Tourisme fluvial en France : 2025 confirme la reprise, l’électrification transforme déjà les quais

Par Le Figaro Nautisme / AFP

Le tourisme fluvial poursuit sa montée en puissance en France en 2025. Porté par une fréquentation en hausse, par l’intérêt croissant des clientèles étrangères et par de nouvelles pratiques mêlant navigation, vélo et découverte des berges, le secteur entre aussi dans une nouvelle phase de modernisation avec l’essor de l’électrification à quai et des flottes plus sobres.

 

Une année 2025 très favorable pour le tourisme fluvial

Les canaux et fleuves français ont connu une très bonne dynamique en 2025. Voies navigables de France, qui gère 6.700 km de voies d’eau, évoque même une excellente année pour les croisières fluviales et une nette progression du secteur. Le niveau de remplissage, proche de 90 % l’an dernier, confirme à lui seul l’attractivité retrouvée de cette forme de voyage.
Cette progression n’a rien d’anecdotique. Elle traduit un intérêt de plus en plus marqué pour un tourisme plus lent, plus immersif, qui permet de découvrir les territoires autrement. L’expérience fluviale séduit par son rythme, par la diversité des paysages traversés et par la possibilité de relier patrimoine, gastronomie et mobilité douce dans un même séjour. Dans un contexte où les vacanciers cherchent davantage de sens et de respiration, les voies navigables apparaissent comme un terrain de jeu particulièrement adapté.


Les clientèles étrangères et l’effet JO soutiennent la demande

La hausse de fréquentation repose en partie sur l’élan des clientèles européennes et nord américaines. Les visiteurs venus d’Allemagne ont progressé de 9 %, tandis que ceux d’Amérique du Nord ont augmenté de 10 %. Cette internationalisation de la demande confirme que la destination fluviale française continue de gagner en visibilité bien au delà de son marché domestique.
Autre facteur de soutien, l’impact durable des Jeux olympiques de Paris 2024. Les images de la cérémonie d’ouverture sur la Seine, avec son défilé de bateaux transportant les délégations, ont contribué à remettre le fleuve au centre de l’imaginaire touristique. Dans leur sillage, de nouvelles envies émergent, notamment autour de la privatisation de bateaux de promenade. Le tourisme fluvial profite ainsi d’un effet vitrine rare, capable de transformer une simple curiosité en acte d’achat.
Cette visibilité accrue a aussi bénéficié aux opérateurs déjà en place. À Paris, Batobus a tiré parti de cette exposition avec plus de 700.000 billets vendus, contre environ 600.000 auparavant. Le fleuve n’est plus seulement un décor ou un axe de transport, il devient à nouveau une destination en soi.


Le “fluvestre” s’impose comme une nouvelle manière de voyager

Au delà des croisières, VNF souligne la progression d’un autre phénomène, celui du tourisme dit “fluvestre”. Le terme peut surprendre, mais il résume bien une évolution de fond : la rencontre entre le voyage fluvial et les mobilités terrestres. Vélo, marche, bateau, haltes sur les berges, découverte des villages riverains, tout cela compose désormais une offre plus souple et plus complète.
Cette tendance s’appuie sur des usages déjà bien ancrés. Sur les 8 premiers mois de 2025, la fréquentation des grands itinéraires cyclables touristiques, souvent tracés le long des canaux et des fleuves, a progressé de 5 %. Le succès des véloroutes montre que les touristes ne veulent plus seulement naviguer ou pédaler, mais combiner plusieurs modes de découverte dans un même séjour.
C’est là l’une des évolutions les plus intéressantes du marché. Le tourisme fluvial ne se limite plus à la croisière classique. Il devient une porte d’entrée vers un tourisme itinérant plus large, où la voie d’eau structure l’expérience sans l’enfermer.


Sur les quais, l’électrification change déjà la donne

Cette montée en puissance du secteur s’accompagne d’une transformation plus discrète, mais décisive, celle de l’électrification. Le verdissement du tourisme fluvial n’est plus seulement un objectif affiché, il commence à se matérialiser sur les quais. Selon VNF, 1.200 bornes de recharge électrique sont désormais disponibles, dont 250 directement gérées par l’établissement public.
Ce maillage répond à un besoin concret. Pendant longtemps, les installations se sont développées de manière dispersée, avec des bornes parfois incompatibles entre elles, notamment dans le nord de la France. L’unification des standards autour du système “Borne et Eau” marque donc une étape importante. Pour les exploitants comme pour les mariniers, cette harmonisation simplifie les usages et rend le passage à l’électrique plus crédible à l’échelle nationale.
Le sujet dépasse d’ailleurs la seule question technique. Dans de nombreuses collectivités, l’électrification devient une condition d’acceptabilité pour les activités de location ou de promenade. Les groupes électrogènes à quai, jugés trop bruyants et trop polluants, sont de moins en moins tolérés pendant les escales. Le message est clair : l’avenir du tourisme fluvial passera par des bateaux plus silencieux et moins émetteurs.


Strasbourg et Paris illustrent la transition en cours

Plusieurs opérateurs ont déjà engagé cette mutation. À Strasbourg, Batorama développe une flotte de bateaux à batteries électriques, signe que l’électrique trouve sa place dans l’exploitation touristique quotidienne. À Paris, la transition prend une autre forme. Batobus convertit progressivement ses 8 bateaux vers une propulsion hybride.
Le choix n’est pas anodin. Dans la capitale, l’exploitation en continu entre 10 h et 23 h rend difficile un basculement immédiat vers le tout électrique, faute de puissance suffisante des batteries. La solution hybride apparaît donc comme un compromis réaliste entre impératif environnemental et contraintes opérationnelles. Pour l’instant, 1 seul bateau a été converti à l’électricité et au GPL, mais l’ensemble de la flotte doit suivre progressivement jusqu’en 2035.
L’effort financier est conséquent, avec un coût annoncé de 2 millions d’euros par bateau. Ce chiffre dit beaucoup sur les défis de la décarbonation dans le tourisme fluvial. La transition est engagée, mais elle suppose du temps, des investissements lourds et des choix technologiques adaptés à chaque usage. Batobus s’inscrit dans cette trajectoire de long terme avec une concession sur la Seine signée avec Haropa jusqu’en 2041.


Un secteur en croissance qui entre dans une nouvelle phase

Le tourisme fluvial français ne se contente plus de retrouver des couleurs. Il change d’échelle et de visage. La fréquentation progresse, les clientèles se diversifient, les usages s’élargissent, et les infrastructures commencent à suivre. Entre croisières plus attractives, essor du tourisme fluvestre et électrification progressive des quais, 2025 apparaît comme une année charnière.
Le secteur avance encore avec des limites, notamment sur la question des batteries, du coût de conversion des flottes et de l’adaptation des infrastructures. Mais la direction est désormais claire. Le fluvial ne relève plus d’un tourisme de niche figé dans ses codes. Il s’impose comme une offre en mouvement, plus moderne, plus connectée aux attentes environnementales et mieux intégrée aux nouveaux modes de voyage.

 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.