Six chalutiers remontent tour à tour leurs filets, arrachant des milliers de poissons à l'aire marine protégée où ils pêchent, au large de Dunkerque (Nord). Des pratiques "destructrices" mais légales, regrettent des militants de Greenpeace, venus en voilier pour les dénoncer. Dans le sillage de chacun de ces chalutiers battant pavillon néerlandais se dessine la même scène: des dizaines de mouettes et de goélands se posent à la surface de l'eau, prêts à attraper tout poisson relâché par les filets.
Depuis près d'un mois, le "Witness", voilier de l'ONG Greenpeace, observe quotidiennement de telles activités à l'intérieur de l'aire marine protégée "Bancs des Flandres", en mer du Nord, classée zone Natura 2000. Or "le chalutage n'est pas compatible avec la protection, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)", explique à l'AFP Joachim Claudet, chercheur au CNRS. Selon ce scientifique, la pêche industrielle pourrait à terme entraîner "la destruction des habitats et le manque de productivité de la zone, ainsi que l'érosion de la biodiversité".
Par l'intermédiaire de la radio, Robin Ristjouw, ingénieur à bord du "Witness", entre en contact avec l'un des chalutiers. L'échange, en néerlandais, tourne court: "Ils m'ont dit ne pas être intéressés à l'idée de répondre à mes questions", sourit ce militant écologiste de 51 ans, soulagé de n'avoir pas été insulté, comme cela a pu lui arriver les jours précédents. "On a des réactions qui vont du courtois à l'agressif, ça dépend vraiment d'un bateau à l'autre", relate Nicolas Borchers, capitaine du "Witness".
Dauphins et marsouins
En trois semaines sur la zone, "on a vu des bateaux (...) néerlandais, quelques Allemands et quelques bateaux sous pavillon français mais qui sont la propriété d'entreprises néerlandaises", ajoute le capitaine. Sur une mer agitée qui fait défaillir certains passagers du "Witness", deux zodiacs de Greenpeace approchent d'un chalutier et déroulent une banderole "Protégeons nos mers et nos océans", à laquelle les pêcheurs font à peine attention. Non loin de là, un dauphin bondit à la surface. La zone compte également, parmi les espèces protégées, des marsouins communs, dont Greenpeace s'inquiète qu'ils se retrouvent piégés dans les filets des navires qui sillonnent la zone. "Ce qu'on veut dénoncer, c'est que ces aires marines protégées ne protègent pas", résume François Chartier, chargé de campagne Océans au sein de Greenpeace France.Selon les dernières données scientifiques sur le sujet, qui datent de 2021, si la France a atteint son objectif d'inscrire comme aires marines protégées 30% de ses eaux territoriales, seulement 1,6% est sous un régime de protection intégrale ou haute. Le taux de forte protection descend même à 0,01% pour les façades Atlantique-Manche et mer du Nord de la France. Dans des aires comme les Bancs des Flandres, "la position française est extrêmement favorable au secteur, au lobby de la pêche (...). Ces navires sont autorisés à pêcher, il n'y a aucune restriction", déplore François Chartier.
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