Le cimetière marin le plus grand du monde : le lagon de Truk

Plongée

Au cœur du Pacifique occidental, le lagon de Truk Lagoon, aujourd’hui officiellement appelé Chuuk Lagoon, est devenu un lieu mythique pour les plongeurs du monde entier. Sous ses eaux calmes repose l’un des ensembles d’épaves militaires les plus impressionnants jamais recensés. Ici, l’histoire s’est figée en février 1944, lorsque la guerre du Pacifique a brutalement basculé.

Au cœur du Pacifique occidental, le lagon de Truk Lagoon, aujourd’hui officiellement appelé Chuuk Lagoon, est devenu un lieu mythique pour les plongeurs du monde entier. Sous ses eaux calmes repose l’un des ensembles d’épaves militaires les plus impressionnants jamais recensés. Ici, l’histoire s’est figée en février 1944, lorsque la guerre du Pacifique a brutalement basculé.
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L’opération Hailstone, un tournant stratégique

Les 16 et 17 février 1944, les forces américaines lancent l’opération Hailstone, une offensive massive contre la principale base navale japonaise du Pacifique. À l’époque, Truk constitue le cœur logistique et opérationnel de la marine impériale japonaise, un équivalent du Pearl Harbor américain. Son contrôle est essentiel pour préparer l’assaut sur l’atoll d’Eniwetok et sécuriser la progression alliée dans le Pacifique central.

Sous le commandement de l’amiral Raymond Spruance et du vice-amiral Marc A. Mitscher, la Task Force 38 déploie une puissance de feu colossale : porte-avions lourds et légers, cuirassés, croiseurs, destroyers et sous-marins, appuyés par près de 500 avions embarqués. Malgré certaines évacuations anticipées côté japonais, l’attaque surprend la base. En deux jours, la flotte et les installations sont anéanties.

Le bilan est sans appel. Les pertes américaines restent limitées, tandis que la marine impériale japonaise perd des dizaines de navires, des centaines d’avions et plusieurs milliers d’hommes. Le lagon devient alors un immense champ de ruines submergées, figé pour des décennies.

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Un musée sous-marin à l’échelle d’un lagon

Aujourd’hui, Truk Lagoon est considéré comme le plus grand cimetière marin de la Seconde Guerre mondiale. Plus de 60 épaves reposent à différentes profondeurs, certaines accessibles dès la surface, d’autres réservées aux plongeurs confirmés. L’eau, chaude toute l’année autour de 29 °C, offre une visibilité remarquable, souvent comprise entre 15 et 30 mètres, et bien davantage à l’extérieur du lagon. Les courants sont faibles, ce qui rend la plongée relativement confortable malgré la charge émotionnelle du site.

Les épaves sont désormais entièrement colonisées par la vie marine. Coraux durs et mous, éponges géantes et gorgones ont transformé ces vestiges de guerre en récifs artificiels foisonnants. Barracudas, raies, tortues marines et bancs de poissons tropicaux évoluent autour de coques éventrées, créant un contraste saisissant entre destruction humaine et renaissance naturelle.

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Le Fujikawa Maru, icône du lagon

Parmi les épaves les plus célèbres figure le Fujikawa Maru. Ce cargo repose entre 30 et 40 mètres de profondeur et fait partie des plongées incontournables du lagon. Dans sa cale numéro 2, on découvre encore des avions japonais de type Zero, remarquablement conservés, ainsi que des munitions, des armes légères et des objets du quotidien. La proue et la poupe sont aujourd’hui tapissées de crinoïdes et de coraux colorés, tandis que la salle des machines, plus profonde, offre une exploration plus technique.

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Le Shinkoku Maru, mémoire intacte d’un navire-hôpital

Autre plongée emblématique, le Shinkoku Maru se distingue par son état de conservation exceptionnel. Le sommet de l’épave débute à environ 12 mètres, ce qui la rend accessible à de nombreux niveaux de plongée, tandis que le fond atteint 38 mètres. Canons, superstructures et pont sont encore bien lisibles. À l’intérieur, la faune marine s’est installée dans les anciennes salles du navire, dont l’infirmerie et la table d’opération, laissant une impression particulièrement forte sur les plongeurs.

Pour les plongeurs expérimentés, le sous-marin I-169 représente une exploration à part. Reposant par 38 mètres de fond, long de près de 100 mètres, il est resté en grande partie intact. Son exploration demande un excellent contrôle de la flottabilité et une approche respectueuse, tant le site reste chargé d’histoire.

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Une immersion entre histoire et respect

Truk Lagoon n’est pas un site de plongée ordinaire. Chaque immersion se fait au milieu de vestiges militaires, parfois encore chargés de munitions et d’objets personnels. Ces épaves sont considérées comme des sépultures de guerre, ce qui implique un comportement exemplaire. Rien ne doit être touché ni prélevé, et l’exploration doit rester purement contemplative.

Plonger dans le lagon de Truk, c’est pénétrer dans un livre d’histoire grandeur nature. Rarement un site sous-marin n’aura concentré autant de vestiges, de mémoire et de vie marine en un seul lieu. Entre épaves mythiques, eau chaude et visibilité exceptionnelle, Truk Lagoon s’impose comme une destination unique au monde, à la fois fascinante, émouvante et profondément marquante. Un véritable musée sous-marin, figé dans le silence du Pacifique, où chaque plongée raconte un fragment de la Seconde Guerre mondiale.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.