Les marques qui transforment les déchets marins en vêtements

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Par Le Figaro Nautisme

Dans la mode, le recyclage est devenu un argument omniprésent. Mais lorsqu’il est question de déchets marins, le sujet mérite d’être regardé de plus près. Filets de pêche abandonnés, bouteilles plastiques récupérées en mer, déchets collectés sur les plages, dans les ports ou le long du littoral : une partie de cette pollution est désormais transformée en fil textile, puis en maillots de bain, baskets, vestes ou accessoires. Derrière cette évolution, quelques marques ont pris de l’avance, des jeunes labels engagés aux grandes maisons installées.

Dans la mode, le recyclage est devenu un argument omniprésent. Mais lorsqu’il est question de déchets marins, le sujet mérite d’être regardé de plus près. Filets de pêche abandonnés, bouteilles plastiques récupérées en mer, déchets collectés sur les plages, dans les ports ou le long du littoral : une partie de cette pollution est désormais transformée en fil textile, puis en maillots de bain, baskets, vestes ou accessoires. Derrière cette évolution, quelques marques ont pris de l’avance, des jeunes labels engagés aux grandes maisons installées.
© AdobeStock

Quand la pollution marine devient une matière textile

Sur le papier, l’idée est simple. Dans la réalité, elle est beaucoup plus technique. Aujourd’hui, 2 grandes filières dominent ce marché. La première repose sur SEAQUAL, un matériau fabriqué à partir de plastique marin recyclé, auquel s’ajoute du PET recyclé post consommation pour assurer la solidité et la régularité du fil. La seconde passe par ECONYL, un nylon régénéré produit à partir de déchets de polyamide, parmi lesquels figurent notamment des filets de pêche usagés. Les 2 approches poursuivent le même objectif, mais elles ne parlent pas tout à fait des mêmes déchets ni des mêmes procédés. 
Cette distinction est essentielle, car toutes les marques ne peuvent pas revendiquer la même chose. Certaines utilisent du plastique réellement récupéré en mer ou sur les côtes. D’autres travaillent surtout à partir de filets de pêche en nylon, plus adaptés à certaines transformations industrielles. D’autres encore valorisent des déchets interceptés sur les plages, les îles ou dans les zones côtières avant qu’ils ne repartent au large. Le résultat, lui, est le même pour le consommateur : un vêtement ou une chaussure. Mais derrière ce produit fini, les matières premières et les filières de recyclage ne racontent pas exactement la même histoire.

Seaqual, la matière qui revient le plus souvent dans la mode liée à l’océan
Dans cet univers, SEAQUAL est sans doute le nom qui revient le plus souvent. L’initiative s’appuie sur un réseau de collecteurs, de pêcheurs, d’associations et d’opérations de nettoyage pour récupérer du plastique marin, qui est ensuite intégré dans un fil textile recyclé. Le point important, souvent mal compris, est le suivant : le fil polyester SEAQUAL n’est pas composé uniquement de plastique marin. Sa composition annoncée est de 10 % de SEAQUAL Marine Plastic et 90 % de PET recyclé post consommation. Ce choix répond à une logique industrielle très concrète : garantir une matière suffisamment stable et résistante pour un usage textile. 
Cela n’enlève rien à l’intérêt du dispositif. Au contraire, c’est même ce qui a permis à SEAQUAL de s’imposer dans des secteurs variés, du maillot de bain à l’accessoire en passant par le prêt à porter. L’initiative a aussi développé des solutions à base de nylon recyclé, notamment à partir de filets de pêche collectés en Méditerranée. Autrement dit, derrière un même nom, on trouve plusieurs usages et plusieurs familles de produits, ce qui explique pourquoi autant de marques s’en emparent aujourd’hui.

