Les dauphins mythiques du fleuve Indus

Mardi 4 novembre 2014 à 14h38

Au Pakistan, la légende veut que le dauphin était jadis une femme, jetée à l'eau par un saint furieux. Mais depuis un siècle, cette "femme" a subi un autre mauvais sort: le développement de barrages sur l'Indus qui a réduit la population de ce rare mammifère d'eau douce.

Au Pakistan, la légende veut que le dauphin était jadis une femme, jetée à l'eau par un saint furieux. Mais depuis un siècle, cette "femme" a subi un autre mauvais sort: le développement de barrages sur l'Indus qui a réduit la population de ce rare mammifère d'eau douce.

Le spectacle de dauphins sortant la tête de l'eau attire les curieux à la hauteur du barrage de Sukkur, construit jadis par l'empire britannique à 470 km au nord de la métropole Karachi, sur le fleuve Indus qui traverse le Pakistan de l'Himalaya à la Mer d'Arabie. Après la saison des pluies, les dauphins se replient. Et comme les oiseaux, ils se cachent pour mourir.

La construction, à partir de la fin du 19e siècle, d'une vingtaine de barrages sur l'Indus, afin d'irriguer les plaines agricoles du centre du pays, a "fragmenté" l'habitat du dauphin de l'Indus en 17 sections, selon une étude récente dirigée par le professeur Gill Braulik de l'université de St-Andrews, en Écosse. Or de ces 17 zones, le dauphin n'en habite à présent que six, ayant disparu de 10 autres, alors que son statut dans une de ces mini-rivières prisonnières entre deux barrages demeure incertain, note-t-il dans une étude publiée avec des chercheurs pakistanais dans la revue scientifique Plos One.

Résultat, lors de la saison sèche, au moment où la crue baisse, l'habitat du dauphin fond comme neige au soleil, sans possibilité pour lui de regagner des zones plus prospères du fleuve, ce qui explique sa disparition dans ces 10 sections et son combat pour la survie ailleurs au pays.Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le dauphin de l'Indus figure sur la liste rouge des espèces menacées, avec 1.400 spécimens encore en vie, la moitié par rapport aux années 40.

 

Mobilisation

 

Pour contrer ce déclin, le Fonds mondial pour la nature (WWF), une ONG dédiée à la protection de l'environnement, a mis en réseau les pêcheurs du fleuve afin de s'assurer que les mammifères prisonniers de leurs filets soient remis à l'eau, et que ces cas soient communiqués aux écologistes. "Les filets à petits mailles sont la plus grande menace car ils emprisonnent sous l'eau les dauphins qui ont besoin de remonter à la surface toutes les une à deux minutes pour respirer", explique à l'AFP Muhammad Imran Malik, membre de la brigade de protection des dauphins à la WWF-Pakistan.

Le pêcheur Gajan Khan Malah se souvient d'avoir vu il y a quelques années, un dauphin de l'Indus retenu dans des eaux peu profondes. "Nous avions contacté le WWF et ils étaient arrivés sur le champ pour le sauver", dit-il. Et avec la multiplication de projets de barrages sur l'Indus, c'est l'avenir de cette espèce rare qui s'assombrit encore.

"C'est une espère fascinante, magnifique. Si nous ne la protégeons pas, ce sera une perte pour les générations à venir", remarque Khaddim Hussain, autre pêcheur de Sukkur.
- La contrebande de tortues -
Autre menace dans l'Indus: les braconniers avides de tortues noires à taches jaunes, la "Geoclemys hamiltonii", une espèce vulnérable établie dans le sous-continent indien.

Deux cents de ces tortues ont été retrouvées en juin dans la province chinoise du Xinjiang, frontalière du nord-est pakistanais. Les douaniers chinois ont saisi les reptiles dans un camion lors d'une opération ayant mené à l'arrestation d'un contrebandier et de cinq acheteurs.

"Il y a un marché pour chaque espèce, et dans ce cas-ci il s'agit d'une tortue qui est vraiment unique avec sa couleur noire et ses taches blanches et jaunes, ce qui attire de nombreux collectionneurs", souligne Uzma Noureen, responsable du programme de protection de ces tortues à la branche locale de la WWF.Des tortues noires sont gardées comme animal de compagnie, mais d'autres sont tuées et utilisées dans la médecine ancestrale asiatique, et peuvent se vendre jusqu'à 1.600 dollars.

"Il y a une hausse alarmante de cas de contrebandes de ces tortues noires, très prisées en Chine et en Thaïlande", déplore Ghulam Qadir Shah, chercheur à l'UICN. Après la saisie de juin, les services de la faune pakistanais se sont rendus en Chine afin de récupérer ces tortues pour les ramener à Sukkur, dans la province du Sind, et les remettre à l'eau dans leur habitat naturel."C'est comme si nous avions sauvé un bateau des mains de pirates", se félicite Javed Mahar, chef des services provinciaux de protection de la faune. Mais dans les dernières semaines, les douaniers pakistanais ont intercepté deux cargaisons, de centaines de tortues chacune, à l'aéroport de Karachi, preuve que les braconniers sévissent toujours.
 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.