
C’est un équipage Franco-Britannico-Italien (Thomas Ruyant, Morgan Lagravière, Abby Ehler, Ambrogio Beccaria) profondément heureux qui a porté vendredi dernier l’IMOCA Allagrande Mapei à la troisième place du Leg 3 de The Ocean Race entre Cartagena et Nice. Heureux de retrouver un podium, naturellement, mais surtout ravi et comblé d’avoir renoué avec une intensité et un dynamisme de course un peu oubliés dans le tumulte d’un démarrage difficile de l’épreuve, suite à un accrochage dès les premiers hectomètres de la course à Kiel, et à l’abandon consécutif du Leg 1. Performer du bord, régatier hors pair, compétiteur viscéral, Morgan Lagravière est depuis plusieurs saisons le complice et l’un des artisans des succès de TR Racing aux côtés de l’ami Thomas Ruyant. A la frustration des premières étapes, il avoue aujourd’hui avoir retrouvé entre Cartagena et Gênes cette niaque, cette envie, ce dynamisme à son sens indissociables de toute compétition nautique. Le trio qu’il forme avec Ambrogio Beccaria et Thomas Ruyant s’est soudé et fonctionne désormais à l’instinct, à la compréhension et à l’analyse partagées des milles et une problématique de la course, pour une jubilation palpable à faire fonctionner au meilleur de ses potentiels leur plan Koch Finot- Conq pourtant peu typé pour l’exercice de la régate en Méditerranée, au coeur de l’été. Morgan quittera le bord à l’issue de l’étape de Gênes pour partir vers de nouveaux horizons véliques. Sentimental en diable, il sent déjà venir l’écho nostalgique des extraordinaires moments passés au sein de TR Racing, avec notamment ces deux historiques victoires back to back dans la transat Café L’Or (ex Jacques Vabre).
Morgan Lagravière :
« Je ressens à cette arrivée à Nice et pour la première fois depuis Kiel, le sentiment d’avoir pleinement vécu la course. Nous avons retrouvé le rythme et l’intensité que l’on se doit de mettre dans toute régate. L’arrivée de la très expérimentée Abby Ehler y est pour beaucoup. Mais notre nouvelle organisation à bord nous a surtout permis de faire les choses à fond, sans retenue, avec confiance. La Leg 2 a été difficile, disputée à mon sens sur un faux rythme, jamais totalement à fond dans nos choix, et cela, certainement à cause du traumatisme de l’accident du départ. Tout cela a changé depuis Carthagène. Nous avons trouvé la confiance et la complémentarité entre nous.
On a depuis mis l’intensité nécessaire, mais on voit que cela ne suffit pas pour détrôner les deux leaders Biotherm et Holcim-PRB. Ce sont des bateaux très typés pour les conditions que nous rencontrons sur cette épreuve, avec un vent majoritairement medium à faible, souvent contraire. Notre abandon et avarie sur la Course des Caps en juin a pénalisé notre préparation à ce tour de l’Europe en équipage.
La concurrence a su modifier ses bateaux dans le sens de la recherche exacerbée du gain de poids, ce que nous n’avons difficilement pu faire. Cet élément peut faire la différence. On ne dispose pas des mêmes outils avec un bateau typé pour le large et ceci joue bien entendu sur les prises de décisions du bord. Plus légère, la concurrence prend ainsi plus de risques et navigue en confiance. Nous sommes conscients de nos axes de progression pour se mettre au niveau des challenges qu’impose la Méditerranée. Mais cette troisième place, avec la proximité que l’on a eu avec les leaders, prouve que l’on n’est pas loin de la vérité.
La course s’arrête pour moi à Gênes. Je ne connaîtrai pas les mystères de l’Adriatique. Je suis très heureux de cette complicité entre Ambrogio et Thomas. Ce bateau m’a énormément apporté de bonheur, de succès et de plaisir. C’est pour moi la fin d’une très belle histoire. Je sais que Thomas ressent un peu la même chose. Il a hâte de partir sur son nouveau projet, avec son nouveau bateau et de nouveaux partenaires. »