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Il y a quelques années, si l’on m’avait dit qu’il me suffirait d’appuyer sur deux manettes pour empanner, ou réduire la voilure, par 27 nœuds de vent, sur un bateau de série de 60 pieds ultra confortable, sans aucun effort, sans ciré et sans aucune appréhension… j’aurais narquoisement souri. Et pourtant c’est la bonne surprise que nous réserve l’essai du tout nouveau Amel 60 en baie de Toulon (France) où un fort courant d’est marque l’arrivée tardive de l’automne. Nous ne pouvons que saluer les équipes du chantier qui ont compilé leur savoir-faire cinquantenaire pour arriver à un résultat aussi impressionnant. Henri Amel en serait, sans aucun doute, très fier ! Lui qui pensait que la navigation sur un yacht de grande croisière ne devrait pas être humide, inconfortable ou pénible… On pourrait même ajouter aujourd’hui, stressante.
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Une fonctionnalité préservée au fil du temps
Depuis plusieurs générations de voiliers, nous connaissions la légendaire fonctionnalité des modèles de la marque créée en 1962. Maintenant que l’assistance des manœuvres et tout l’équipement domestique – et il est exhaustif – sont électriques et hydrauliques, nous sommes en droit de nous demander si cet arsenal ne peut souffrir de faiblesses ? Il suffit de soulever le panneau du tableau de commande pour réaliser le sérieux du montage des circuits. Tout est doublé et si jamais un problème surgit, les plans de montage sont suffisamment précis pour intervenir, même à distance. Être autonome en toutes circonstances avec des solutions simples a été le leitmotiv du chantier depuis ses débuts, mais faire perdurer cette fiabilité sur un navire disposant du même appareillage qu’un appartement de grand standing est le résultat d’un travail rigoureux et passionné. Car les équipes du chantier n’ont de cesse de faire évoluer la technique, en concertation avec les clients, afin de rationaliser la débauche d’énergie nécessaire à ce cahier des charges. Un désalinisateur de 240 l/h, une bordure de GV ou une passerelle hydraulique, de multiples réfrigérateurs réclament une fourniture énergétique sans faille et une installation aussi méticuleuse qu’astucieuse. Pour ne citer que cela, la récupération des eaux de cales et des eaux grises s’effectue dans un boîtier central facilement accessible et nettoyable.
Le luxe omniprésent à bord et la sécurité invisible
L’équipement permet de vivre comme à la maison, que l’on soit dans la cuisine, dans la salle de bains ou au lit. Mais la finition des aménagements y participe tout autant. Le noyer d’Amérique vernis mat associé aux cuirs et velours des vaigrages et selleries, traités dans une ambiance un tantinet « art déco », mérite aussi sa distinction au chapitre de l’art de vivre. Six personnes peuvent séjourner indéfiniment avec le même bien-être que dans un hôtel Pullman. Ce n’est pas l’air conditionné, la cave à vin ou les matelas à ressorts qui viendront contrarier cette douce quiétude. Quatre cloisons ainsi que les portes des cabines avant et arrière étanches participent à un sentiment de sécurité très bénéfique pour l’atmosphère de la croisière.
Des moyennes imperturbables
Au moteur comme à la voile, une moyenne de 8 nœuds est très aisément tenable sur de longues distances. Le bateau se contrôle du pilot-house à l’aide d’une console faite maison et de winches électriques et permet de dérouler, d’enrouler ou de régler les voiles sans effort. Notre remontée au près par plus de 25 nœuds, sous trinquette et GV, est loin de nous épuiser et l’on peut envisager un passage de cap sans plus de formalités. En abattant, la vitesse augmente jusqu’à 10 nœuds et les sensations de maîtrise de la route à la barre ou sous pilote sont éloquentes. Le voilier est bien équilibré et quelques empannages plus tard nous voici revenus au port avec nos vêtements de ville toujours bien secs.
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Notre avis
Si conduire une Rolls Royce donne le sentiment que la perfection procure un confort et des sensations inégalables sur la route, l’Amel 60 peut se prévaloir de pouvoir satisfaire la même zone cérébrale, mais sur la mer. La perfection est si proche !
Les +
Manœuvrabilité remarquable
Voilier très complet en version standard
Fiabilité et finitions exemplaires
Les -
Personnalisation limitée
Unité réservée à une élite
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Fiche technique :
Longueur hors-tout : 19,00 m
Longueur flottaison : 18,00 m
Maître bau : 5,35 m
Tirant d’eau : 2,35 m
Déplacement lège : 26 t
Capacité carburant : 900 l
Capacité eau douce : 700 l
Motorisation : Volvo D3 180 ch
Autonomie : 850 milles à 8 noeuds
Cabines/couchages : 3/8
Surface au près : 170 m²
Grand gennaker : 180 m²
Architecte : Berret-Racoupeau
Design intérieur : Isabelle Racoupeau
Chantier : Amel (France)
Prix
Standard équipé pour naviguer : 1 650 000 € HT
Version essayée : environ 1 800 000 € HT
Quelques options
Passerelle hydraulique : 27 000 € HT
Trinquette autovireuse + enrouleur électrique : 18 750 € HT
Climatisation/chauffage : 26 000 € HT
Propulseur de poupe rétractable : 14 500 € HT
Compresseur de plongée : 5 500 € HT
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