Gilet, AIS, balise : le nouvel arsenal personnel du marin hauturier

Mark Bernie
Par Mark Bernie

La sécurité en grande croisière s’est toujours pensée avant tout à l’échelle du bateau. Une bonne survie, une VHF fiable, un radeau révisé, et l’essentiel semblait couvert. Ce temps-là est révolu. La vraie question est devenue beaucoup plus directe : qu’est-ce que chaque marin porte réellement sur lui au moment où tout bascule ? Gilet harnais, longe 3 points, capuche anti embruns, lumière, AIS personnel, parfois PLB et coupe ligne, l’équipement individuel du large a changé de statut. Et les nouvelles exigences des rallyes océaniques ne font que confirmer une évidence : en mer, ce qui sauve d’abord, c’est ce que l’on a déjà sur le dos.

Sécurité hauturière : que faut-il vraiment porter sur soi aujourd’hui ?

Le large a ceci de particulier qu’il ne laisse presque jamais de seconde chance à l’improvisation. Une avarie sérieuse se gère parfois. Une mauvaise anticipation peut encore se rattraper. Une chute à la mer, elle, ramène tout à l’essentiel en quelques secondes. C’est dans ce laps de temps minuscule que se joue désormais une grande partie de la sécurité hauturière moderne. Non plus dans les coffres du bord, mais sur le corps du marin.

Cette évolution n’a rien de théorique. Elle est née de milliers de milles parcourus, de retours d’expérience parfois heureux, parfois dramatiques, et d’une prise de conscience de plus en plus partagée dans le monde de la grande croisière. Le World Cruising Club, qui encadre certaines des traversées les plus suivies de la plaisance hauturière, exige désormais des équipements individuels plus complets, notamment une balise AIS personnelle sur chaque gilet. Le signal est clair. Le sujet n’est plus seulement d’avoir du bon matériel à bord. Il est de savoir ce qui reste immédiatement disponible quand un équipier passe par-dessus bord, de nuit, dans 25 nœuds, avec un bateau qui continue sa route.

Un équipement à avoir sur soi

Longtemps, beaucoup de marins ont raisonné avec une forme de gradation intuitive. Le gilet pour le mauvais temps, la longe pour les quarts difficiles, le reste pour les programmes plus engagés. Cette culture existe encore, mais elle s’efface peu à peu devant une approche plus rigoureuse. Aujourd’hui, la vraie ligne de partage ne passe plus entre le matériel obligatoire et le matériel conseillé. Elle passe entre ce qui est effectivement porté et ce qui reste rangé quelque part à bord. Or en sécurité individuelle, un équipement non porté n’existe tout simplement pas.

Le socle, lui, ne change pas. Le premier objectif reste de rester à bord du bateau. C’est pour cela que le gilet harnais demeure la pièce maîtresse. Pas un gilet choisi à la va vite avant un départ, mais un vrai équipement de large, correctement ajusté, supportable pendant des heures, doté d’un harnais intégré, d’une sous-cutale, d’une lumière. Le confort du gilet n’est pas un détail. Un matériel que l’on supporte mal finit tôt ou tard par être mal porté, puis plus porté du tout. Sur ce point, la sécurité commence souvent par une vérité très simple : le bon équipement est d’abord celui que l’on accepte de garder sur soi sans discuter.

La longe a elle aussi changé de dimension. Elle a parfois été vue comme une formalité, un prolongement logique du gilet. En réalité, elle est une pièce décisive du dispositif, parce qu’elle conditionne la manière dont on se déplace. La longe 3 points s’impose dans les pratiques les plus sérieuses parce qu’elle permet de rester attaché en progression, sans créer cette seconde de vide où l’on se décroche d’un côté avant de se raccrocher de l’autre. Cela peut sembler minime vu du quai. En navigation réelle, dans le noir, les mains mouillées, sur un pont qui bouge, cette continuité change tout.

Règle n°1, on reste à bord…

Il faut d’ailleurs rappeler une réalité moins confortable. Être clipsé ne suffit pas toujours à être sauvé. Un marin traîné à l’eau, coincé sous le vent, reste dans une situation gravissime. Cela veut dire que la sécurité individuelle ne se résume jamais à acheter du bon matériel. Elle dépend aussi de l’implantation des lignes de vie, de la longueur de longe choisie, de la manière dont le pont est organisé, et plus encore de la discipline avec laquelle chacun circule à bord. La bonne question n’est donc pas seulement de savoir s’il faut une ligne de vie, mais comment elle s’intègre à une vraie logique de déplacement sécurisé.

