En Espagne, une bouée électromagnétique veut éloigner les méduses des plages sans les tuer

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© AdobeStock - Kai Zhao

 

Face aux arrivées répétées de méduses sur les plages, des chercheurs espagnols développent une bouée capable de perturber leur nage grâce à des champs électromagnétiques. Une piste originale, pensée pour protéger les baigneurs sans piéger ni blesser la faune marine.

Chaque été, le scénario se répète sur de nombreuses plages méditerranéennes. Le drapeau change, les maîtres nageurs préviennent les baigneurs, les enfants ressortent de l’eau en courant et les méduses deviennent, le temps de quelques heures ou de quelques jours, les véritables propriétaires du littoral. Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Quand elles arrivent en nombre, les méduses peuvent fermer des zones de baignade, perturber la saison touristique, gêner la pêche et compliquer le fonctionnement de certaines installations côtières.

Jusqu’ici, la réponse la plus visible tenait souvent en 1 image : des filets tendus au large pour empêcher les méduses d’entrer dans les zones fréquentées. La méthode a l’avantage d’être concrète, mais elle pose aussi plusieurs problèmes. Elle retient ce qui passe, pas seulement les méduses. Poissons, tortues ou débris peuvent s’y retrouver piégés, et la houle finit régulièrement par abîmer ces barrières qu’il faut relever, nettoyer, réparer ou remplacer.

En Espagne, des chercheurs de l’Université polytechnique de Valence et de l’Université d’Alicante explorent une autre voie. Leur idée ne consiste plus à capturer les méduses, mais à les empêcher d’approcher. Pour cela, ils ont imaginé une bouée flottante capable d’émettre localement des champs électromagnétiques.

Une bouée qui agit sur la nage des méduses

Le principe est aussi étonnant que ciblé. Une méduse avance en contractant son ombrelle, cette partie gélatineuse en forme de cloche que l’on voit pulser dans l’eau. À chaque contraction, elle expulse de l’eau et progresse par petites impulsions. Sans ce mouvement régulier, elle ne contrôle plus vraiment sa trajectoire et se laisse davantage porter par les courants.

La bouée développée en Espagne s’attaque précisément à cette mécanique. Équipée de composants électroniques et de bobines, elle génère un champ électromagnétique localisé qui perturbe temporairement les contractions de l’ombrelle. La méduse ralentit, perd sa capacité à avancer normalement, puis dérive hors de la zone protégée.

L’enjeu n’est pas de tuer l’animal, ni de diffuser un produit dans l’eau. L’effet recherché est réversible. Une fois sortie du rayon d’action du dispositif, la méduse retrouve sa mobilité. Cette approche change complètement la logique habituelle : il ne s’agit plus de dresser une barrière physique, mais de modifier brièvement le comportement de l’animal pour éviter son arrivée vers les baigneurs.

Une alternative aux filets sur les plages

Cette technologie pourrait intéresser les stations balnéaires confrontées aux arrivées soudaines de méduses. Sur une plage très fréquentée, quelques dizaines de minutes suffisent parfois à transformer une belle journée de baignade en casse tête pour les sauveteurs et les communes littorales. Les piqûres sont rarement graves, mais elles provoquent douleurs, brûlures, inquiétude et parfois fermeture temporaire de zones entières.

La bouée électromagnétique présente plusieurs avantages sur le papier. Elle n’attrape pas les animaux marins, ne forme pas d’obstacle dans l’eau et ne relâche pas de substance chimique. Son installation paraît aussi plus souple qu’un long filet tendu au large. En cas de panne ou d’entretien, les éléments principaux sont regroupés dans la bouée, ce qui simplifie les interventions.

Les chercheurs ont aussi prévu d’y intégrer des capteurs capables de surveiller plusieurs paramètres de l’eau, comme la température, la turbidité, l’oxygène ou la chlorophylle. Ces données peuvent aider à mieux comprendre les conditions favorables à l’arrivée des méduses et à activer le système seulement lorsque c’est nécessaire. L’idée est donc de ne pas faire fonctionner la bouée en permanence, mais de l’utiliser comme un outil intelligent, déclenché quand un banc approche.

Un sujet qui dépasse la baignade

Si les plages sont les premières concernées, les méduses ne posent pas seulement problème aux vacanciers. Lorsqu’elles se regroupent en grandes masses, elles peuvent gêner les fermes aquacoles, obstruer des prises d’eau ou provoquer des dégâts sur certaines installations côtières. Dans les élevages de poissons, leur présence peut devenir très problématique, notamment lorsque des fragments de méduses ou de tentacules entrent dans les cages et affectent les animaux.

C’est pour cette raison que les concepteurs voient plus loin que la seule zone de baignade. Leur bouée pourrait aussi servir à protéger des infrastructures sensibles, des bassins aquacoles ou des sites industriels situés en bord de mer. Là encore, l’intérêt est de tenir les méduses à distance sans avoir recours à des méthodes destructrices ou lourdes à entretenir.

Le dispositif, déjà breveté, doit encore passer l’étape décisive du développement à grande échelle. Il faudra vérifier son efficacité dans des conditions réelles, face à la houle, aux courants, aux variations de salinité, aux différentes espèces de méduses et aux contraintes d’usage d’une plage en pleine saison. Entre un essai contrôlé et une utilisation quotidienne sur le littoral, il reste toujours un cap important à franchir.

Protéger sans déséquilibrer

Cette bouée arrive dans un contexte où les méduses sont de plus en plus surveillées. Leur présence dépend de nombreux facteurs : température de l’eau, courants, disponibilité de nourriture, pression sur leurs prédateurs, aménagements côtiers ou encore conditions météo. Certaines années, elles se font discrètes. D’autres, elles apparaissent en nombre et perturbent fortement les activités littorales.

L’intérêt de cette innovation tient donc autant à sa promesse technique qu’à sa philosophie. Les méduses ne sont pas des envahisseurs à éliminer, mais des animaux marins qui occupent une place dans l’écosystème. Le problème commence lorsqu’elles arrivent massivement dans des zones où la baignade, l’aquaculture ou les installations humaines sont très exposées.

En cherchant à les éloigner plutôt qu’à les détruire, les chercheurs espagnols ouvrent une voie plus fine. La solution miracle n’existe pas, surtout en mer, où les conditions changent sans cesse. Mais cette bouée montre qu’il est possible d’imaginer des dispositifs de protection plus sélectifs, moins brutaux et mieux adaptés à la complexité du vivant.

Reste maintenant à savoir si cette innovation quittera les laboratoires pour rejoindre les plages. Si les tests en conditions réelles confirment son efficacité, elle pourrait devenir un nouvel outil dans la gestion des épisodes à méduses. Pas une arme contre la nature, mais un moyen de mieux cohabiter avec elle, sans transformer chaque arrivée de méduses en fermeture de plage.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.
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