Jérémie Beyou ( Charal ) rattrape ses camarades avec philosophie

Courses
Lundi 23 novembre 2020 à 9h21

Le long des côtes de l’Afrique, Jérémie Beyou (Charal) glisse à belle allure et découvre une partition qu’il ne connaissait pas. « J’ai l’impression de découvrir mon sport », a-t-il dit, en substance, lors de la vacation du matin.

© Gauthier LEBEC / Charal Sailing Team
Le long des côtes de l’Afrique, Jérémie Beyou (Charal) glisse à belle allure et découvre une partition qu’il ne connaissait pas. « J’ai l’impression de découvrir mon sport », a-t-il dit, en substance, lors de la vacation du matin.

Jérémie, on entend le sifflement du foil en arrière-plan. C’est bon signe, ça ! 

« Ça va vite, ça siffle sur une route qui n'est pas classique. La météo m’a mis face à un choix : soit un décalage pour faire un grand tour dans l’Ouest, soit la route africaine, que j’ai choisie. La route africaine n’est pas facile techniquement, il y a les passages sous les îles, avec les dévents. J’ai trouvé cette nuit un bon couloir de vent, et j’en ai plus que prévu. Alors je laisse parler le bateau, qui est magique. Là, je ne suis jamais en dessous des 20 nœuds, c’est royal. Il a fallu faire quelques changements de voile, notamment du côté des Canaries où il y avait 30 nœuds, mais ce ne sont que des manœuvres en ligne, donc pas trop lourdes. J’ai fini de passer les Canaries, la mer s’est rangée, elle est plus agréable que lorsqu’elle était croisée, hier.

Cela doit vous réconforter de pouvoir enfin mettre du tempo...

Ah, ça fait du bien. Moralement, j'ai des hauts et des bas. Là, je suis triste pour Alex (Thomson), parce que ça fait chier pour lui, ça fait chier de le voir ralentir. Il a une grosse réparation à faire, ce n’est vraiment pas cool. J’ai pensé à lui toute la journée. Je lui adresse mon soutien, j’espère qu'il va réparer et vite revenir dans la lutte. Mais quand je vois que je suis 3000 milles derrière la tête, que je suis dans l’Atlantique Nord alors qu’ils sont en bas de l’Atlantique Sud, ce n’est pas facile à vivre. Je profite de ce que le bateau aille bien, et j’avance heure par heure.

Vous trouvez l’équilibre entre le besoin de remettre du charbon et la nécessité de préserver le bateau ? 

C’est compliqué, parce que ce ne sont pas des bateaux faciles à vivre. Pour les pousser, il faut de la motivation, et cette motivation vient de la concurrence. C’est elle qui te pousse dans tes limites. Dès que le bateau va à 16 nœuds, il siffle et tu dois remettre un casque. Et ça devient stressant. Ce n’est pas facile de pousser sauf si la concurrence est là ; il vaut mieux être au contact pour avoir envie de pousser. Il faut que je trouve un rythme soutenu parce que j’aimerais bien recoller à du monde avant les mers du Sud. Et quand ce n’est pas facile, je laisse le bateau faire.

Vous avez reçu énormément de messages d’encouragement, beaucoup de marques de respect, dont celui de Jacques Caraës, le directeur de course, qui vous a écrit comme l’ami qu’il est… Cela vous réconforte ?

Je n'ai pas eu tous les messages, on m’a partagé celui de Jacques. Jacques sait ce que je pense de lui… On se connaît depuis longtemps, il m'a appris les drisses, ce qu’il faut savoir pour faire du bateau en équipage, et en solitaire. Il est un excellent directeur de course.

Je sais que je reçois des messages dans tous les sens, et c'est assez étonnant. Pourquoi tout ça alors que tu es dernier de la course ? Est-ce que je le mérite, au regard de mon classement ? Mais dans cette phase difficile, ça fait du bien, il faut s’en imprégner. J’essaie de ne pas trop mettre d'émotion, parce que sinon, si tu commences à penser à tout, tu ne fais plus rien. Mais ça fait du bien que les gens se soucient de moi et c’est toujours aussi dingue que les gens se passionnent ainsi pour cette course.

Justement, des études montrent que le public se passionne plus pour votre histoire, le Vendée Globe, que pour le Tour de France cycliste.

C'est incroyable pour moi qui suis un grand fan du Tour ! Se hisser au niveau du Tour de France est exceptionnel. Je ne suis pas formaté pour l’aventure, pour ce que je vis actuellement, mais je me rends compte que ce qui apparaît d’abord comme une aventure technique, ce n’est finalement que de l’humain. Les gens sont passionnés par ça, et c’est légitime. Je me rends aussi compte que c’est dingue de connaître aussi peu un sport que j’ai pratiqué toute ma vie. J’ai fait de la voile toute ma vie et je ne connais pas : je découvre une facette plus empreinte d’humain que je l’imaginais

Samedi, un de vos héros, Thomas Voeckler, était présent sur le plateau du Vendée Live. Dans sa carrière pro, Thomas a couru l’équivalent de 9 Vendée Globe. Cela vous laisse de la marge pour y revenir !

(Il rit) Thomas est un sacré bonhomme, il a fait vibrer la France. C’est bien aussi que des gens de sa dimension s’intéressent à nous ».

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.