Parmi les équipements qui ont le plus changé de statut, la capuche anti embruns est sans doute le meilleur révélateur. Elle était avant tout perçue comme un supplément appréciable, mais non central. Or les retours d’expérience, comme les travaux de sécurité menés par les organismes de sauvetage, rappellent qu’un homme à la mer ne lutte pas seulement contre le froid ou la fatigue. Il lutte aussi contre l’eau qui vient au visage, contre les embruns qui empêchent de respirer, contre la panique que provoque une ventilation hachée dans des vagues courtes. La capuche protège les voies respiratoires, limite l’agression directe des paquets de mer et améliore concrètement les chances de tenir. Ce n’est plus un luxe. C’est un équipement pleinement cohérent avec les exigences du large.

L’essentiel repérage !

La lumière automatique suit la même trajectoire. Sur le papier, elle paraît secondaire face à des équipements plus spectaculaires. Dans la réalité, de nuit, elle peut devenir vitale. Retrouver une tête dans l’eau, même à courte distance, est infiniment plus difficile qu’on ne l’imagine à terre. Quelques secondes suffisent pour perdre le contact visuel. Dans une mer formée, un point lumineux clignotant vaut alors bien davantage qu’une silhouette que l’on croit encore voir entre 2 crêtes.

Mais ce qui change vraiment la donne porte le nom d’AIS personnel. C’est lui qui symbolise le mieux la nouvelle philosophie de la sécurité hauturière. Au début, l’AIS appartenait avant tout au bateau. Il servait à voir et à être vu par les navires alentours. Désormais, il s’invite sur le marin lui-même. L’idée est simple et redoutablement efficace : si un équipier tombe à la mer, il doit devenir immédiatement localisable par ceux qui sont sur son propre bateau. Cette capacité à afficher ou transmettre une position change tout de la gestion d’un homme à la mer. Elle raccourcit le délai de réaction, elle structure la manœuvre de récupération, elle évite surtout de transformer la recherche en simple chasse visuelle dans l’obscurité ou les embruns.

Ce mouvement n’est pas né d’un goût soudain pour la sophistication électronique. Il vient d’un constat pratique. En navigation hauturière, surtout la nuit ou avec équipage réduit, les premières minutes sont décisives. Plus le bateau tarde à revenir précisément sur la zone de chute, plus la fenêtre de récupération se rétrécit. Le recours systématique à une balise AIS personnelle dans les rallyes de croisière démontre son intérêt.

Cela ne veut pas dire pour autant que la balise AIS règle tout. Comme souvent en sécurité, le matériel ne vaut que par l’ensemble dans lequel il s’inscrit. Une balise mal installée, non testée, mal comprise par l’équipage ou non compatible avec l’électronique du bord perd une grande partie de son intérêt. Il faut donc sortir du réflexe d’achat pur. L’enjeu n’est pas seulement de posséder l’objet, mais de s’assurer que tout le monde sait exactement comment il fonctionne, ce qu’il déclenche, comment il s’affiche, et ce qu’il faut faire à bord le jour où il se met à transmettre.

Prévenir et communiquer

La PLB (la balise personnelle), elle, mérite un regard plus nuancé. Son utilité est réelle, parfois majeure, mais elle ne répond pas au même scénario. L’AIS personnel sert d’abord au bateau pour revenir tout de suite sur son équipier. La PLB s’inscrit dans une logique plus large de détresse et de recherche et sauvetage. Elle intervient comme une couche supplémentaire, précieuse quand la récupération par le bord devient impossible ou quand la navigation se déroule dans des zones plus isolées. Pour cette raison, elle n’a pas exactement le même degré d’évidence selon les programmes.

Sur une traversée classique en équipage, dans des zones relativement fréquentées, avec un bateau bien préparé et un bon usage des lignes de vie, l’AIS personnel répond déjà à la majeure partie du risque d’homme à la mer. En revanche, dès que l’on parle de navigation à 2, de solitaire, de routes dans des zones moins classiques ou aux eaux froides, de convoyages appuyés, de météo plus rude ou de secteurs peu fréquentés, la PLB prend un tout autre relief. Elle ne remplace pas l’AIS, elle complète la chaîne de survie. En cela, elle appartient moins au confort qu’à une sécurité renforcée, fortement liée au programme.

Le coupe ligne personnel, enfin, reste souvent le parent discret de cette nouvelle panoplie. Il impressionne moins qu’une balise et se montre rarement sur les plaquettes commerciales. Pourtant, il relève de la même logique de réalisme. Un marin qui se retrouve pris dans une longe sous tension, dans un bout ou dans un enchevêtrement quelconque n’a pas toujours le temps d’aller chercher une solution ailleurs. Le fait de pouvoir couper immédiatement ce qui l’entrave peut alors faire la différence. Comme tous les équipements de ce type, son intérêt dépend de la manière dont on navigue, de la configuration du bord et du niveau d’engagement du programme. Pas un marin sérieux n’embarque sans son couteau…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.