© Apnée Swimwear

Des marques qui ont fait de la mer une vraie matière première

Parmi les exemples les plus clairs, Apnée Swimwear occupe une place à part. La marque française explique fabriquer ses shorts de bain à partir de déchets plastiques collectés en mer Méditerranée, en partenariat avec SEAQUAL. Elle précise même qu’un maillot correspond à environ 10 bouteilles plastiques recyclées, ce qui donne une traduction immédiate et concrète de la démarche. Chez Apnée, le lien entre l’univers marin et la matière utilisée n’est donc pas un simple habillage marketing : il est directement inscrit dans la composition même du produit. 
TWOTHIRDS, de son côté, s’est imposée comme l’une des marques européennes les plus identifiées sur ce sujet. Pour certaines pièces de swimwear, la marque utilise du fil polyester recyclé SEAQUAL, en rappelant clairement qu’il contient 10 % de SEAQUAL Marine Plastic. Son discours est intéressant, car il reste assez précis sur la matière utilisée et sur le rôle joué par les opérations de collecte menées avec des pêcheurs, des ONG et des groupes de nettoyage. La marque s’inscrit ainsi dans une mode littorale cohérente, où le fond et la forme se répondent réellement.
Autre acteur important, Ecoalf a contribué à donner une ampleur industrielle à ce mouvement avec son programme Upcycling the Oceans. Le principe est connu mais reste fort : récupérer des déchets marins avec l’aide du secteur de la pêche, puis les transformer en nouvelles matières, notamment en polyester recyclé pour l’industrie textile. Ce projet a pris de l’ampleur au fil des années, jusqu’à être déployé dans plusieurs pays méditerranéens et au-delà. Ecoalf n’a pas seulement popularisé l’idée d’un vêtement fabriqué à partir de déchets marins. La marque a aussi montré qu’une telle démarche pouvait s’inscrire dans une logique de volume et de filière. 
Plus discrète, Wastendsea s’inscrit dans une logique proche, avec une communication très lisible sur l’usage de SEAQUAL dans ses vêtements. La marque indique utiliser au minimum 50 % de matière SEAQUAL dans ses tee shirts et 25 % dans ses sweats, en présentant cette matière comme un plastique marin recyclé issu de bouteilles repêchées dans les océans. Son intérêt, dans un article, est évident : elle montre que cette transformation ne concerne pas seulement de gros acteurs internationaux, mais aussi des labels plus jeunes qui ont fait du déchet marin une composante centrale de leur identité. 
Chez Lérisa, l’approche est différente, plus mode, plus urbaine, plus féminine. La marque met en avant l’usage de SEAQUAL pour certaines pièces et accessoires, avec un discours clair sur l’origine marine du matériau. Son cas est intéressant parce qu’il élargit le sujet : la valorisation des déchets marins ne se limite pas au vestiaire de plage ni aux vêtements techniques. Elle peut aussi entrer dans une proposition plus habillée, plus quotidienne, où l’engagement ne passe pas par une esthétique militante, mais par le choix de la matière. 
Du côté de la chaussure, Corail apporte un autre éclairage. La marque explique fabriquer ses baskets à partir de déchets plastiques récoltés en mer, notamment en Méditerranée, et transformés dans son propre laboratoire à Marseille. Elle précise également utiliser un matériau maison, le Seadust, obtenu en broyant et en mélangeant des filets de pêche et des bouteilles plastiques récupérés en mer. Là encore, l’intérêt du sujet saute aux yeux : le déchet marin n’est plus seulement une matière textile invisible, il devient un élément central d’un produit de mode très concret, la sneaker.

© Corail

Les grandes marques ont, elles aussi, fait entrer la mer dans leurs collections

Le sujet ne concerne plus seulement les jeunes marques engagées. Prada en a donné une version luxe avec sa ligne Re Nylon, fabriquée en ECONYL, un nylon régénéré issu de déchets plastiques collectés dans les océans, mais aussi de filets de pêche, de déchets textiles et d’autres sources de nylon usagé. Avec cette collection, la maison italienne a clairement participé à faire basculer ce type de matière dans un registre plus premium, en montrant qu’un matériau recyclé pouvait aussi porter une proposition haut de gamme. 
Adidas, de son côté, a joué un rôle majeur avec Parley Ocean Plastic. Ici aussi, la précision compte. La marque explique utiliser une matière créée à partir de déchets plastiques recyclés collectés sur les îles, les plages, les régions côtières et le littoral. On n’est donc pas toujours dans le déchet repêché en pleine mer, mais bien dans une logique d’interception de plastiques menaçant directement le milieu marin. Cette nuance est importante, car elle rappelle à quel point les mots employés dans ce secteur doivent être maniés avec rigueur.

Collection Re-Nylon 2024
Collection Re-Nylon 2024© Prada

Une évolution réelle, mais pas un remède miracle

Il serait exagéré de dire que ces marques règlent le problème de la pollution marine. Ce n’est pas le cas. En revanche, elles participent à quelque chose de très concret : créer des débouchés industriels pour des matières qui, autrement, resteraient des déchets. Elles donnent aussi de la visibilité à des filières de collecte, de tri et de transformation encore jeunes, parfois complexes, souvent coûteuses, mais désormais bien réelles. 
Le plus intéressant, au fond, est peut-être là. Pendant longtemps, la mer a servi d’imaginaire à la mode : rayures marines, bleus profonds, esprit plage ou grand large. Aujourd’hui, elle s’invite autrement dans les collections. Non plus seulement comme décor, mais comme origine de certaines matières. C’est ce déplacement qui rend le sujet passionnant. Derrière un maillot, une basket ou une veste, il ne s’agit plus seulement de style. Il s’agit aussi d’une nouvelle manière de raconter ce que l’industrie textile décide enfin de faire de ses déchets.

 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.