
Élodie Bonafous et Yann Eliès ont pris hier après-midi un départ spectaculaire dans la Transat Café L’Or à bord de l’IMOCA Association Petits Princes - Quéguiner. Propulsé pied au plancher dès la sortie de la baie de Seine, le duo a aussitôt affronté une nuit dantesque en Manche : quarante nœuds de vent et une mer cabossée ont planté le décor, sans le moindre round d’observation. Ce lundi matin, malgré l’exigence de ces premières heures et un mal de mer surmonté avec courage par la Finistérienne, le tandem pointe en 4e position, à moins de vingt milles des leaders, au large de la pointe Bretagne.
Une Manche sans pitié
« Les nuits sont longues en ce moment, et celle-ci n’a pas été facile », a confié Yann Eliès. « Les conditions ont été conformes à ce qu’on imaginait - heureusement pas au-delà. On a quand même eu un moment d’inquiétude, en se demandant s’il ne fallait pas prendre un troisième ris. Finalement, on est restés calés à deux ris et J3, depuis le passage de Barfleur. » La mer formée, avec des vents établis à 30 nœuds et des rafales à 40, a contraint le duo à rester confiné à l’intérieur, balloté comme dans une machine à laver. « On a passé la nuit à s’accrocher, manger un peu, boire, dormir par tranches... bref, à encaisser et tenir », a résumé le Costarmoricain. Pour Élodie, un peu affectée par le mal de mer, l’épreuve a été rude mais parfaitement assumée. « Elle assure grave, je vois qu’elle se donne à fond et reprend ses quarts coûte que coûte », a détaillé son co-skipper, admiratif. À la difficulté des éléments s’est ajouté le trafic intense. « Il y avait énormément de bouées et de cargos cette nuit. On n’est pas passés loin de certains, ça rajoute à la fatigue », a expliqué Yann. Illustration des pièges de la zone : le duo de Paprec Arkéa a heurté une bouée et endommagé son bateau. De leur côté, Élodie et Yann sont passés sans encombre, et leur IMOCA a tenu le choc. « On se demande toujours comment il fait pour encaisser quand ça tape comme ça. Mais tout le monde navigue à bloc, alors on fait pareil. Dans ces moments-là, on est bien contents d’être sur un bateau construit par MerConcept », a-t-il ajouté.
Le ton donné dès le départ
Le tempo avait été lancé dès les premières minutes. « Débouler à 30 nœuds vers la bouée de dégagement, c’était magique ! Moi, je n’ai pas vu grand-chose, j’étais à l’intérieur, mais Élodie était à la barre, rincée en permanence. De l’extérieur, ça devait être un spectacle fou. Les gens ont dû se dire : "mais qu’est-ce que c’est que ces barjots qui partent à fond alors qu’ils vont se faire démonter toute la nuit !" Mais voilà, c’est ça la régate : il ne faut rien lâcher », a raconté le marin, encore amusé. Cette intensité a immédiatement placé le duo dans le bon wagon : « On est avec les gros bras, on est à notre place pour l’instant. Je pense qu’on n’a pas trop mal navigué. » Actuellement, Association Petits Princes - Quéguiner contourne la pointe Bretagne. Une zone de tirs militaires fermée interdit le passage par le Fromveur, contraignant les concurrents à rallonger leur route au large d’Ouessant. La suite s’annonce déjà stratégique : la dorsale anticyclonique, attendue demain dans le golfe de Gascogne, sera un premier tournant. « Le programme des 24 prochaines heures, c’est de tirer sur la barre, se refaire une santé, regarder de près les routages et foncer vers un point que l’on a défini au large du cap Ortegal », a ajouté Yann. Dans cette régate déjà disputée à couteaux tirés, le binôme est pleinement dans le tempo. Et la journée qui s’ouvre ne sera pas seulement celle d’un répit relatif : elle devra aussi être consacrée à analyser finement les fichiers météo, dès que les conditions seront un peu plus maniables, afin de préparer la suite avec lucidité.
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