
Alors que la planète brûle sous l’effet du réchauffement climatique, une question majeure taraude les climatologues : nos océans sont-ils en train de jouer à plein leur rôle de « puits de carbone » ? Une étude récemment relayée suggère que les mers pourraient absorber beaucoup plus de dioxyde de carbone (CO₂) — mais qu’un élément mystérieusement disparu depuis la fin de la dernière glaciation limiterait aujourd’hui cette capacité naturelle.
Une « éponge » sous-estimée depuis 20 000 ans
Il y a environ 20 000 ans, en pleine dernière glaciation, les océans étaient bien plus efficaces pour séquestrer le CO₂ atmosphérique qu’à l’heure actuelle. Selon les chercheurs, cette différence tient à une caractéristique chimique des eaux profondes, aujourd’hui absente et qui favorisait jadis la dissolution et le stockage du carbone. « Cette absence d’un élément fondamental expliquerait pourquoi l’océan capte moins de CO₂ aujourd’hui », expliquent les scientifiques à l’origine de l’étude. Si cet ingrédient clé — lié à la salinité et aux processus physico-chimiques des masses d’eau — était encore présent, les mers pourraient absorber nettement davantage de gaz à effet de serre. Ce constat relance une réflexion cruciale : l’océan n’est pas seulement un bassin passif où le carbone se dissout. Il agit comme une immense machine chimique et biologique qui, si certains paramètres sont optimisés, pourrait retenir bien plus de CO₂ qu’on ne le pensait.
La capture du CO₂ par les océans repose sur plusieurs mécanismes bien connus des océanographes : La pompe physico-chimique, où le CO₂ se dissout dans l’eau de mer, surtout dans les zones froides des hautes latitudes, et est ensuite transporté vers les profondeurs par la circulation océanique. La pompe biologique, portée par le phytoplancton et autres micro-organismes marins qui transforment le CO₂ en matière organique via la photosynthèse. Lorsque ces organismes meurent, une partie du carbone est entraînée vers les profondeurs sous forme de « neige marine ». Ensemble, ces processus expliquent pourquoi les océans absorbent aujourd’hui environ 25 % à 30 % des émissions humaines de CO₂, un service climatique majeur mais fragile.
Un atout climatique menacé… mais aussi exploitable ?
Ce rôle de « puits naturel » est devenu indispensable : sans lui, l’accumulation de CO₂ dans l’atmosphère serait encore plus rapide, et les températures moyennes plus élevées. Mais ce service n’est pas inépuisable. L’augmentation des températures marines réduit la solubilité du CO₂, tandis que l’acidification associée aux fortes concentrations de gaz menace les écosystèmes marins. Parallèlement, la science explore des pistes pour renforcer volontairement cette capacité de captation, par exemple en augmentant l’alcalinité des eaux ou en stimulant la croissance du phytoplancton dans certaines zones. Ces approches restent controversées, car elles soulèvent des questions écologiques et techniques complexes.
Un horizon à la fois prometteur et incertain
Le constat est clair : nos océans pourraient potentiellement jouer un rôle encore plus important dans la régulation du climat, à condition de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et d’évaluer les effets potentiels de toute intervention humaine.
Pour l’heure, la clé reste une meilleure connaissance de ce « facteur perdu » qui, il y a des millénaires, permettait aux mers de séquestrer davantage de carbone. Car comprendre comment optimiser ce gigantesque puits naturel pourrait devenir l’un des leviers scientifiques majeurs contre le réchauffement climatique du XXIᵉ siècle.
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