Christophe Defrance, Redwoodpaddle «On réfléchit davantage à l'empreinte écologique qu'on laisse»

Glisse
Mardi 7 septembre 2021 à 6h26

Il y a treize ans, Christophe Defrance, passionné de sports de glisse en tout genre, se lance dans l’aventure Redwoodpaddle et, au fil des ans, la marque s’impose comme un incontournable en Europe. Des méthodes de production propres, des matériaux biosourcés, un bâtiment à énergies positives... Découvrez la politique écologique affirmée du n°1 du stand up paddle.

©Lionel Faliu
Il y a treize ans, Christophe Defrance, passionné de sports de glisse en tout genre, se lance dans l’aventure Redwoodpaddle et, au fil des ans, la marque s’impose comme un incontournable en Europe. Des méthodes de production propres, des matériaux biosourcés, un bâtiment à énergies positives... Découvrez la politique écologique affirmée du n°1 du stand up paddle.

Quel est le "leitmotiv" de la marque ?

Christophe Defrance : « J’ai créé Redwoodpaddle, notre marque de stand up paddle, il y a treize ans. La problématique écologique s’est imposée à nous quand nous avons commencé à avoir de gros volumes : nous avons beaucoup de conteneurs, beaucoup de gros équipements à acheminer. C’est là que nous nous sommes interrogés sur la politique à mettre en place pour être les plus propres possible. Même si nous sommes parfois contraints de faire fabriquer à l’autre bout du monde, ces questions environnementales sont on ne peut plus normales et nous leur accordons une immense place. Nous sommes depuis toujours les partenaires de Surf Rider Foundation par exemple. En toute franchise, je me suis très largement laissé inspirer par Soltec, une entreprise américaine dirigée par un Français, qui a remporté il y a 15 ans l’Award de la société la plus propre de Californie. Cette récompense, j’en ai encore le souvenir, comme si c’était hier. C’est génial, on peut travailler dans le sport de glisse et être tout à fait propre ! Quand on pratique des sports de glisse en mer, on a envie que notre terrain de jeu soit propre. Aujourd’hui, on réfléchit davantage quand on fait quelque chose, notamment à l’empreinte écologique qu’on laisse, autant pour Redwoopaddle que pour PWR-Foil. »

Comment mettez-vous en application cette politique écologique ?

C. D. : « Nous voulons à tout prix éviter de faire du jetable ; vendre des produits que l’on consomme et que l’on jette cela ne nous intéresse pas. On essaie de limiter au maximum le plastique dans les emballages de produits. Nous n’utilisons que des cartons qui sont faits à partir de bois recyclé et de forêts certifiées, avec une gestion la plus clean possible. Dès qu’on en a la possibilité, on essaie d’acheminer nos produits par voie ferroviaire. Pour certains gros produits c’est plus compliqué mais pour d’autres comme les pagaies, les chargeurs, que l’on est obligé de faire venir d’Asie, nous utilisons au maximum le ferroviaire. Tout se joue aussi dans les petits gestes de tous les jours ! Nous essayons, par exemple, de réutiliser tous les cartons d’emballage pour conditionner nos produits jusqu’au client final. Toutes les planches qui sont faites chez nous sont en résines biosourcées. Par exemple, en ce moment nous sommes en plein test des prototypes d’ailes de foil en fibre de lin. Nous essayons d’honorer au maximum cette politique vertueuse. C’est encore compliqué sur la production en série, mais nous allons y arriver !

Aujourd’hui l’idée c’est que très rapidement, dans nos nouveaux locaux, nous produisions beaucoup de choses nous-mêmes, pour limiter la trace carbone. À ce propos, nous prévoyons de travailler avec une usine qui sera beaucoup plus proche, en Afrique du Nord, pour avoir une empreinte carbone moins importante. Cette entreprise travaille déjà dans le nautisme et dans la couture de produits haut de gamme. Ce sont des gens qui maîtrisent le collage, la fabrication en grande série... pour sortir d’ici un an des paddles gonflables à moins de mille kilomètres de chez nous ! Aussi nous essayons de monter sur notre e-foil un maximum de produits fabriqués près de chez nous. Aujourd’hui c’est le cas des cartes électroniques, des batteries, des pièces en aluminium. Le but est de se libérer doucement de la Chine, pour des raisons écologiques. Je sais que cette démarche est aussi celle de Windelo et Catana, nos « voisins », qui travaillent en ce moment tous sur des bateaux de plus en plus propres. Nous sommes tous dans cette spirale !

Nous avons aussi fait des opérations « une planche achetée, un arbre planté », avec une association locale. On peut planter des arbres n’importe où, même en bord de mer. Nous aidons aussi les agriculteurs qui veulent se mettre au bio et des jeunes agriculteurs qui veulent s’installer, nous leur payons les arbres fruitiers. Nous avons aussi une petite marque de combinaisons. Il faut savoir que les combinaisons sont généralement à base de pétrole… Mais quelques marques comme Patagonia réalisent des combinaisons uniquement à partir de matériaux biosourcés. C’est d’ailleurs le cas de toutes les combinaisons haut de gamme aujourd’hui, peu importe la marque. En ce qui concerne nos combinaisons, elles sont en néoprène, chauffé à haute température grâce à des panneaux solaires. Et ce néoprène n’est pas fait à base de calcaire donc il est plus sain pour le corps, de meilleure qualité et plus sain pour la planète.

Et le plus important : cette année nous déménageons. L’idée c’est d’avoir un bâtiment à énergies positives. Toute l’isolation sera en fibre de bois et nous allons mettre des panneaux solaires sur la quasi totalité du bâtiment, des récupérateurs d’eau de pluie, pour les toilettes, pour tout ça. »

Nautisme Article
© Lionel Faliu

Pensez-vous que l’industrie de la plaisance aspire à réconcilier plaisir en mer et durabilité ?

C. D. : « Oui, et de plus en plus ! Nous c’est tellement dans notre nature, à titre personnel et professionnel, c’est tellement normal. Mais vous savez, pour moi, beaucoup le font. C’est tellement évident, surtout dans l’industrie des sports nautiques. Je pense que toutes les nouvelles entreprises sont comme ça. D’autant que les sociétés en France sont plus contrôlées, plus propres. Nous par exemple, c’est un moteur électrique qu’il y a sur notre e-foil et on est capable de recharger sa batterie avec un ou deux panneaux solaires. Autrement dit, avec deux ou trois mètres carrés, on le recharge. Et puis il ne fait pas de bruit, pas de vague, il n’abîme pas les berges. Après on en vient au problème de production des batteries qui sont polluantes...Mais si on n’est pas acteurs de cela aujourd’hui, on ne fera pas évoluer les batteries et on restera avec nos moteurs thermiques et nos centrales à charbon. Il faut donc aller de l’avant, essayer de faire avancer les choses et je pense qu’il est possible que dans le futur, au travers de l’hydrogène, nous puissions faire se conjuguer encore davantage plaisir en mer et durabilité. Beaucoup de solutions sont envisageables et ce sont des choses auxquelles on réfléchit en permanence. »

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.