Îles des Cyclopes : ce qu’il faut savoir avant de naviguer, pêcher ou plonger
Face à la côte orientale de la Sicile, les îles des Cyclopes semblent sorties d’un récit mythologique. L’île Lachea, les faraglioni, les eaux claires d’Aci Trezza et la silhouette de l’Etna composent l’un des paysages maritimes les plus connus de la région de Catane. Mais ce décor n’est pas un simple terrain de jeu nautique. Il fait partie de l’Area Marina Protetta Isole Ciclopi, une aire marine protégée créée pour préserver les fonds, la faune, la flore et les formations volcaniques qui font la singularité du site. La zone couvre environ 628 hectares en mer et a été instituée en 1989.
La première règle à retenir est simple : toute l’aire marine protégée n’obéit pas au même régime. Elle est divisée en trois secteurs. La zone A, la plus sensible, correspond à la réserve intégrale autour de l’île Lachea et du Faraglione Grande. C’est le cœur protégé du site. La zone B forme une réserve générale autour de cette zone centrale. La zone C, plus ouverte, couvre le reste du périmètre de l’aire marine protégée, y compris le secteur du port d’Aci Trezza. En clair, plus on se rapproche du cœur de la réserve, plus les contraintes augmentent. Dans la zone A, la logique est celle de la protection maximale. Dans les zones B et C, certaines activités sont possibles, mais souvent sous conditions, avec autorisation, limitation de vitesse ou restrictions précises.
Pour les plaisanciers, les règles de navigation sont particulièrement importantes. Dans toute l’aire marine protégée, les motos d’eau, aquascooters, engins similaires, ski nautique et sports nautiques assimilés sont interdits. L’idée est claire : limiter le bruit, les vagues, les risques pour les baigneurs et le dérangement de la faune. En zone A, la navigation de plaisance est interdite, sauf exceptions très limitées : le passage de petites unités à rames ou à propulsion électrique pour rejoindre les zones de baignade, ou les activités de service autorisées. En zone B, la navigation à voile et à rames est autorisée, tout comme la navigation à moteur, mais à une vitesse maximale de 5 nœuds et en déplacement lent. En zone C, les bateaux peuvent naviguer à moteur jusqu’à 5 nœuds dans les 300 mètres de la côte, puis jusqu’à 10 nœuds au-delà, toujours en gardant une allure compatible avec la protection du site. Autre point à ne pas négliger : la navigation est interdite dans les zones et couloirs réservés à la baignade ou à la nage en eau libre lorsqu’ils sont signalés. Les rejets en mer, qu’il s’agisse d’eaux de cale, de liquides polluants ou de déchets, sont également prohibés. Même les nuisances sonores sont encadrées : les signaux acoustiques ou sonores ne doivent pas être utilisés abusivement, sauf situation d’urgence.
Dans une aire marine protégée, jeter l’ancre n’est jamais un geste anodin. Aux îles des Cyclopes, l’ancrage est interdit en zones A et B. En zone C, il peut être autorisé, mais pas partout : les secteurs abritant des herbiers de posidonie ou des fonds coralligènes font l’objet d’interdictions spécifiques.
L’ormouillage sur bouée est possible dans les zones B et C, mais uniquement sur les dispositifs prévus à cet effet et avec autorisation de l’organisme gestionnaire. Dans les champs de bouées, les règles sont strictes : pas de baignade, pas de plongée, pas de pêche, pas de navigation libre entre les bateaux, pas de moteur laissé en marche pendant la halte. Les manœuvres d’approche et de départ doivent se faire à moins de 3 nœuds, en route perpendiculaire à la côte.
La baignade reste possible, mais là encore, tout dépend de la zone. En zone A, elle n’est autorisée que dans deux secteurs balisés autour de l’île Lachea : sur le versant ouest, entre l’accès au musée et le canal de la Longa, puis autour de Punta Cornera. Dans ces secteurs, la baignade est prévue sans palmes ni chaussons, afin de limiter le piétinement et les atteintes aux fonds. Dans les zones B et C, elle est autorisée dans le respect de la réglementation générale. Pour les visiteurs, le réflexe à adopter est donc simple : ne pas se fier uniquement à la beauté du plan d’eau. Avant de se mettre à l’eau, il faut regarder la signalisation, les bouées, les couloirs de nage et les éventuelles restrictions locales.
C’est l’un des points les plus sensibles du règlement. La pêche sous-marine est interdite dans l’ensemble de l’aire marine protégée. La détention ou le transport de matériel destiné à cette pratique doit être communiqué à l’organisme gestionnaire. Les concours de pêche sont eux aussi interdits, sauf cas très encadrés en zone C. En zone A, la pêche sportive et récréative est interdite. Dans les zones B et C, elle peut être autorisée du lever au coucher du soleil, mais les règles diffèrent selon les publics. Les résidents du territoire concerné peuvent pratiquer, avec autorisation, depuis la côte ou depuis une unité nautique. Les non-résidents peuvent être autorisés en zone C, mais uniquement depuis le rivage.
