
Au large de l’Irlande, Elodie Bonafous a vécu quelques heures presque parfaites. Entre le Fastnet et la marque virtuelle Guy Cotten, la skipper de l'IMOCA Association Petits Princes – Quéguiner a trouvé le tempo idéal, lançant son bateau dans un long reaching rapide et fluide. Dans une mer maniable, sous un soleil presque inattendu et à des vitesses supérieures à 20 nœuds, la navigatrice a signé une impressionnante remontée, passant de la quatrième à la deuxième place en seulement quelques heures. Une phase de course aussi intense que grisante, au cœur d’une 1000 Race qui a soudain changé de visage après les longues heures de molle du début de semaine. « Le bateau volait sur un équilibre parfait. Franchement, c’était le bonheur absolu », a-t-elle raconté. « On avait une super vitesse, la mer était plate, il faisait beau… c’était un instant vraiment magique. » Dans ces conditions presque idéales, Association Petits Princes – Quéguiner semblait glisser avec une facilité déconcertante. La Finistérienne en a pleinement profité, revenant à seulement 36 minutes de Sam Goodchild à la marque virtuelle aux couleurs du célèbre équipementier breton. Mais cette parenthèse enchantée s’est rapidement refermée.
Depuis quelques heures, les conditions ont nettement gagné en nervosité dans la descente vers le waypoint Gallimard. Le vent oscille sans cesse, tant en force qu’en direction, obligeant les skippers à rester en alerte permanente. « Ça demande d’être dessus tout le temps », a résumé Elodie. La nuit a d’ailleurs été particulièrement éprouvante. Après une manœuvre de changement de voile compliquée, la navigatrice a dû gérer la casse d’un jockey pole, cette pièce qui permet d’écarter le bras de spi du hauban afin d’augmenter l’angle de tire. « Ça fait un moment que je n’ai pas vraiment dormi. Ça tire physiquement, mais chaque oscillation peut créer un écart et il faut être capable de saisir le moindre coup à jouer. »
Malgré la fatigue et ce souci technique, le moral reste solide à bord. « Je savais que ce genre de problème pouvait arriver, à moi comme aux autres. Le but, maintenant, c’est de rester rapide et opportuniste. » Car la suite s’annonce particulièrement délicate à négocier. La flotte glisse désormais en bordure d’un anticyclone qui pourrait sérieusement ralentir le rythme dans le golfe de Gascogne. « Il va falloir réussir à longer la zone sans vent sans se faire piéger, puis attraper le prochain flux au bon moment », a détaillé la skipper.
Les premiers sont attendus à partir de 13h00 ce vendredi, à Concarneau. Mais dans cette 1000 Race imprévisible et particulièrement intense, difficile de savoir ce que réserveront encore les prochaines heures.
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