Dessalinisateur en croisière côtière : le nouveau sésame de la liberté ?

Equipements
Par Mark Bernie

C’est une image que tout plaisancier a vécue au moins une fois lors d’une croisière estivale en Méditerranée ou aux Antilles. Le soleil est au zénith, la brise thermique s’essouffle et, alors que vous rêviez d'une dernière baignade dans une crique déserte, l’aiguille de la jauge à eau pointe inexorablement vers le rouge. Il faut alors quitter ce petit paradis, faire route vers la marina la plus proche, patienter parfois de longues minutes — voire des heures — à la station d’avitaillement, pour finalement s’amarrer entre deux catamarans de location bruyants pour faire le plein d’eau… Dans ce contexte, la question du dessalinisateur, autrefois réservée aux aventuriers du Grand Large ou aux candidats à l’année sabbatique, s'invite désormais avec insistance dans le cockpit des croiseurs côtiers. Est-ce un luxe superflu ou l'outil indispensable d'une autonomie retrouvée ?

C’est une image que tout plaisancier a vécue au moins une fois lors d’une croisière estivale en Méditerranée ou aux Antilles. Le soleil est au zénith, la brise thermique s’essouffle et, alors que vous rêviez d'une dernière baignade dans une crique déserte, l’aiguille de la jauge à eau pointe inexorablement vers le rouge. Il faut alors quitter ce petit paradis, faire route vers la marina la plus proche, patienter parfois de longues minutes — voire des heures — à la station d’avitaillement, pour finalement s’amarrer entre deux catamarans de location bruyants pour faire le plein d’eau… Dans ce contexte, la question du dessalinisateur, autrefois réservée aux aventuriers du Grand Large ou aux candidats à l’année sabbatique, s'invite désormais avec insistance dans le cockpit des croiseurs côtiers. Est-ce un luxe superflu ou l'outil indispensable d'une autonomie retrouvée ?

La fin de la « corvée d'eau » et l'appel du large

Pendant des décennies, le dessalinisateur était perçu comme une usine à gaz complexe, coûteuse et énergivore, uniquement justifiable pour traverser l'Atlantique ou s'isoler dans les recoins de la Polynésie. Mais les pratiques évoluent. Comme le soulignent de nombreux navigateurs, le confort à bord est devenu une priorité absolue pour faire durer le plaisir en mer. Pour ces navigateurs, mais aussi pour les familles naviguant avec de jeunes enfants, l'eau douce est le premier facteur de stress. Entre les douches après la baignade pour éviter les irritations de la peau et la vaisselle, les réservoirs de quelques dizaines de litres d'un voilier de dix mètres fondent comme neige au soleil.

L'installation d'un dessalinisateur en croisière côtière permet de s'affranchir de la dépendance aux infrastructures portuaires. En produisant sa propre eau, le plaisancier regagne une liberté de mouvement totale. On ne choisit plus son escale en fonction de la disponibilité d'une borne à eau, mais selon la qualité du mouillage. Cette autonomie est d'autant plus précieuse que de nombreuses îles, victimes de sécheresses récurrentes, restreignent désormais l'accès à l'eau douce pour les bateaux de passage. Produire son eau à partir de la mer devient alors un acte presque citoyen, évitant de puiser dans les ressources terrestres limitées.

Une équation technologique et énergétique

Si l'avantage en termes de confort est indéniable, l'installation d'un tel équipement n'est pas neutre. Comme pour toute préparation sérieuse d'un bateau, il faut penser en termes de système global. Un dessalinisateur est un gros consommateur d'énergie. Pour les partisans de la simplicité, les modèles 12 volts de petite capacité (produisant entre 30 et 60 litres par heure) sont plébiscités. Ils s'intègrent parfaitement sur des unités moyennes, à condition d'avoir un alternateur puissant, voire un groupe électrogène et un parc de batteries conséquent ou, idéalement, des panneaux solaires ou un hydrogénérateur pour compenser la consommation.

Marc, skipper professionnel habitué aux convoyages entre la Côte d'Azur et la Corse, témoigne que la maintenance reste le point de vigilance majeur. Un dessalinisateur qui ne tourne pas s'abîme. Il faut accepter de se plonger dans la technique : changement des préfiltres, rinçage régulier à l'eau douce et hivernage scrupuleux avec des produits biocides. L'augmentation de la maintenance et des probabilités de pannes est une réalité avec laquelle il faut composer, et comme le rappelle la sagesse populaire des pontons, cette complexité peut parfois croître de manière exponentielle avec le nombre d'équipements à bord.

Le nerf de la guerre : investissement et rentabilité

Le coût reste, bien entendu, le principal frein. Pour une unité de croisière côtière, l'investissement initial oscille généralement entre 3 000 et 8 000 euros pour le matériel, auxquels il faut ajouter les frais d'installation si l'on ne réalise pas les travaux soi-même. Une somme à laquelle il faudra ajouter la maintenance et le changement des filtres régulier. Si pour les navigateurs qui partent plusieurs semaines par an, l’investissement devient vite rentable. Mais c’est aussi le cas pour de la simple croisière côtière, si vous ne rentrez pas à votre port d’attache tous les soirs. 

En évitant les nuits forcées en marina uniquement pour remplir les cuves — des nuitées qui peuvent coûter entre 50 et 150 euros en haute saison pour un 12 mètres — le dessalinisateur s'amortit indirectement sur quelques saisons. Au-delà de l'aspect financier, c'est la valeur de la sérénité qui prime. Ne plus avoir à surveiller chaque goutte d'eau lors de la douche des enfants ou pouvoir rincer le pont après une navigation musclée sous les embruns apporte un agrément de vie qui, pour beaucoup, n'a pas de prix.

Alors, faut-il franchir le pas ?

Le choix d'embarquer un dessalinisateur pour de la croisière côtière dépendra finalement de votre programme de navigation et de votre philosophie de la mer. Si vous êtes un adepte de la sortie à la journée ou du cabotage de port en port, profitant chaque soir des services des marinas, l'investissement sera difficilement justifiable. En revanche, si votre rêve est de passer vos vacances au mouillage forain, loin de la foule, et de profiter de la symbiose avec les éléments, cet équipement transforme radicalement l'expérience.

Comme pour tout projet nautique, il n'y a pas de solution universelle, mais seulement des bateaux adaptés à leurs propriétaires. Le dessalinisateur en croisière côtière n'est plus une hérésie technique, mais une option de confort qui gagne du terrain, portée par une technologie plus fiable et un désir croissant d'indépendance.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.