Vraie ou fausse bonne idée : nager avec les baleines ?

Plongée
Par Le Figaro Nautisme

Nager aux côtés d’une baleine fait partie de ces expériences qui frappent l’imaginaire collectif. Face à l’immensité de l’animal, au souffle qui jaillit à la surface et à la lenteur majestueuse de ses mouvements, la promesse est celle d’un moment hors du temps, presque spirituel. Pourtant, derrière les images spectaculaires diffusées sur les réseaux sociaux et les brochures touristiques, cette pratique soulève de nombreuses questions. Fascination légitime ou dérive touristique aux conséquences mal mesurées ?

Nager aux côtés d’une baleine fait partie de ces expériences qui frappent l’imaginaire collectif. Face à l’immensité de l’animal, au souffle qui jaillit à la surface et à la lenteur majestueuse de ses mouvements, la promesse est celle d’un moment hors du temps, presque spirituel. Pourtant, derrière les images spectaculaires diffusées sur les réseaux sociaux et les brochures touristiques, cette pratique soulève de nombreuses questions. Fascination légitime ou dérive touristique aux conséquences mal mesurées ?
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Une expérience devenue emblématique

Dans les eaux tropicales de la Polynésie française, de l’océan Indien ou des Caraïbes, la nage avec les baleines à bosse s’est imposée comme une activité phare. Ces zones correspondent aux aires de reproduction et de mise bas de l’espèce, attirant chaque année des individus venus de milliers de kilomètres.
Pour les voyageurs, l’attrait est évident. Observer une mère accompagnée de son baleineau, entendre les vocalises sous l’eau ou simplement partager quelques instants dans le même espace marin provoque une émotion intense. Ce sentiment de proximité avec le sauvage nourrit l’idée d’une rencontre respectueuse, presque consentie. Pourtant, cette perception humaine ne correspond pas toujours à la réalité du comportement des cétacés.

Des animaux sensibles, loin de l’image figée

Les baleines sont des mammifères marins dotés de capacités sensorielles extrêmement développées. Leur survie repose sur une communication acoustique complexe, indispensable pour se repérer, se coordonner et maintenir les liens sociaux. Dans les zones de reproduction, ces équilibres sont encore plus fragiles.
Les chercheurs en biologie marine observent que la présence répétée de nageurs et d’embarcations modifie subtilement mais durablement les comportements. Les femelles peuvent réduire leurs phases de repos, essentielles à l’allaitement, tandis que les baleineaux sont parfois contraints de suivre des déplacements plus longs ou plus rapides. Ces ajustements, invisibles pour un observateur occasionnel, représentent une dépense d’énergie non négligeable dans une période clé du cycle de vie.
Contrairement à une idée reçue, une baleine immobile ou peu réactive n’est pas nécessairement détendue. Elle peut simplement tolérer une situation subie, faute d’alternative immédiate.

Une pression touristique cumulative

Le principal problème ne réside pas dans une rencontre isolée, mais dans la répétition des interactions. Dans certaines zones très fréquentées, un même groupe de baleines peut être approché plusieurs fois par jour, par des bateaux différents. Cette pression continue transforme une aire de repos en un espace constamment sollicité.
À cela s’ajoutent les nuisances sonores. Même à faible vitesse, les moteurs perturbent l’environnement acoustique sous-marin, brouillant les signaux utilisés par les cétacés. Cette pollution invisible s’inscrit dans un contexte plus large, où le trafic maritime, les sonars et les activités humaines pèsent déjà lourdement sur les océans.
Face à ces constats, plusieurs territoires ont renforcé leur réglementation, limitant le nombre de mises à l’eau ou interdisant purement et simplement la nage avec les baleines dans certaines zones sensibles.

Vers une autre manière de rencontrer les baleines

Pour autant, toute interaction n’est pas forcément à proscrire. Certains opérateurs ont revu leurs pratiques en s’appuyant sur les recommandations scientifiques. Observation à distance, nombre de nageurs strictement limité, durée encadrée, absence totale de poursuite : ces règles visent à réduire au maximum l’impact humain.
Dans cette approche, souvent qualifiée d’observation passive, l’humain accepte de renoncer au contrôle de la rencontre. La mise à l’eau ne garantit rien, et c’est précisément cette incertitude qui redonne du sens à l’expérience. La baleine reste libre de s’approcher ou de s’éloigner, sans contrainte.
Ce modèle, encore marginal, s’inscrit dans une vision plus large de l’écotourisme, où la qualité de l’expérience prime sur la quantité et où la préservation des espèces devient une condition non négociable.

Une question de choix et de responsabilité

Nager avec les baleines n’est donc ni une pratique anodine, ni un simple loisir aquatique. Elle interroge directement notre rapport au vivant et à la notion de respect dans un environnement déjà fragilisé. L’émerveillement ressenti ne doit pas occulter les effets à long terme sur des animaux dont l’équilibre repose sur des conditions très précises.
À l’heure où les océans subissent des pressions croissantes, chaque décision individuelle compte. S’informer, comprendre les enjeux et accepter parfois de rester à distance font partie intégrante de l’expérience. Car il est certain que la plus belle rencontre avec une baleine soit celle où l’on choisit de l’observer sans jamais la déranger.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.