Barrages : pourquoi les passes à poissons ne suffisent pas toujours à rétablir les migrations

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

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Construites pour permettre aux poissons de contourner barrages et seuils, les passes à poissons ont progressivement équipé de nombreux cours d’eau français. Mais leur efficacité, parfois satisfaisante à l’échelle d’un ouvrage, peut s’effondrer lorsque les obstacles se succèdent. Après dix passages réussis à 70 %, moins de 3 % des poissons partis en migration atteindraient théoriquement leur destination finale.

Sur le papier, le dispositif paraît simple. Lorsqu’un barrage coupe un cours d’eau, un canal composé de bassins successifs est aménagé sur le côté de l’ouvrage. En progressant d’un bassin à l’autre, les poissons peuvent contourner l’obstacle et poursuivre leur migration vers leurs zones de reproduction ou de croissance. Ces passes, parfois appelées échelles à poissons, sont devenues l’un des principaux outils utilisés pour restaurer la continuité écologique des rivières. Elles peuvent prendre différentes formes selon la hauteur du barrage, le courant, les espèces présentes ou encore la configuration des lieux. Le problème n’est donc pas nécessairement leur inutilité. Certaines fonctionnent correctement et permettent à une proportion importante des poissons ayant trouvé leur entrée de franchir l’ouvrage. Mais leur efficacité doit être observée à l’échelle de l’ensemble de la rivière, et non barrage par barrage.

Une efficacité qui se réduit à chaque obstacle

Imaginons qu’une passe permette à 70 % des poissons de franchir un barrage. Pris isolément, ce résultat peut sembler encourageant. Mais sur une rivière équipée de plusieurs ouvrages successifs, les pertes se cumulent. Après un premier barrage, il reste 70 % des poissons. Après le deuxième, ils ne sont plus que 49 %. Au cinquième obstacle, moins de 17 % poursuivent encore leur parcours. Après dix barrages affichant chacun le même taux de réussite, la proportion tombe à environ 2,8 %.

Ce calcul ne constitue pas une mesure générale de l’efficacité des passes françaises. Il illustre en revanche un phénomène bien documenté : même lorsqu’un aménagement donne des résultats convenables localement, l’accumulation des obstacles peut rendre une migration complète extrêmement difficile. Les travaux scientifiques montrent par ailleurs de fortes différences selon les dispositifs et les poissons étudiés. Une vaste analyse publiée à partir de plusieurs dizaines d’évaluations a observé des efficacités moyennes souvent comprises entre 40 et 70 %, avec de meilleurs résultats pour certaines passes proches d’un fonctionnement naturel.

Encore faut-il que les poissons trouvent l’entrée

Franchir une passe suppose d’abord de la repérer. Or son entrée peut être difficile à localiser lorsque le débit qui la traverse est trop faible par rapport à celui du barrage, des turbines ou du déversoir. Attirés par le courant principal, les poissons peuvent rester bloqués au pied de l’ouvrage, multiplier les tentatives ou perdre un temps précieux avant de trouver le passage. Cette phase d’attraction est différente du franchissement lui-même : une passe peut être techniquement praticable, mais peu efficace si les poissons n’en trouvent pas l’accès.

La réussite dépend aussi de la vitesse du courant, de la hauteur entre les bassins, de la température de l’eau, de la saison et de la condition physique des individus. Un aménagement adapté à un saumon puissant ne conviendra pas nécessairement à une anguille, une lamproie ou une espèce de petite taille. Certaines passes favorisent ainsi quelques espèces ciblées sans restaurer pleinement les déplacements de l’ensemble de la faune aquatique.

Des migrations retardées et épuisantes

Lorsqu’ils rencontrent un obstacle, les poissons ne renoncent pas toujours immédiatement. Ils peuvent rester plusieurs heures ou plusieurs jours en aval, chercher un autre passage ou recommencer plusieurs fois leur tentative. Ces retards ont des conséquences. Les migrateurs disposent souvent d’une période limitée pour rejoindre leurs zones de reproduction. Une succession de barrages peut épuiser leurs réserves d’énergie, augmenter leur exposition aux prédateurs et les empêcher d’atteindre les habitats nécessaires à l’accomplissement de leur cycle de vie. La situation est également complexe dans le sens de la descente. Les jeunes saumons qui rejoignent la mer et les anguilles argentées qui regagnent l’océan doivent parfois traverser des turbines ou trouver des dispositifs de contournement différents. Même des barrages dépourvus de turbines peuvent provoquer des retards importants et modifier le comportement migratoire.

 

Une passe à poissons ne reste pas efficace sans surveillance. Branches, déchets, végétation ou sédiments peuvent obstruer son entrée et modifier les écoulements. Une variation du niveau de la rivière peut également rendre le dispositif moins accessible. Son fonctionnement doit donc être contrôlé régulièrement, notamment grâce à des systèmes vidéo, des compteurs, des marquages électroniques ou des suivis par télémétrie. Le simple fait qu’un ouvrage soit équipé ne garantit pas que les poissons l’utilisent réellement ni qu’ils parviennent à le franchir. Ces observations permettent d’ajuster les débits, de modifier l’entrée ou de repenser certaines parties de la structure. Elles doivent surtout mesurer l’efficacité sur plusieurs ouvrages successifs, afin de savoir combien de poissons terminent réellement leur migration.

Faut-il supprimer certains barrages ?

Face aux limites des passes, l’effacement d’ouvrages devenus inutiles est de plus en plus envisagé. Supprimer un ancien seuil permet de restaurer directement la circulation des poissons, mais aussi celle des sédiments et le fonctionnement naturel du cours d’eau.

Cette solution n’est cependant pas possible partout. Certains barrages produisent de l’électricité, maintiennent un niveau d’eau, alimentent des activités économiques ou protègent des usages locaux. Leur suppression peut également soulever des questions patrimoniales, paysagères ou hydrauliques.

Entre le maintien intégral et la démolition, d’autres options existent : abaisser un seuil, ouvrir périodiquement des vannes, créer une rivière de contournement ou transformer l’ouvrage pour le rendre partiellement franchissable.

L’objectif n’est donc pas d’opposer systématiquement passes à poissons et suppression des barrages, mais d’adopter une stratégie cohérente à l’échelle de chaque bassin versant.

Penser la rivière dans son ensemble

Les passes à poissons restent utiles, parfois indispensables, lorsqu’un ouvrage ne peut pas être retiré. Mais elles ne peuvent constituer à elles seules une réponse suffisante à la fragmentation des cours d’eau.

La qualité de l’eau, l’état des frayères, les débits, la température et la disponibilité des habitats sont tout aussi essentiels. Un poisson qui franchit tous les barrages ne pourra pas se reproduire si les graviers sont colmatés, si l’eau est trop chaude ou si les zones de croissance ont disparu.

Le véritable enjeu consiste donc à dépasser une logique d’équipement ouvrage par ouvrage. Car pour un poisson migrateur, réussir à franchir un barrage ne représente qu’une étape. Ce qui compte réellement, c’est de pouvoir parcourir la totalité de la rivière et atteindre, au terme du voyage, un habitat encore capable de l’accueillir.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.