Costa Brava : Palafrugell et Begur épinglés par les « Pavillons noirs »

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© AdobeStock - Leslie Levadoux

 

Connue pour ses criques spectaculaires, ses villages blancs et ses eaux turquoise, la Costa Brava voit aussi ses fragilités revenir au premier plan. Dans son rapport 2026, l’association Ecologistas en Acción attribue deux « Pavillons noirs » dans la province de Gérone : l’un au Golfet de Palafrugell, pour la pression des bateaux de plaisance sur les fonds marins, l’autre aux montagnes de Begur, menacées par l’urbanisation. Un signal d’alerte au moment où le littoral catalan entre dans la pleine saison touristique.

Chaque été, la Costa Brava attire des milliers de visiteurs en quête de calas sauvages, de mouillages abrités et de villages posés au-dessus de la Méditerranée. De Calella de Palafrugell à Begur, le décor semble presque parfait : falaises découpées, pins parasols, maisons blanches et petites plages serrées entre les rochers.

Mais derrière cette image très séduisante, la pression augmente. Plus de bateaux dans les criques, plus de résidences secondaires, plus de projets immobiliers, plus de fréquentation sur des espaces parfois minuscules. C’est précisément ce que dénonce Ecologistas en Acción dans son rapport annuel des « Banderas Negras », ou « Pavillons noirs », publié à l’approche de l’été.

Contrairement aux Pavillons bleus, qui récompensent la qualité des eaux de baignade, les Pavillons noirs signalent des points sensibles du littoral espagnol, touchés par la pollution, la mauvaise gestion environnementale, la pression touristique ou l’urbanisation. Ils ne signifient pas forcément que la baignade est interdite, mais qu’un site est jugé particulièrement vulnérable ou mal protégé.

Palafrugell : trop de bateaux dans les criques

Dans la province de Gérone, le premier site épinglé est le Golfet de Palafrugell, dans le Baix Empordà. En cause : l’augmentation du nombre d’embarcations de plaisance dans cette zone très fréquentée de la Costa Brava, mais aussi dans d’autres criques voisines.

Le problème ne se voit pas toujours depuis la surface. Il se joue sous l’eau, au niveau des herbiers marins. Ces prairies sous-marines, formées par des plantes comme la posidonie ou d’autres phanérogames marines, jouent un rôle essentiel dans l’équilibre du littoral. Elles abritent de nombreuses espèces, stabilisent les sédiments, contribuent à la clarté de l’eau et participent à la bonne santé des écosystèmes côtiers.

Or, lorsqu’un bateau jette l’ancre sur ces fonds fragiles, les dégâts peuvent être importants. L’ancre s’enfonce, la chaîne racle le fond, puis l’ensemble peut arracher la végétation au moment du relevage. À force de passages répétés, des clairières se forment dans les herbiers. Ces zones dégradées s’élargissent ensuite plus facilement sous l’effet des courants et des tempêtes.

Pour les écologistes, le constat est clair : la fréquentation nautique n’est plus seulement une question de confort ou de cohabitation entre usagers. Elle devient un enjeu écologique direct. L’association demande davantage de bouées écologiques, plus de surveillance, des sanctions en cas de mouillage interdit et, surtout, une meilleure régulation de l’affluence des bateaux dans les criques les plus sensibles.

Begur : la pression immobilière gagne les hauteurs

Le second Pavillon noir attribué dans la province de Gérone concerne les montagnes de Begur. Ici, le sujet n’est plus le mouillage, mais l’urbanisation. Ecologistas en Acción dénonce une pression immobilière croissante sur un secteur pourtant reconnu pour sa valeur naturelle et paysagère. Les montagnes de Begur font partie des espaces protégés par le Plan d’espaces d’intérêt naturel de Catalogne depuis les années 1990. Elles constituent un arrière-plan essentiel du littoral : boisements méditerranéens, reliefs côtiers, corridors écologiques, vues ouvertes sur la mer et continuité entre espaces terrestres et marins.

Mais cette protection reste jugée insuffisante par les associations environnementales. Selon elles, l’absence de délimitation assez précise et la lenteur de certains outils de planification facilitent encore de nouvelles constructions dans des zones sensibles. À Begur, comme ailleurs sur la Costa Brava, la question est devenue très politique : comment préserver un territoire dont la beauté alimente précisément la pression immobilière ?

Car le paradoxe est là. Plus un site est spectaculaire, plus il attire. Plus il attire, plus il devient rentable. Et plus il devient rentable, plus il est exposé aux projets de villas, de résidences touristiques ou d’aménagements destinés à capter une clientèle internationale. À terme, c’est l’identité même du paysage qui se trouve menacée.

Un avertissement pour toute la Costa Brava

Palafrugell et Begur ne sont pas des cas isolés. Le rapport 2026 attribue six Pavillons noirs à la Catalogne, deux pour chacune de ses provinces littorales. À l’échelle de l’Espagne, 48 sites sont signalés cette année, avec des problèmes très variés : défauts d’assainissement, urbanisation excessive, atteintes à la biodiversité, pollution chimique, accumulation de déchets ou saturation touristique. Sur la Costa Brava, le message prend toutefois une résonance particulière. Cette portion de littoral est l’une des plus connues d’Espagne, mais aussi l’une des plus exposées aux contradictions du tourisme méditerranéen. Elle vit largement de son attractivité maritime, de ses plages, de ses criques et de son image de nature préservée. Mais cette attractivité devient elle-même une source de pression.

Les bateaux qui cherchent des mouillages de rêve peuvent abîmer les herbiers. Les résidences qui promettent une vue sur mer peuvent grignoter les collines. Les visiteurs qui viennent chercher le calme participent parfois, malgré eux, à la saturation des lieux. Ce n’est pas une remise en cause du tourisme en soi, mais une alerte sur son intensité et sa gestion.

Protéger sans fermer

La question n’est donc pas de transformer la Costa Brava en sanctuaire inaccessible. Elle est de mieux organiser les usages. Installer davantage de bouées écologiques, informer les plaisanciers, cartographier clairement les herbiers, contrôler les mouillages, limiter les constructions dans les secteurs les plus fragiles, renforcer les protections existantes : les solutions existent déjà, mais elles demandent une volonté politique constante.

Pour les plaisanciers, le message est simple : mouiller dans une crique ne peut plus se faire n’importe comment. Avant de jeter l’ancre, il faut vérifier la nature du fond, éviter les herbiers, privilégier les zones autorisées ou les bouées prévues à cet effet. Pour les communes, l’enjeu est plus large : préserver ce qui fait la valeur même du territoire.

Car la Costa Brava ne peut pas se résumer à une succession de cartes postales. C’est un littoral vivant, fragile, convoité, où la mer et la terre subissent une pression croissante. En épinglant Palafrugell et Begur, les Pavillons noirs 2026 rappellent une évidence : la beauté d’un site ne suffit pas à le protéger. Elle peut même, lorsqu’elle attire trop, devenir son premier facteur de vulnérabilité.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.