! Ici, on ne choisit pas un mouillage comme dans un archipel tropical classique. On entre dans un territoire où la conservation prime, où les routes, les sites et les usages sont étroitement encadrés, et où la liberté du plaisancier se trouve subordonnée à une logique de gestion environnementale très stricte. C’est d’ailleurs ce qui fait des Galápagos un cas d’école : là-bas, la protection n’est pas un décor réglementaire. C’est le principe organisateur de toute la présence humaine. CQFD !

Apprendre à préparer une escale comme on prépare une traversée

La conséquence pratique de tout cela est simple : préparer une croisière suppose désormais de traiter la réglementation des ZMP comme un élément de sécurité de la navigation. Au même titre qu’un front, qu’un courant ou qu’une passe délicate. Avant de partir, il faut consulter la documentation officielle de la zone visée, vérifier la cartographie réglementaire, croiser les informations locales, repérer les éventuels mouillages organisés, les secteurs interdits, les obligations déclaratives et les règles sur les activités annexes.

Naviguer librement, aujourd’hui, c’est accepter davantage de contraintes

Les zones marines protégées ne signifient pas la fin de la liberté en croisière. Elles ne ferment pas la mer aux plaisanciers. En revanche, elles changent en profondeur la manière d’y circuler. Le navigateur qui veut continuer à profiter des plus beaux mouillages du monde – et offrir la chance à ses enfants ou petits-enfants de faire de même dans quelques années - doit désormais accepter une réalité nouvelle : la liberté de naviguer passe de plus en plus par une discipline de préparation, par une lecture rigoureuse des règles locales et par une forme d’humilité face à des milieux que les États et les gestionnaires veulent enfin protéger plus sérieusement.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.