Nouveaux carburants HVO : peut-on vraiment réduire son empreinte carbone de 90 % sans changer de moteur ?

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La pression écologique s’intensifie sur le monde de la plaisance. Entre les restrictions d’accès à certaines zones protégées et la volonté croissante des navigateurs de réduire leur impact, une solution semble s'imposer sur les pontons : le HVO. Ce carburant de synthèse promet une réduction drastique des émissions de CO2 sans la moindre modification mécanique. Miracle technologique ou simple effet d'annonce ? Enquête sur le carburant qui pourrait bien sauver nos moteurs thermiques.

La pression écologique s’intensifie sur le monde de la plaisance. Entre les restrictions d’accès à certaines zones protégées et la volonté croissante des navigateurs de réduire leur impact, une solution semble s'imposer sur les pontons : le HVO. Ce carburant de synthèse promet une réduction drastique des émissions de CO2 sans la moindre modification mécanique. Miracle technologique ou simple effet d'annonce ? Enquête sur le carburant qui pourrait bien sauver nos moteurs thermiques.

Le HVO, bien plus qu'un simple « biocarburant »

Pour comprendre l'engouement actuel, il faut d'abord lever une confusion fréquente. Le HVO (Hydrotreated Vegetable Oil) n'est pas un biodiesel de première génération (type FAME), souvent critiqué pour sa fâcheuse tendance à favoriser le développement de bactéries — le fameux « diesel bug » — dans les réservoirs humides de nos bateaux. Le HVO est un carburant paraffinique de synthèse, produit à partir de déchets et de résidus (huiles de cuisson usagées, graisses animales, résidus forestiers).

Grâce à un traitement à l'hydrogène, sa structure chimique devient quasiment identique à celle du diesel fossile, mais sans les impuretés. Le résultat est frappant : une réduction des émissions de CO2 allant jusqu'à 90 % sur l'ensemble du cycle de vie. Pour un plaisancier qui consomme 1 000 litres de gasoil par saison, passer au HVO revient, sur le plan du bilan carbone, à n'en brûler que 100. Un argument de poids à l'heure où l'électrification des grosses unités reste encore complexe et onéreuse.

Une compatibilité totale : le concept du « Drop-in »

La force majeure du HVO réside dans son aspect « drop-in ». Contrairement à l'installation de piles à combustible ou de parcs de batteries massifs, l'adoption du HVO ne demande aucun investissement structurel. Les géants de la motorisation marine, tels que Yanmar, Volvo Penta, Mercury ou encore Cummins, ont déjà validé l'usage du HVO (norme EN 15940) sur la quasi-totalité de leurs gammes récentes.

Certains navigateurs au long cours ont déjà franchi le pas. Lors de récents essais techniques sur des yachts de 20 mètres, les ingénieurs n'ont noté aucune perte de puissance. Mieux encore, le HVO possède un indice de cétane plus élevé que le diesel standard, ce qui facilite les démarrages à froid et réduit sensiblement le bruit moteur. C’est un confort non négligeable lors d'une sortie de port matinale ou d’une longue remontée au moteur dans le calme d’un mouillage.

La fin des odeurs et des fumées noires

Au-delà des chiffres globaux sur le climat, le HVO améliore directement la vie à bord. Étant dépourvu de soufre et de composés aromatiques, ce carburant est incolore et quasiment inodore. Pour le plaisancier, cela signifie la fin des odeurs de gasoil qui imprègnent parfois le carré et, surtout, la disparition des fumées noires à l'échappement qui noircissent les jupes arrière des catamarans ou des vedettes.

Un autre avantage crucial pour la navigation hauturière concerne la stabilité du produit. Le HVO est hydrophobe et stable dans le temps. Là où un gasoil classique peut se dégrader en six mois, le HVO reste impeccable pendant plusieurs années. C’est une sécurité majeure pour les voiliers qui utilisent peu leur moteur et dont le carburant stagne parfois longtemps dans les réservoirs. Finis les filtres colmatés par les boues bactériennes au pire moment d'une manœuvre.

Le prix de la transition : coût et disponibilité

Si le tableau semble idyllique, deux écueils subsistent : le prix et l'accès à la pompe. En moyenne, le HVO100 s’affiche à un tarif supérieur de 15 à 25 centimes par litre par rapport au gasoil traditionnel. Un surcoût que certains professionnels, comme les Voies Navigables de France (VNF), tentent d'atténuer par des incitations tarifaires sur les forfaits de navigation pour les bateaux utilisant exclusivement ce carburant propre.

Côté consommation, la densité énergétique du HVO est légèrement différente. Si la consommation massique s'améliore, la consommation volumique peut afficher une légère hausse de 2 à 3 % selon les moteurs, un écart souvent imperceptible en usage réel. La véritable limite reste la distribution. Si les stations se multiplient en Europe du Nord et dans les grands ports de commerce, l'offre en marina reste encore éparse. Des initiatives voient le jour en Italie (Enilive) et en France (réseau AS 24 et certains ports pilotes), mais le plaisancier devra encore souvent organiser ses pleins par camion pour les grandes unités ou patienter que les cuves des ports de plaisance s'adaptent.

L’avis des experts : une solution de transition idéale ?

Pour les professionnels du secteur, le HVO représente la solution la plus rationnelle pour décarboner la flotte existante. Contrairement au rétrofit électrique, complexe et parfois décevant en termes d'autonomie pour la croisière hauturière, le HVO permet d'agir tout de suite, sans changer ses habitudes de navigation.

Comme le soulignent de nombreux préparateurs de bateaux de voyage, « c’est la solution de l’immédiateté ». On peut mélanger le HVO avec le diesel restant dans son réservoir sans aucun risque, ce qui offre une souplesse totale lors des escales où le HVO n'est pas disponible. Pour le futur, l'enjeu sera la sécurisation des filières de production pour garantir que les graisses utilisées ne proviennent pas de sources déforestantes, mais bien de l'économie circulaire. Une chose est sûre : le sillage de demain pourrait être paraffinique… si la production suit !

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.