
Des ONG et des parlementaires ont réclamé mardi l'adoption "sans délai" d'un moratoire de dix ans sur les "fermes-usines" d'élevage de saumons en circuit fermé, visant notamment un important projet contesté dans le Sud-Ouest.
Financée par un fonds d'investissement singapourien, la société Pure Salmon veut produire 10.000 tonnes de saumon par an, soit entre 4 et 5% de la consommation française, sur le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer au bout de l'estuaire de la Gironde, moyennant 280 millions d'euros.
Elle défend un projet "respectueux de l'environnement" et "un enjeu de souveraineté alimentaire", alors que 99% du saumon consommé en France est importé, mais aussi économique avec la création de 250 emplois. La communauté de communes, début décembre, a voté à la quasi-unanimité pour la construction de l'usine.
Dimanche, une manifestation a cependant rassemblé plusieurs centaines d'opposants sur le lieu d'implantation à la veille de la clôture de l'enquête publique sur le projet qui a enregistré plus de 20.000 contributions, défavorables dans leur quasi-totalité.
La députée LFI de Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir salue une participation "historique". Avec ses collègues écologistes Damien Girard (Morbihan) et Benoît Biteau (Charente-Maritime), elle porte depuis mars une proposition de loi transpartisane, soutenue par une centaine de parlementaires, visant à instaurer un moratoire.
"Aujourd'hui, ce texte doit passer à l'acte parlementaire sans délai : le projet Pure Salmon, le plus grand élevage intensif terrestre de saumons au monde, est sur le point de franchir une étape décisive", soulignent ces élus et 27 organisations signataires d'un "Appel pour l'océan" lancé par l'association Welfarm et l'ONG Seastemik.
Ils demandent parallèlement à la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, de "prendre position dès maintenant" contre ce type de projets, et au préfet de Gironde de ne pas délivrer d'autorisation environnementale à Pure Salmon.
Pour eux, ce projet "complètement démesuré", gourmand en eau et en énergie, menace l'écosystème de l'estuaire, le plus grand et le plus sauvage d'Europe, qui pâtirait des rejets de boues, au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales.
Ils dénoncent aussi l'entassement des poissons dans les bassins et l'origine de leur nourriture - farine et huile issues de poissons pêchés en Afrique de l'ouest et soja sud-américain.
L'entreprise répond que sa "technologie éprouvée" garantit "un impact maîtrisé sur la biodiversité", que "le bien-être animal est au coeur du projet" et que son approvisionnement obéit à des "normes strictes", assurant aux saumons une alimentation "responsable et traçable".
Dans ce débat, la Commission locale de l'eau, le BRGM et le Conseil scientifique de l'estuaire de la Gironde ont rendu des avis défavorables, ce dernier critiquant, dans son avis rendu lundi, "des imprécisions et manques" derrière les "affirmations rassurantes".
A Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), un projet similaire de la société suisse Local Ocean a obtenu l'autorisation environnementale de la préfecture mais les opposants ont saisi la justice administrative, tandis le Norvégien Smart Salmon, qui voulait implanter une usine à saumons près de Guingamp (Côtes-d'Armor), avait jeté l'éponge fin 2024 face à la fronde locale.
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