
Dans le silence du bassin, la mer porte parfois des drames que la loi peine à traduire. Huit mois après la mort tragique de son fils Benjamin, percuté par un bateau de pêche dans une zone pourtant dédiée aux sports nautiques, Cédric Mano a décidé de changer le cours des choses. Son combat dépasse la douleur personnelle : il veut que la justice maritime soit enfin à la hauteur des réalités de la mer.
Une tragédie dans la zone des 300 mètres
Le 21 mai 2025, dans une zone réglementée à moins de 300 m du rivage, où la vitesse des navires est limitée pour protéger baigneurs, plaisanciers et écoles de voile, un dériveur portant Benjamin, 8 ans, a été violemment heurté par une embarcation de pêche traditionnelle. Le jeune navigateur, parti s’initier à la voile, n’a pas survécu à l’impact. Sur l’eau, ces 300 m sont un sanctuaire fragile : des règles spécifiques y encadrent la vitesse et la conduite des navires pour protéger les usagers non motorisés, tout comme dans le périmètre de la réserve du Banc d’Arguin où la vitesse y est strictement limitée à 5 nœuds.
Un vide juridique que la mer expose cruellement
Le pêcheur impliqué dans l’accident a été mis en examen pour homicide involontaire et usage de stupéfiants, après avoir admis avoir navigué trop vite dans cette zone malgré la visibilité réduite par la bruine et les embruns – et avoir consommé cannabis et cocaïne la veille. Mais c’est sur le plan juridique que la faille est la plus criante. Comme le rappelle la députée Sophie Panonacle, le cadre légal actuel « ne permet pas de sanctionner le particulier ou le professionnel de la mer conduisant un navire sous l’emprise d’un état alcoolique ou de stupéfiants » avec la même fermeté que sur la route. Sur l’eau, contrairement à la terre, il n’existe pas d’article dédié à l’« homicide maritime ». Or, pour beaucoup, la mer n’est pas un espace de tolérance : elle peut être aussi dangereuse qu’une autoroute, surtout lorsqu’un navire avance à grande vitesse, des règles d’espaces partagés ignorées.
Dans une pétition en ligne baptisée « Il rêvait de faire le Vendée Globe », Cédric Mano appelle à créer un délit d’homicide maritime, inspiré de l’homicide routier, pour que « la conduite sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants de véhicules nautiques dans l’espace maritime » soit clairement criminalisée. Il réclame aussi la rétention du bateau et la suspension du permis nautique pour les conducteurs naviguant dangereusement. « Cet accident est, à nos yeux, le drame de la transgression des règles par un homme… », écrit-il, soulignant la responsabilité collective d’éviter que l’irréparable ne se produise.
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Du rivage à l’Assemblée nationale
Huit mois plus tard, ce combat a franchi les digues : interpellé à l’Assemblée nationale, le gouvernement a reconnu la nécessité d’adapter le droit maritime. Deux décrets devraient prochainement rehausser au niveau contraventionnel les comportements dangereux sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants et la vitesse excessive en mer, et faciliter l’accès des forces de l’ordre aux fichiers maritimes et de permis de plaisance.
Ce drame sur les eaux calmes du bassin d’Arcachon a mis en lumière une réalité souvent oubliée : la mer n’est pas un territoire sans loi, mais un espace où celles qui existent doivent être à la hauteur des risques qu’elle porte. Si l’on veut que la mer demeure un espace de liberté, naviguer en toute sérénité ne peut pas être qu’un vœu : cela commence par des règles claires, adaptées à la nature même de l’espace maritime.
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