Dans l’océan Indien, Maurice agrandit son domaine sous-marin de 147 000 km²

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

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C’est une extension considérable pour un État dont les terres émergées ne couvrent qu’environ 2 000 km². Maurice vient d’obtenir le feu vert de la Commission des limites du plateau continental pour étendre ses droits sur quelque 147 000 km² de fonds marins dans l’océan Indien. Une décision importante pour l’archipel, qui renforce encore le poids stratégique de son immense espace maritime.

Sur une carte, Maurice apparaît comme un minuscule point posé au milieu de l’océan Indien. Mais sous la surface, les dimensions changent radicalement. L’État insulaire vient de franchir une nouvelle étape dans la reconnaissance de son domaine maritime avec l’approbation d’une extension de son plateau continental au-delà des 200 milles marins.

La zone concernée représente environ 147 000 km², soit une superficie plus de 70 fois supérieure à celle des terres émergées du pays. Derrière ce chiffre spectaculaire se cache toutefois une réalité juridique bien précise : Maurice ne gagne pas 147 000 km² de nouvelles eaux territoriales, mais des droits supplémentaires sur le sol et le sous-sol marin.

147 000 km² supplémentaires autour de Rodrigues

Cette extension concerne la région située autour de Rodrigues, île mauricienne située à environ 560 kilomètres à l’est de l’île principale. Maurice travaille depuis de nombreuses années à faire reconnaître le prolongement naturel de son plateau continental dans cette partie de l’océan Indien.

La démarche n’a rien d’exceptionnel en droit maritime. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer permet à un État côtier de revendiquer des droits sur le plateau continental situé au-delà de la limite habituelle des 200 milles marins, à condition de démontrer scientifiquement que les fonds concernés constituent bien le prolongement naturel de son territoire.

C’est la Commission des limites du plateau continental, composée d’experts en géologie, géophysique et hydrographie, qui examine les données transmises par les États et formule ses recommandations.

Pour Maurice, le dossier est loin d’être récent. Une première demande concernant la région de Rodrigues avait été déposée auprès des Nations unies dès 2009, avant d’être révisée et complétée à plusieurs reprises. La Commission travaillait encore sur le dossier ces dernières années.

Pas une nouvelle ZEE

L’annonce peut facilement prêter à confusion. Maurice n’agrandit pas sa zone économique exclusive (ZEE) de 147 000 km².

Une ZEE peut s’étendre jusqu’à 200 milles marins des côtes et donne à l’État côtier des droits sur les ressources présentes dans la colonne d’eau, mais aussi sur les fonds marins et leur sous-sol. L’extension du plateau continental obéit à une logique différente : au-delà des 200 milles, les eaux restent soumises au régime de la haute mer.

En clair, les navires étrangers pourront toujours naviguer dans les eaux situées au-dessus de ce plateau étendu et les ressources présentes dans la colonne d’eau ne deviennent pas mauriciennes.

Ce sont les fonds qui changent de statut.

Maurice dispose désormais de droits souverains pour explorer et exploiter les ressources naturelles du sol et du sous-sol dans la zone reconnue. Cela concerne notamment les éventuelles ressources minérales ainsi que les espèces dites « sédentaires », c’est-à-dire celles qui vivent sur le fond ou en contact permanent avec celui-ci.

Pourquoi les fonds marins sont-ils devenus si importants ?

À première vue, obtenir des droits sur une immense zone située parfois à plusieurs milliers de mètres de profondeur peut sembler très théorique. Pourtant, les plateaux continentaux sont devenus des espaces particulièrement stratégiques.

Les progrès technologiques rendent progressivement accessibles des ressources autrefois hors de portée. Hydrocarbures, minerais, métaux présents dans les fonds marins mais aussi recherche scientifique : les enjeux économiques potentiels sont considérables.

Dans le sud-ouest de l’océan Indien, ces questions sont d’autant plus sensibles que la région concentre plusieurs États disposant de vastes espaces maritimes. Des ressources énergétiques ont notamment été découvertes dans le canal du Mozambique, tandis que le potentiel minéral des grands fonds nourrit un intérêt croissant.

Pour Maurice, l’océan représente déjà une part essentielle du territoire et de sa stratégie économique. Le pays dispose d’une ZEE sans commune mesure avec la superficie de ses îles, faisant de la mer un enjeu central pour la pêche, la recherche, l’économie bleue et la souveraineté.

Un petit État terrestre, une puissance maritime bien plus vaste

C’est tout le paradoxe de Maurice et, plus largement, de nombreux États insulaires. Avec environ 2 000 km² de terres émergées, le pays semble minuscule à l’échelle de l’océan Indien. Son territoire maritime se mesure pourtant en millions de kilomètres carrés.

Rodrigues, Agaléga, Saint-Brandon ou encore l’archipel des Chagos donnent à Maurice des intérêts répartis sur une immense portion de l’océan Indien. La question du plateau continental s’inscrit donc dans une stratégie maritime engagée depuis plusieurs décennies.

Elle ne se limite d’ailleurs pas à Rodrigues. Maurice a également présenté des demandes concernant d’autres secteurs, notamment autour de l’archipel des Chagos. En 2019, le pays avait ainsi déposé une demande portant sur environ 175 000 km² au sud de l’archipel.

Une frontière qui ne se voit pas à la surface

Pour les navigateurs qui traverseront cette partie de l’océan Indien, rien ne changera réellement. Aucun nouveau tracé ne sera visible à la surface, aucune frontière ne viendra couper l’horizon et les règles de navigation en haute mer demeurent.

Tout se joue plusieurs kilomètres plus bas.

C’est précisément ce qui rend les extensions de plateau continental si particulières : elles redessinent progressivement la carte politique des océans sans modifier celle que voient les marins. Sous une même étendue d’eau internationale peuvent désormais se trouver des fonds sur lesquels un État dispose de droits exclusifs.

Avec ces 147 000 km² supplémentaires, Maurice rappelle ainsi une réalité souvent méconnue : pour les nations insulaires, le territoire ne s’arrête pas toujours au rivage. Il peut se prolonger très loin sous l’océan.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.