Portraits de femmes : rencontre avec Anne-Claire Le Berre, compétitrice et ingénieure émérite

Culture nautique
Mercredi 13 janvier 2021 à 16h40

Rencontre avec Anne-Claire Le Berre, compétitrice de voile de haut niveau au palmarès impressionnant sur de nombreux supports, et ingénieur au sein du team Initiatives-Coeur. Découvrez le portrait d'Anne-Claire Le Berre, navigatrice, ingénieure et architecte naval.

Rencontre avec Anne-Claire Le Berre, compétitrice de voile de haut niveau au palmarès impressionnant sur de nombreux supports, et ingénieur au sein du team Initiatives-Coeur. Découvrez le portrait d'Anne-Claire Le Berre, navigatrice, ingénieure et architecte naval.

Figaro Nautisme : Anne-Claire, peux-tu nous raconter ton parcours, tes débuts dans la voile ?

Anne-Claire Le Berre : "Mes parents n’étaient pas du tout voile mais j’ai deux grands frères qui ont fait de la voile scolaire puis en club à Plouguerneau, où résident mes parents. Ils ont commencé à faire des compétitions, mes parents les ont suivis et moi aussi. Dès que j’ai eu l’âge, j’ai commencé l’Optimist à Brest, à 7 ans, à la SRB. J’ai intégré l’équipe du club, puis celle du Finistère et l’équipe de France. Ensuite je suis passée en 420 au Pôle de Brest avec Marie Riou. Nous avons fait trois belles saisons qui se sont conclues par un titre de championnes du monde en 1999. Suite à cela, nous avons décidé toutes les deux de nous lancer dans une préparation olympique en 470 pour les Jeux d’Athènes. Nous n’avons pas été qualifiées. J’ai enchaîné sur une seconde préparation olympique en Yngling avec Marion Deplanque et Alice Ponsar en équipe de France. Nous sommes passées tout près de la qualification aux JO de Pékin. J’ai terminé ma carrière olympique par une dernière préparation pour les JO de 2012 en match racing, toujours avec Alice Ponsar et Myrtille Ponge. Nous n’avons pas réussi à décrocher notre sélection pour les JO de Londres. Suite à cela, le match race a été supprimé des Jeux Olympiques."

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Le retrait de ta discipline après les JO de Londres ont marqué la fin de ta carrière olympique ?

"En effet, c'était un peu compliqué pour moi de changer encore de discipline à 30 ans. J’ai décidé de m’arrêter là dans l’olympisme après 12 ans d'implication. J’ai réorienté ma carrière grâce à mon diplôme d’ingénieur de l’INSA de Rennes, que j’ai complété par un diplôme d’architecture navale. Je suis arrivée dans le milieu professionnel de la course au large par le cabinet Finot-Conq à Vannes, tout en continuant le match race, mais pas en olympisme.

J’ai ensuite monté ma structure et j’ai intégré l’écurie d’Intiatives-Cœur en 2015 avec Tanguy de Lamotte qui était skipper et responsable de l’équipe à l’époque. Aujourd’hui j’y suis encore !

En parallèle, je me suis lancée tout récemment dans un projet de Mini Transat, pour la prochaine édition en septembre 2021. Je ne suis pas encore qualifiée, il y a pas mal de cases à remplir mais c’est en bonne voie !"

La Mini-Transat sera ta première expérience en course au large ?

"J’avais fait un peu de course au large en parallèle de la voile olympique et de la régate, avec le Tour de France à la Voile en 2000, 2004 et 2005 mais c’était plus de l’offshore que de la vraie course au large."

Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la course au large ? Et de la voile en solitaire ?

"C’est une grande découverte cette année ! J’ai mis pas mal de temps à être attirée car j’étais plutôt régate et équipage, mais la transat retour de la Jacques Vabre de l’IMOCA Initiatives-Cœur entre le Brésil et Lorient m’a confortée sur le fait que j’aimais le large. La deuxième étape a été de faire du solo. C’est un autre exercice, très différent. Il faut savoir tout faire ! J’ai découvert des univers que je connaissais moins : l’électronique, la gestion du sommeil, la stratégie au large… Je suis ravie d’avoir sauté le pas, belle découverte !"

Tu as finalement majoritairement navigué en équipage féminin ?

"Oui, j’ai essentiellement navigué en équipage féminin. Sur les Tours de France, c’était des équipages mixtes, en IMOCA aussi. Récemment en Mini, quelques régates sont en double et j'ai fait du mixte également. Mais la discipline olympique à l’époque n’était que féminine."

Et as-tu une préférence ?

"Je n'ai pas de préférence pour l’un ou l’autre, c’est vraiment différent. J’apprécie les deux. En féminin j’ai plutôt fait de la régate et du large en mixte. Ce sont deux exercices différents qui apporte chacun beaucoup de satisfaction."

Quel est ton rôle au sein du team Initiatives-Cœur ?

"Je suis en charge du bureau d’études d’Initiatives-Cœur donc le développement, la conception, le suivi de chantier, l’optimisation et la performance du bateau. En ce moment, nous sommes en assistance technique pour toute la durée du Vendée Globe, avec une projection sur les projets à venir."

Ce ne fut pas trop compliqué de te faire une place en tant que femme dans un milieu encore très masculin ?

"En tant qu’ingénieur, le genre importe peu, c’est l’expérience et les capacités de chacun qui compte pour se faire une place. En mer, dans la course au large, il y a moins de femmes. Il y a peu de compétitions dédiées et surtout peu de femmes qui s’engagent dans cette voie. L’accès aux courses en équipage est souvent compliqué car il y a toujours une notion de gabarit et de force physique qui rentre en jeu mais les choses changent petit à petit avec l’arrivée des femmes sur la Volvo Ocean Race et la futur discipline double-mixte en course au large aux JO, ce qui permet à de plus en plus de femmes de se faire de l’expérience au large. Après les places embarquées sont très convoitées et c’est dur pour tout le monde même pour les hommes. Le mini en solitaire par exemple est un parfait support pour les femmes, car il ne nécessite pas tant que cela une énorme force physique et la longueur des courses permet de faire la différence sur autre chose que ce point là."

Quels sont tes projets pour la suite ?

"D’un point de vue sportif, je prépare la Mini 2021. Mon objectif est en effet de me qualifier et de préparer la Mini Transat. D’un point vue professionnel, je continue mon rôle au sein du team Initiatives-Cœur. Pour l’instant, les programmes et les objectifs sont en cours de réflexion."

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.