Deux falaises côtières danoises, où des paléontologues ont mis au jour des fossiles d'animaux préhistoriques vieux de 55 millions d'années, devraient rejoindre fin juillet le patrimoine mondial de l'Unesco.
Les deux falaises de Hanklit et Knudeklint, surplombant le Limfjord au nord-ouest du Danemark, sont connues depuis des décennies pour leurs fossiles "exceptionnellement bien conservés" d'insectes primitifs, d'oiseaux et de plus de 80 espèces de poissons différentes, dont d'anciens ancêtres du maquereau et du hareng.
"C'est tout à fait unique", souligne Jan Audun Rasmussen, chercheur et conservateur au Musée de Mors, coauteur de la candidature auprès de l'Unesco.
"Ces fossiles nous permettent de mettre en évidence l'évolution de nombreuses lignées de poissons et d'oiseaux", explique-t-il à l'AFP.
Il y a cinquante-cinq millions d'années, le Danemark était recouvert d'eau et les fonds marins argileux et pauvres en oxygène du Limfjord ont constitué une capsule temporelle pour les poissons, les oiseaux et les tortues qui, après leur mort, ont coulé jusqu'aux fonds marins.
"Il n'y avait pas d'oxygène pour les invertébrés, ces petits animaux qui vivaient sur le fond marin et se nourrissaient des cadavres d'animaux morts", a expliqué Audun Rasmussen, au pied de l'imposante falaise de Hanklit, haute de 60 mètres.
Cela a permis une "excellente" conservation des fossiles, dit-il.
L'Unesco et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont recommandé leur inscription sur la liste du patrimoine mondial. Les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examinent cette candidature cette semaine à Busan (Corée du Sud).
-Enseignements du réchauffement -
Au-delà de l'aperçu d'un passé lointain, Hanklit et Knudeklint pourraient également offrir des enseignements pour l'avenir, en plein réchauffement climatique.
Les couches rocheuses des falaises témoignent d'un événement spectaculaire de réchauffement climatique vieux de 56 millions d'années - l'une des plus grandes catastrophes climatiques de l'histoire de la Terre -, au cours duquel un rejet massif de gaz à effet de serre a fait grimper les températures mondiales de 5 à 8 degrés Celsius.
"Bien évidemment, le réchauffement entraîne de nombreux changements chez les animaux", dit Laura Jane Cotton, du Musée d'histoire naturelle du Danemark.
Les fossiles des falaises du Limfjord - qui comprennent des spécimens datant de la période de cet événement et de la période qui a suivi - offrent aux chercheurs le "meilleur analogue du réchauffement moderne".
"C'est un instantané plus clair de cet environnement à ce moment précis", précise-t-elle à l'AFP.
"Même si nous ne pouvons pas dire exactement quelles espèces se sont éteintes et à quel moment, nous pouvons nous faire une idée des espèces qui ont disparu très soudainement de cet environnement", explique la spécialiste.
Si cette candidature est approuvée, les falaises de Hanklit et de Knudeklint, situées sur les îles de Mors et de Fur dans le fjord, deviendraient le cinquième site naturel du Royaume du Danemark à bénéficier du statut de patrimoine mondial de l'Unesco - dont l'un est situé au Groenland.
Les discussions concernant une candidature ont débuté dès 2010.
La région est prisée des chasseurs de fossiles amateurs, et les "trésors" que sont Hanklit et Knudeklint sont tous deux protégés depuis des décennies par la législation danoise.
Thomas Olesen, chef de projet pour la commune locale de Skive, estime qu'une reconnaissance de l'Unesco donnera un coup de pouce bienvenu au tourisme, en particulier sur la petite île de Fur, qui ne compte que 700 habitants.
"Espérons que cela aura un effet très positif sur l'économie locale", dit M. Olesen, depuis le sommet de la falaise de Knudeklint, haute de 30 mètres.
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