
La première grande expédition scientifique de Tara Polar Station entre dans une phase décisive. Partie de Lorient en juillet, la station dérivante de la Fondation Tara Océan doit prochainement rejoindre la banquise pour s’y laisser volontairement emprisonner. Pour atteindre la zone choisie, elle bénéficiera de l’appui du brise-glace océanographique chinois Xue Long. Une prise en glace est prévue dès le début du mois de septembre.
Un peu plus d’un mois après son départ de Lorient, Tara Polar Station poursuit sa remontée vers les hautes latitudes. La station scientifique a rejoint Kirkenes, dans le nord de la Norvège, dernière étape importante avant de s’enfoncer davantage dans l’Arctique. C’est là qu’a embarqué l’équipe qui passera les prochains mois au cœur de la banquise.
À bord : cinq marins, six scientifiques et un correspondant de bord. Douze personnes qui s’apprêtent à vivre un hivernage de neuf mois dans l’un des environnements les plus hostiles de la planète. Ils resteront à bord jusqu’à la mi-avril, avant d’être remplacés par une nouvelle équipe pour la période printemps-été.
La prochaine étape sera déterminante. Tara Polar Station doit rejoindre une zone située autour de 82° Nord et 140° Est, où sa prise dans les glaces est programmée au tout début du mois de septembre. Une fois emprisonnée dans la banquise, elle ne cherchera plus à naviguer : elle se laissera porter par la dérive naturelle des glaces et des courants.
Le Xue Long pour ouvrir la route
Mais rejoindre cette zone reculée nécessite d’abord de traverser une banquise que Tara Polar Station n’a pas vocation à briser seule. Pour cette opération, la Fondation Tara Océan pourra compter sur un partenaire de taille : le Xue Long, brise-glace océanographique du Polar Research Institute of China. C’est lui qui doit ouvrir une route dans les glaces afin de permettre à la station française d’atteindre son point de départ.
La méthode n’est pas nouvelle pour Tara Polar Station. Lors de sa première dérive test, à l’été 2025, elle avait déjà bénéficié de l’aide du Polarstern, le grand brise-glace scientifique allemand de l’Institut Alfred Wegener. Les deux navires avaient navigué ensemble jusqu’à la banquise avant que Tara Polar Station ne s’y laisse volontairement enfermer. Cette première expérience avait notamment permis de tester son comportement dans la glace et le fonctionnement de ses équipements scientifiques en conditions réelles.
Cette fois, l’enjeu est tout autre : il ne s’agit plus d'un essai, mais du véritable départ de sa première mission scientifique de longue durée.
Vingt ans après la première dérive de Tara
La prise en glace attendue début septembre aura également une forte dimension symbolique. Elle interviendra vingt ans après celle de la goélette Tara lors de l’expédition Tara Arctic.
Avec Tara Polar Station, la Fondation change cependant d’échelle. Construite à Cherbourg et spécialement pensée pour évoluer dans l’océan Arctique central, la station est conçue comme un véritable laboratoire dérivant. Elle doit passer environ 90 % de son temps emprisonnée dans la glace et permettre aux chercheurs de réaliser des observations continues dans des régions encore très difficiles d’accès.
Les scientifiques pourront notamment étudier les interactions entre l’atmosphère, la glace de mer et l’océan, mais aussi suivre la biodiversité arctique et son évolution face au changement climatique. Des équipements permettront d’effectuer des prélèvements et des observations jusqu’à 2 500 mètres sous la surface.
Une première dérive avant neuf autres expéditions
Baptisée Polaris I, cette première expédition ouvre surtout un programme scientifique hors norme. Dix dérives sont programmées sur environ vingt ans afin de constituer un observatoire de longue durée de l’océan Arctique central. La première mission rassemble quelque 80 chercheurs issus d’une trentaine d’institutions représentant douze pays.
L’objectif est de documenter sur le temps long un environnement qui se transforme rapidement. La Fondation Tara Océan souhaite notamment mieux comprendre la biodiversité de l’Arctique, la manière dont les organismes s’adaptent aux conditions extrêmes, ainsi que les conséquences de la fonte de la banquise et des pollutions sur ces écosystèmes. Les données recueillies doivent également contribuer à améliorer les modèles climatiques et météorologiques.
Pour Tara Polar Station et son équipage, tout commencera donc véritablement dans quelques jours. Une fois le sillage du Xue Long suivi et la zone choisie atteinte, le navire cessera progressivement d’être maître de sa route. La glace et les courants de l’océan Arctique prendront alors le relais pour plusieurs mois de dérive scientifique.
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