Blog de Mission Océan

Escale au paradis : bienvenue aux Tobago Cays

Samedi 9 février 2019 à 06h31

Nous étions à Bequia, environ 180 km au sud de la Martinique, à attendre des tauds de soleil que la voilerie du coin fabriquait pour notre cockpit quand nous avons entendu parler de l'ouragan Isaac, en route pour les Antilles. Nous avions toujours prévu de descendre l'arc antillais pour la saison des ouragans, et il semblait que l'heure était venue. Avec quelques jours d'avance sur l'orage, nous avons levé l'ancre et quitté la belle baie de Port Elizabeth, cap vers le sud.


Après une escale à Bequia, cap vers le sud direction les Tobago Cays, escale incontournable ! / © Mission Océan

C'est ainsi que nous avons découvert les Tobago Cays : s'il y a bien une escale à faire aux Antilles, c'est celle-ci nous a-t'on dit. Dès notre arrivée, nous étions sous le charme : une étendue d'eau turquoise, parsemée de têtes de tortues et de poissons colorés, entourée de collines verdoyantes et de plages de sable blanc. Hors saison, le mouillage est presque désert et nous avions l'impression d'être au paradis.

Avec quelques jours d'avance sur l'orage, nous avons levé l'ancre et quitté la belle baie de Port Elizabeth, cap vers le sud. Et dès notre arrivée nous sommes sous le charme... / © Mission Océan

L'ancre posée, nous nous jetons à l'eau pour nous retrouver nez-à-nez avec des poissons multicolores et très curieux. La pêche et la chasse sont interdites aux Tobago Cays, et les  « riverains » n'ont pas peur des nageurs. Une nage de quelques centaines de mètres nous a permis de rencontrer des raies, des tortues, des poissons coffres, des petits requins... Une fois arrivée sur l'île de Baradal, nous faisons la connaissance de petites tortues de terre qui grignotent les cactus, et des iguanes énormes qui avancent lentement sur le sable. De retour au bateau, nous surprenons un oiseau noir en train de manger le gâteau que j'avais laissé sur le plan de travail. La nature est reine aux Tobago Cays.

L'ancre posée, nous nous jetons à l'eau pour nous retrouver nez-à-nez avec des poissons multicolores et très curieux. Quelques brasses et nous voilà face à des raies, des tortues, des petits requins... / © Mission Océan

Le lendemain, nous prenons les kayaks et le sac isotherme pour aller pique-niquer sous les palmiers de Petit Bateau. Cette île nous faisait envie depuis notre arrivée : légèrement plus grande, elle promettait des balades dans la foret sèche, et peut-être la découverte d'autres espèces inattendues. Mais en cherchant un endroit pour s'installer, poussant les algues séchées et chassant les crabes blancs, nous étions de suite frappés par le nombre de petits morceaux colorés que nous voyons dans le sable. Cette magnifique plage de sable blanc était en réalité couverte de micro-plastiques.

Nous sommes retournés sur l'île plus tard dans la journée, avec nos équipements pour prendre des échantillons dans le sable. Nous avons créé ce kit d'échantillonnage nous-mêmes, en suivant le protocole d'une association éducative à Palma de Majorque, qui se sert des mêmes techniques pour faire découvrir la pollution marine aux lycéens des Baléares. Nous mesurons un carré d'un mètre sur la plage, puis nous creusons sur un profondeur d'environ 2 cm, en passant le sable par un tamis. Nous trions ensuite la matière organique (algues, coquillages etc...) pour laisser que les morceaux non-naturels. Il est à la fois fascinant et terrifiant de tamiser le sable, et de voir apparaître les bouts de déchets cachés dedans.

Alors que nous nous installions pour un pique-nique sur l'île Petit Bateau, nous découvrons que cette magnifique plage de sable blanc était en réalité couverte de micro-plastiques. / © Mission Océan

En règle générale, nous essayons de prendre plusieurs échantillons sur la même plage : un au niveau de la ligne de marée, un autre plus près de l'eau, et un troisième loin de la mer, par exemple. Cette technique nous permet d'émettre des hypothèses sur l'origine de la pollution sur chaque plage : est-elle ramenée par les touristes, ou plutôt par la mer ? Cette fois-ci, nous n'avions pris qu'un seul échantillon, et voici ce que nous avons trouvé : 17 micro-plastiques et 22 macro-plastiques (plus de 5mm de côté), dans un seul mètre carré de sable. Jusqu'à présent, nous n'avions jamais trouvé autant d'objets dans un seul échantillon, et il était évident au vue de la fragmentation et de la décoloration des morceaux, que la plupart venait de l'océan. Jusqu'à assez récemment, on ignorait que les vagues, les courants, le sel et les UV en mer agissent rapidement sur les déchets en plastique, les fragilisant et les brisant rapidement en miettes. Quand on parle de la pollution plastique en mer, on imagine souvent des bouteilles ou des sacs de supermarché qui flottent, et il y en a. Mais en parallèle, un grand pourcentage de cette pollution est presque invisible, tellement les morceaux sont petits. Les fameux continents de plastique ne sont pas faits que de pailles, de couverts jetables et d'emballages de biscuits, mais aussi de milliards de particules.

Nous n'avons pris qu'un seul échantillon sur cette plage et voici ce que nous avons trouvé : 17 micro-plastiques et 22 macro-plastiques dans 1m2 de sable... / © Mission Océan

La pollution que nous avons trouvée dans les Tobago Cays n'a rien à voir avec la population locale (ces îles sont inhabitées), ni même celle des îles voisines. Lors de notre pique-nique sur la plage, nous avons également trouvé des déchets plus faciles à voir : bouteilles de bière, paquets de chips, mégots de cigarettes... Nous supposons que ces objets ont été laissés par des marins ou des clients de bateaux de charters, car cet archipel est inaccessible sans bateau (et il n'y a pas de navette).

Nous ne cherchons pas à vous décourager des Tobago Cays, au contraire : nous avons adoré cet endroit et nous comptons y retourner dès que possible. Mais pour nous, ce déjeuner sur la plage a été une révélation : nous avions lu des articles sur les micro-plastiques sur des îles désertes, aux Galapagos, ou encore en Antarctique, mais aux Tobago Cays nous en avions la preuve sous les yeux. A travers notre compte Instagram, nous avons partagé notre expérience avec le Bureau de Tourisme de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et nous avons reçu un message très positif en retour, nous disant qu'ils partageraient nos résultats afin de sensibiliser un maximum de personnes.

« Our enviroment should be protected, not polluted » nous ont-ils répondu... « Notre environnement doit être protégé, pas pollué. »

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