Les techniques sont elles aussi très encadrées : une seule canne ou ligne à main avec deux hameçons maximum, pêche à la traîne de surface limitée, leurres équipés d’un hameçon simple, ancres triples interdites, épuisette limitée, plombs ou lests écologiques recommandés. Sont notamment interdits le vertical jigging, certaines pêches profondes à la traîne, les appâts non méditerranéens, le bigattino, les sources lumineuses, les palangres, nasses, balances, foènes ou systèmes électriques.
Les prises sont également limitées : jusqu’à 4 kg par bateau et 2 kg par pêcheur, avec une tolérance maximale de 10 %, sauf prise unique dépassant ce poids. Les poissons de moins de 10 cm doivent être relâchés, tout comme les espèces sous taille minimale. Le règlement fixe aussi des limites particulières pour certains poissons comme les sars, les bars et les sérioles. Plusieurs espèces ne peuvent pas être prélevées, parmi lesquelles les mérous, le thon rouge, l’espadon, l’oursin violet, la langouste, le homard, la grande cigale de mer, la grande nacre, le datte de mer, la patelle ferrugineuse, la tortue caouanne ou encore le grand dauphin. La vente ou la cession du poisson à des restaurants ou commerces est interdite et peut entraîner le retrait de l’autorisation.
Les îles des Cyclopes sont réputées pour leurs fonds, leurs roches volcaniques et leurs itinéraires sous-marins. Mais plonger ici suppose de respecter un cadre précis. Les plongées nocturnes, avec ou sans bouteille, sont interdites dans toute l’aire marine protégée. En zone A, la plongée et l’apnée sont interdites, sauf pour des activités de recherche, de suivi ou de service. Dans les zones B et C, les plongées en apnée de jour sont possibles avec autorisation, entre 8 h 30 et 19 h 30. Elles doivent se dérouler dans un rayon de 50 mètres autour du point d’ormouillage ou de la bouée de signalisation, avec un maximum de deux apnéistes par site. L’apnée en solitaire est interdite si elle ne respecte pas les conditions de sécurité prévues.
Le code de conduite est très clair : ne pas toucher le fond, ne rien prélever, ne pas nourrir les organismes marins, ne pas abandonner de matériel, garder son équipement près du corps et éviter tout comportement susceptible de déranger la faune ou d’endommager les fonds. Les scooters sous-marins et moyens de propulsion auxiliaires sont interdits, sauf autorisation particulière pour les personnes en situation de handicap.
La pêche professionnelle n’est pas libre non plus. En zone A, elle est interdite. Dans les zones B et C, seule la petite pêche côtière peut être autorisée, et uniquement pour les entreprises ou coopératives répondant aux critères locaux fixés par le règlement. Les engins traînants, sennes, filets dérivants, sennes tournantes et sources lumineuses sont interdits. Le repeuplement actif, l’aquaculture et la pêche sous-marine sont également prohibés.
Le pescatourisme, qui consiste à embarquer des visiteurs à bord d’un bateau de pêche professionnelle, est interdit en zone A et possible en zones B et C seulement pour les professionnels autorisés. Là encore, l’objectif est de permettre une découverte encadrée du milieu marin sans transformer l’aire protégée en zone d’exploitation libre.
La plupart des activités sensibles nécessitent une autorisation : pêche sportive, plongée, or mouillage, activités professionnelles, transport de passagers, visites guidées, prises de vue professionnelles. Les règlements officiels indiquent que le dispositif applicable en 2026 reprend celui validé pour 2025, sans modification ni mise à jour. Les paiements des autorisations peuvent notamment se faire via PagoPA, auprès des bureaux désignés ou directement auprès d’agents habilités. Les sanctions peuvent être significatives. L’absence d’autorisation peut entraîner une amende administrative de 200 à 1 032 euros, doublée en cas de récidive. Les infractions liées à la baignade peuvent être sanctionnées de 25 à 300 euros, celles liées aux plongées de 100 à 1 032 euros. Les atteintes aux espèces, aux fonds, aux formations géologiques ou aux vestiges peuvent relever de sanctions plus lourdes, avec confiscation possible des éléments prélevés et, dans les cas prévus par la loi, des poursuites pénales.
Aux îles des Cyclopes, la réglementation n’a pas pour vocation de décourager la découverte du site. Elle sert surtout à éviter que la fréquentation estivale, les mouillages improvisés, les coups de palme, les lignes de pêche ou les moteurs trop rapides n’abîment un espace marin fragile et très fréquenté. Pour les plaisanciers, la règle d’or tient en quelques mots : vérifier la zone, réduire sa vitesse, utiliser les bouées autorisées, éviter tout mouillage douteux et demander les autorisations nécessaires avant de partir. Pour les baigneurs, pêcheurs et plongeurs, le principe est le même : profiter, oui, mais sans oublier que l’on entre dans une aire marine protégée.
Dans ce décor spectaculaire, la mer n’est pas seulement belle : elle est surveillée, réglementée et protégée. Et c’est précisément ce cadre qui permet aux îles des Cyclopes de conserver leur charme, entre roche volcanique, eau claire et légende méditerranéenne.
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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock - Balate Dorin


