Nouvelle-Calédonie : après une attaque mortelle à Nouméa, la délicate question des requins relancée
Dimanche en fin d’après-midi, la mer était encore animée dans la baie de l’Anse-Vata, au sud de Nouméa, lorsque le corps sans vie d’un homme de 55 ans a été repêché peu après 17h30. C’est un bateau de plaisanciers qui a donné l’alerte après avoir aperçu la victime, qui pratiquait le wing foil. Selon les premières informations confirmées par des sources concordantes, l’homme, médecin urgentiste à Nouméa, a succombé à une attaque de requin. D’importantes lésions ont été relevées, notamment à la jambe droite, ainsi que des blessures au tibia gauche et à l’avant-bras droit. Des traces de morsures ont également été observées à l’arrière de la planche. La plage de l’Anse-Vata, très fréquentée par les amateurs de sports nautiques, a été immédiatement évacuée afin de permettre l’intervention des secours. Une autopsie devait être réalisée avec l’appui d’un spécialiste des requins, tandis qu’un témoin devait être entendu pour tenter d’éclaircir le déroulement exact des faits. « Nous essayons de déterminer les circonstances », a indiqué le procureur de Nouméa, Yves Dupas.
Une zone déjà marquée par plusieurs attaques
L’Anse-Vata n’est pas une baie isolée. Située au cœur de la capitale calédonienne, elle concentre écoles de voile, clubs de kite et de wing foil, paddle, baignade et navigation de plaisance. Début 2023, la même zone avait déjà été frappée par une série noire : trois attaques en quelques semaines, dont l’une mortelle. Un touriste australien y avait perdu la vie. Le drame de ce week-end constitue la seconde attaque mortelle recensée en Nouvelle-Calédonie depuis le début de l’année, selon les autorités locales. Plusieurs facteurs environnementaux sont régulièrement évoqués pour expliquer la présence accrue de squales à proximité des côtes. Les fortes pluies qui ont touché le territoire ces derniers jours pourraient avoir favorisé leur venue vers les zones littorales, les apports d’eau douce et de matières organiques modifiant temporairement les équilibres côtiers.
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Interdictions et campagne de prélèvement
Au lendemain de l’attaque, la province Sud et la mairie de Nouméa ont annoncé conjointement le lancement d’une campagne ciblée de prélèvement de requins tigres et de requins bouledogues. L’opération, conduite avec le concours de la Sécurité civile, devait débuter dès mardi. Dans leur communiqué, les deux collectivités affirment vouloir « prendre leurs responsabilités », estimant que « la protection des vies humaines impose d’agir ». En parallèle, la baignade et les activités nautiques ont été interdites dans la bande littorale des 300 m autour de Nouméa, en dehors des zones équipées de barrières d’exclusion, et ce jusqu’au 4 mars inclus.
Un débat juridique et environnemental ancien
La décision de relancer des prélèvements ravive un contentieux sensible en Nouvelle-Calédonie. En janvier 2024, la cour administrative d’appel de Paris avait annulé une décision de la province Sud qui avait retiré les requins tigres et bouledogues de la liste des espèces protégées. Les juges avaient estimé qu’aucun recensement ni étude scientifique approfondie des populations concernées n’avait été mené. La compétence environnementale relève des provinces. La province Nord et la province des Îles maintiennent ces espèces sous protection, tandis qu’en province Sud, leur statut avait été modifié en octobre 2021 après plusieurs attaques attribuées à ces requins. En 2023, 127 requins avaient été abattus lors de campagnes similaires, avant qu’un tribunal ne mette fin à ces opérations, jugeant la mesure « disproportionnée ».
Entre sécurité et préservation des écosystèmes
La Nouvelle-Calédonie abrite l’un des plus vastes lagons du monde, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Les requins y jouent un rôle écologique essentiel, en tant que prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire. Mais la cohabitation avec les activités humaines, en particulier dans les zones urbaines et très fréquentées, reste délicate. L’essor du wing foil, du kite ou du paddle multiplie la présence d’usagers parfois éloignés du rivage, dans des zones où les requins peuvent évoluer. Chaque attaque remet ainsi en tension deux impératifs : préserver un écosystème marin exceptionnel et garantir la sécurité des habitants comme des pratiquants de sports nautiques.
Le drame survenu à l’Anse-Vata rappelle brutalement que, dans ces eaux réputées pour leur beauté et leur biodiversité, la mer demeure un espace sauvage. Les prochaines semaines diront si la campagne de prélèvement annoncée modifie la situation, ou si le débat, déjà ancien, s’intensifie encore autour de la gestion des requins en Nouvelle-Calédonie.